15 septembre - 27 novembre 1944 - Opération Stalemate II: Peleliu et campagne des îles Palau

L'opération Stalemate II, nom de code de la campagne américaine des îles Palau, débute le 15 septembre 1944 sur Peleliu, et deux jours plus tard sur sa voisine Angaur. Le major-général William Rupertus, commandant de la 1ère Division de Marines désignée pour la conquête de Peleliu, prévoit que cette île sera sécurisée au bout de quatre jours. Cependant, en raison de la nature accidentée du terrain, de systèmes de fortifications efficaces et de la féroce résistance japonaise, la Bataille de Peleliu durera plus de deux mois, et sera l'une des plus longues, éprouvantes et sanglantes de l'histoire du Corps des Marines, avec Tarawa et Iwo Jima.



Contexte historique.

En été 1944, les victoires américaines dans les théâtres d'opération Sud-Ouest et Central Pacifique a encore réduit le périmètre défensif japonais et rapproché la guerre de la métropole ennemie. Depuis la conquête des îles Mariannes (1), les bombardiers lourds B-29 Superfortress peuvent opérer depuis Saipan, Tinian et Guam, et bombardent régulièrement le Japon.

Depuis longtemps déjà, il y a divergences d'opinion entre les deux principaux commandants en chefs américains, au sujet des stratégies à adopter pour la poursuite des opérations contre le Japon.

Le général Douglas MacArthur, commandant du théâtre d'opération Sud-Ouest, réclame la reconquête des îles Philippines. Pour lui, c'est une question d'honneur, il tient à honorer sa célèbre promesse de 1942 "Je reviendrai!". Sa campagne des Philippines devra ensuite être suivie par les débarquements sur Okinawa et les îles métropolitaines du Japon.

L'amiral Nimitz veut pour sa part foncer vers le Japon sur le trajet le plus direct et le plus court, en laissant les Philippines de côté. Il veut progresser d'île en île jusqu'à Okinawa et le Japon, à travers l'immensité du Pacifique.

Les deux stratégies proposées ont un point commun: elles incluent toutes deux la neutralisation préalable de Peleliu, dans les îles Palau, où les Japonais disposent d'un important aérodrome, d'où les chasseurs harcèlent les B-29 lors de leurs missions. A ce stade, la 1ère Division de Marines est sélectionnée pour mener l'assaut amphibie.

Pour tenter d'arbitrer entre MacArthur et Nimitz, le président Franklin Roosevelt se rend dans les îles Hawaii pour écouter leur argumentation. Roosevelt choisit finalement la stratégie de MacArthur. Cela sera donc les Philippines, avec comme préliminaires la neutralisation des Palau. De toute façon, la puissance militaire américaine est devenue telle que les Etats-Unis ont les moyens de mener les deux offensives simultanément. Sur Peleliu, l'objectif principal des Américains est la prise de l'aérodrome japonais, dans le sud de l'île. Les dates des débarquements sont fixé au 15 septembre 1944 pour Peleliu, et deux jours plus tard pour Angaur.

Carte ci-dessous: progression américaine dans le Sud-Ouest et le Centre du Pacifique (1943-1945).



(1) Blogosphère Mara, "15 juin 1944 - Pacifique Central: conquête des îles Mariannes"


Préparatifs.

1° Défenses japonaises de Peleliu.

En été 1944, les Palau sont occupées par environ 30,000 soldats japonais, commandés par le lieutenant-général Sadae Inoue. 11,000 d'entre-eux sont stationnés sur Peleliu, 1,400 sur Angaur, et le reste sur Batelthuap, la plus grande des îles, et divers autres petits ilots.

La garnison japonaise de Peleliu comprend 11,000 soldats de la 14ème Division d'infanterie du major-général Kenjiro Murai, renforcée avec des "Termites", des travailleurs forcés coréens ou originaires d'Okinawa. Le colonel Kunio Nakagawa, commandant du 2ème Régiment de cette division, est désigné pour superviser les préparatifs de défense.

Après la perte des îles Salomons, Gilbert, Marshall et Mariannes, l'Armée impériale japonaise change de stratégie. Fini le système de défense rapproché sur les plages mêmes, comme sur Betio. A la place, l'état-major recommande d'organiser les défenses plus à l'intérieur des terres, où elles seront moins exposées à l'artillerie navale et aérienne américaine, et préconise en outre de mener des attaques banzai nocturnes, pour contraindre les Américains à une longue et épuisante guerre d'usure (Attrition War)

Nakagawa décide de tirer parti de la nature rocailleuse particulière du terrain. Il organise l'essentiel de ses défenses sur une hauteur stratégique centrale qui domine toute l'île: le Mont Umurbrogol, qui est en fait une série de collines. Il y installe tout un système de casemates et de fortifications comprenant nids de mitrailleuses, canons de 20mm ou de 47mm, et mortiers lourds de 120mm ou de 150mm, ingénieusement disposés et protégés naturellement. Ces fortifications sont interconnectées entre-elles par un réseau complexe de galleries souterraines.



2° Défenses japonaises d'Angaur.

L'île d'Angaur ne mesure que 4.8km de long, et est située à 9.7km au sud de Peleliu. Elle est défendue par 1400 soldats japonais, commandés en personne par le lieutenant-général Sadae Inoue.


3° Préparatifs américains.

A la différence des Japonais, les Américains décident de ne rien changer à leurs habitudes et leur tactique de débarquement, malgré de lourdes pertes (3,000 hommes hors-de-combat) enregistrées lors de la bataille de Biak (27 mai - 20 juin 1944), en Nouvelle-Guinée.

Sur Peleliu, l'état-major de MacArthur choisit de faire débarquer les 17500 hommes de la 1ère Division de Marines sur les plages du sud-ouest de l'île, en raison de leur proximité avec l'aérodrome. Le 1er Régiment de Marines du lieutenant-colonel Lewis B. "Chesty" Puller débarquera sur le flanc nord, le 5ème Régiment de Marines du lieutenant-colonel Harold D. Harris au centre, et le 7ème Régiment de Marines du lieutenant-colonel Herman H. Hanneken sur le flanc sud. Le 11ème Régiment d'artillerie débarquera en second échellon, derrière l'infanterie.

ci-dessous: le lieutenant-colonel "Chesty" Puller (ici à Guadalcanal), commandant du 1er Régiment de Marines, est un des militaires américains les plus décorés.


La conquête d'Angaur revient à la 81ème Division d'infanterie de l'US Army, commandée par le major-général Paul J. Mueller, qui fera débarquer ses 15,000 hommes simultanément au nord-est et au sud-est de l'île.

Les bombardement aériens préparatoires, durant les deux premières semaines de septembre, ont été menés par les porte-avions de la Task Force TF38, commandée par le vice-amiral Marc Mitscher.

  • Task Group TG38.1. Contre-amiral John S. McCain.
    • 3 porte-avions d'escadre lourds (CV): Wasp II, Hornet II, Yorktown II.
    • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Cowpens, Monterey.
    • 6 croiseurs lourds (CA): Chester, Salt Lake City, Pensacola, Wichita, Canberra, Boston.
    • 1 croiseur léger (CVL): Houston II.
    • 22 destroyers d'escadre (DD): Dunlap, Fanning, Case, Cummings, Cassin, Downes, McCalla, Farenholt, Woodworth, Grayson, Izard, Conner, Bell, Charrette, Burns, Boyd, Brown, Cowell, Cogswell, Caperton, Ingersoll, Knapp.
  • Task Group TG38.2. Contre-amiral Gerald F. Bogan.
    • 3 porte-avions d'escadre lourds (CV): Intrepid, Bunker Hill, Hancock.
    • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Cabot, Independence.
    • 2 cuirassés (BB): Iowa, New Jersey.
    • 4 croiseurs légers (CVL): Vincennes II, Miami, Oakland, San Diego.
    • 17 destroyers d'escadre (DD): Owen, The Sullivans, Stephen Potter, Tingey, Miller, Hunt, Lewis Hancock, Marshall, Hickox, Colahan, Cushing II, Halsey Powell, Benham II, Yarnall, Twining, Wedderburn, Stockham00.
  • Task Group TG38.3. Contre-amiral Frederick C. Sherman.
    • 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Lexington II, Essex.
    • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): Langley II, Princeton.
    • 3 cuirassés (BB): Washington, Indiana, Alabama.
    • 4 croiseurs légers (CVL): Santa Fe, Mobile, Reno, Birmingham.
    • 14 destroyers d'escadre (DD): Clarence K. Bronson, Cotten, Dortch, Gatlin, Healy, Porterfield, Callaghan, Cassin Young, Boston II, Irwin, Laws, Longshaw, Morrison, Pritchett.
  • Task Group TG38.4. Contre-amiral Ralph E. Davison.
    • 2 porte-avions d'escadre lourds (CV): Enterprise, Franklin.
    • 2 porte-avions d'escadre légers (CVL): San Jacinto, Belleau Wood.
    • 1 croiseur lourd (CA): New Orleans.
    • 1 croiseur léger (CL): Biloxi.
    • 12 destroyers d'escadre (DD): Wilkes, Nicholson, Swanson, Maury, Gridley, McCall, Helm, Craven, Ralph Talbot, Mugford, Patterson, Bagley.

La Task Force TF32 du contre-amiral George H. Fort est désignée pour transporter le corps expéditionnaire et mener les opérations amphibie. Le Task Group TG.32.5 du contre-amiral Jesse B. Oldendorf, avec 5 cuirassés, 4 croiseurs lourds, 4 croiseurs légers, 10 porte-avions d'escorte et 27 destroyers, est chargé des missions de soutien, de protection et d'appui-feu.

  • Task Force TF32 "Western Attack Force". Contre-amiral George H. Fort.
    • 21 destroyers d'escadre (DD): Gridley, Beale, Leutze, Buchanan, Hazelwood, Bailey, Stevenson, Bennion, Stockton, Franks, Fullam, Guest, Bennett, Remey, Melvin, Mertz, McGowan, McDermut, McNair, Wadleigh, Monssen II.
    • 4 destroyers d'escorte (DE): Cabana, Lake, Dempsey, McCoy Reynolds.
    • 5 navires de transport rapides (APD): Stringham, Rathburne, Clemson, Noa, George E. Badger.
    • 1 navire de transport d'assaut (APA): Ameb.
    • 1 navire de débarquement "Dock" (LSD): White Marsh.
  • Task Group TG.32.? "Attack Group Peleliu". Contre-amiral George H. Fort.
    [Transport de la 1ère Division de Marines. Général William H. Rupertus]
    • 1 navire de commandement (AGC): Mount McKinley.
    • 1 navire de transport d'assaut (APA): Ormsby.
    • 2 navires de débarquement Dock (LSD): Epping Forest, Gunston Hall.
  • Task Group TG.32.1 "Attack Group Angaur". Contre-amiral William H. Blandy.
    [Transport de la 81ème Division d'infanterie. Général Paul J. Mueller]
    • 3 navires de transport d'assaut (APA): Fremont, Pierce, James O'Hara.
    • 1 navire de débarquement "Dock" (LSD): Lindenwald.
  • Task Group TG.32.5 "Palau Bombardment & Fire Support Group". Contre-amiral Jesse B. Oldendorf.
    • 4 cuirassés (BB): Tennessee, Idaho, Pennsylvania, Mississippi.
    • 4 croiseurs lourds (CA): Indianapolis, Louisville, Minneapolis, Portland.
    • 4 croiseurs légers (CL): Honolulu, Cleveland, Denver, Columbia.
    • 14 destroyers d'escadre (DD): Guest, Bennett, Fullam, Hudson, Halford, Heywood L. Edwards, Leutze, Bennion, Ross, Albert W. Grant, Newcomb, Richard P. Leary, Bryant, Robinson.
    • 5 dragueurs de mines (DMS): Wasmuth, Perry, Southard, Hovey, Long.
    • 2 mouilleurs de mines (DM): Preble, Montgomery.
  • Task Group TG.32.7 "Western Escort Carrier Group". Contre-amiral Ralph A. Oftsie.

    1. Unité TU.32.7.1. Contre-amiral William D. Sample.
      • 4 porte-avions d'escorte (CVE): Marcus Island, Ommaney Bay, Savo Island, Kadashan Bay.
      • 5 destroyers d'escadre (DD): Thorn, McCord, Trathen, Heermann, Hoel.
    2. Unité TU.32.7.2. Contre-amiral George R. Anderson.
      • 3 porte-avions d'escorte (CVE): Saginaw Bay, Kalinin Bay, Petrof Bay.
      • 4 destroyers d'escadre (DD): Welles, Haggard, Hailey, Johnston.
    3. Unité TU.32.7.3. Contre-amiral Ralph A. Oftsie.
      • 3 porte-avions d'escorte (CVE): Kitkun Bay, White Plains, Gambier Bay.
      • 4 destroyers d'escadre (DD): Claxton, Aulick, Cony, Sigourney.

    Photo ci-dessous: à l'avant-plan, le cuirassé pré-Pearl Harbor Pennsylvania en janvier 1945.


A l'aube du 15 septembre 1944, Oldendorf expédie 519 obus de 410 mm, 1,845 obus de 360 mm, 1,793 bombes de 230kg et 73,412 cartouches de 12.7mm sur une surface de 16km² de Peleliu. Les Japonais ayant organisé leurs défenses à l'intérieur des terres, ce bombardement naval préparatoire se révèle cependant inefficace.


Déroulement de la Bataille de Peleliu.

1° Débarquement du Jour-J.

Après la longue préparation d'artillerie d'Oldendorf, les Marines débarquent sur Peleliu le 15 septembre 1944 à 8h32. Le 1er Régiment au nord, sur White Beach, les 5ème et 7ème Régiments au centre et au sud, sur Orange Beach. Lorsque les engins de débarquement approchent des plages, à travers la barrière de corail, ils sont soudainement pris à partie par l'artillerie lourde japonaise, qui cause de lourdes pertes dans les rangs américains. A 9h30, les Japonais ont détruit 60 péniches LVT ou véhicules amphibies DUKW.






Au nord, le 1er Régiment est cloué sur White Beach par l'artillerie lourde et les mortiers japonais, tirant depuis "Le Point", une colline particulièrement fortifiée du Mont Umurbrogol. Son commandant, le lieutenant-colonel Lewis Puller, échappe de justesse à la mort lorsque sa péniche LVT est coulée par un tir direct. Sa section de transmissions toute entière est anéantie par un autre tir d'obus de 47mm.

Au sud, le 7ème Régiment de Marines doit faire face à une situation similaire, avec l'artillerie japonaise installée sur son flanc droit. Plusieurs de ses LVT sont immobilisés au cours de leur approche, à travers le lagon, et leurs occupants doivent finir le parcourt à pieds, avec de l'eau jusqu'à la taille. Ils se font alors décimés par les tirs de mitrailleuses japonaises, avant même de poser les pieds sur la plage.

Photo: approche de la première vague d'assaut américaine sur Peleliu.


Au centre, le 5ème Régiment de Marines progresse plus facilement, uniquement parce que l'artillerie lourde japonaise est occupée à balayer les deux flancs nord et sud du débarquement américain. Il progresse vers l'aérodrome et atteint sa lisière en fin d'après-midi, mais une contre-attaque de chars légers japonais le force ensuite à reculer, et les Marines doivent demander l'intervention de l'aéronavale, de leurs obusiers débarqués et de l'artillerie lourde navale pour la briser. Finalement, la grande majorité de ces chars sont détruits et la contre-attaque japonaise échoue.

Photo ci-dessous: 5ème Régiment de Marines sur Orange Beach, le premier jour.



A la fin de la première journée, les pertes américaines sont catastrophiques, particulièrement sur les flancs nord et sud. La tête de pont des Marines ne mesure que 6.2km de large, sur 350m à 630m de profondeur. L'aérodrome, qui devait être pris ce Jour J, est encore aux mains des Japonais et très solidement défendu.


2° Prise de l'aérodrome et du sud de l'île.

Au second jour (Jour J+1), le 5ème Régiment de Marines reprend son avance vers l'aérodrome. Les Marines du lieutenant-colonel Harold Harris doivent traverser les pistes au pas de charge, sous le feu constant de l'artillerie lourde japonaise tirant depuis le Mont Umurbrogol. Ils s'en emparent après de furieux combats au corps-à-corps et aux baïonnettes, puis avancent vers la côte orientale de l'île, en laissant au 7ème Régiment de Marines le soint de nettoyer l'aérodrome et la zone sud de Peleliu.

Cette zone est d'ailleurs constellée de casemates, de fortins, de nids de mitrailleuses reliés entre-eux par des galleries souterraines. La canicule (46°C au soleil) provoque de nombreux cas d'insolation. Pour noircir le tableau, les Japonais ont contaminé l'unique réservoir d'eau potable avec du mazout. Malgré toutes ces difficultés, au neuvième jour (Jour J+8), les 5ème et 7ème Régiments ont atteint leur objectif respectif, la conquête de l'aérodrome et de la partie sud de l'île.


L'aérodrome est rapidement remis en fonction par le génie et les Seebees de l'US Navy. Au quatrième jour (Jour J+3), des L-2 Grasshopper du Squadron VMO-1 peuvent s'y poser, pour fournir des missions d'observation et de contrôle aérien avancé, au profit de l'artillerie navale et l'artillerie de campagne des Marines.

Le 26 septembre 1944 (Jour J+11), des chasseurs F4U Corsair du Squadron VMF-114 se posent sur la piste, et entament aussitôt des missions d'appui-feu et de bombardement (roquettes, napalm, bombes) contre les fortifications japonaises sur le Mont Umurbrogol.

Ci-dessous: un Marine blessés reçoit un peu d'eau d'un camarade.



3° Le Point.

L'artillerie lourde japonaise sur le Point (Mont Umurbrogol) continuant d'harceler et de provoquer de lourdes pertes dans les rangs américains, le lieutenant-colonel Lewis Puller ordonne au capitaine George Hunt, de la compagnie K du 3ème Bataillon, de s'emparer de cette position. L'approche de Hunt vers le Point provoque une vive réaction japonaise et de lourdes pertes des Marines, face à un réseau de nids de mitrailleuses, de casemates et de mortiers habilement dissimulés.




Les Marines de Hunt doivent réduire ces positions lentement, une par une, aux lance-lammes, aux grenades et explosifs, et au corps-à-corps. Ils s'emparent finalement du Point, mais Nakagawa lance une contre-attaque pour le reprendre. Les assauts japonais se succéderont ainsi pendant plus de trente heures, avant d'être repoussés.

Lorsque la Compagnie K est relevée par des renforts de la 81ème Division d'infanterie de l'US Army, à la mi-octobre 1944, elle en est réduite à 18 hommes en état de combattre, sur un effectif initial de 175 hommes. Cette unité a perdu presque 90% de ces effectifs!

Ci-dessous: écriteau avertissant d'un danger sur le Mont Umurbrogol, en octobre 1944.



4° Ile de Ngesebus.

Le 5ème Régiment de Marines, après avoir capturé l'aérodrome, est chargé de s'emparer de Ngesebus, juste au nord de Peleliu. Cette petite île voisine est occupée par des positions d'artillerie japonaises, et un second aérodrome y est en construction.

Le lieutenant-colonel Harold Harris effectue son débarquement le 28 septembre 1944, après une longue préparation d'artillerie de l'US Navy, des obusiers de 155mm du 11ème Régiment et des Corsair du VMF-114. Contrairement à celui de Peleliu, ce bombardement se montre efficace.

Le débarquement et le nettoyage de Ngesebus s'effectuent sans problèmes particuliers, avec relativement peu de pertes du côté américain: 15 tués et 33 blessés. Les 470 soldats japonais de la garnison se sont tous fait tués plutôt que de se rendre.


5° Bloody Nose Ridge.

Après avoir neutralisé le Point, le 1er Régiment de Marines de Chesty Puller entame le nettoyage de la partie nord du Mont Umurbrogol, baptisé Bloody Nose Ridge ("Colline du Nez Sanglant"). Puller mène en personne ses hommes à l'assaut, à plusieurs reprises, mais ces attaques sont repoussées par les Japonais. Les Marines sont en position vulnérable, au pied de ces collines dont les sommets sont contrôlés par les Japonais. Le moindre mouvement américain à découvert provoque aussitôt une pluie d'obus de mortiers, d'obusiers et de balles de mitrailleuses des Japonais.

Photo ci-dessous: Marines de Puller dans leur "trou", sur le Mont Umurbrogol.


Les Marines de Puller doivent liquider chacun de ses fortifications, casemates, nids de mitrailleuses, un par un, colline après colline, au prix de lourdes pertes. Parfois, les galleries souterraines communiquantes permettent aux Japonais de réoccuper une position que les Américains viennent juste de nettoyer, et tout le travail est à refaire!

Les combats sont particulièrement féroces lorsque le 1er Bataillon du 1er Régiment, commandé par le major Raymond Davis, donne l'assaut à la Colline 100. Après six jours d'affrontement, cette unité a perdu 71% de ses effectifs.

Les Japonais infligent au cours de ces affrontements 60% de pertes au 1er Régiment de Marines de Puller, soit 1,749 hommes tués ou blessés, sur un effectif initial d'environ 3,000 hommes. Après six jours de ce régime, le général Roy S. Geiger, commandant du III Corps amphibie, fait débarquer des éléments de la 81ème Division d'infanterie de l'US Army, pour relever les hommes de Puller au bout du rouleau.

Le 321ème Régiment d'infanterie débarque sur les plages occidentales de Peleliu, à l'extrêmité nord du Mont Umurbrogol, le 23 septembre 1944. Les Marines et les 5ème et 7ème Régiments renouvellent les assauts pour s'emparer de ses maudites collines, avec des résultats et des pertes similaires à ceux du 1er Régiment.

Photo ci-dessous: un Corsair du Squadron VMF-114 largue des bidons de napalm sur une position japonaise du Mont Umurbrogol.


Le 15 octobre 1944, les 5ème et 7ème Régiments de Marines ont perdu la moitié de leurs effectifs. Geiger décide alors de retirer de l'île l'entièreté de la 1ère Division de Marines, en piteux état, et de faire intervenir d'autres éléments de la 81ème Division d'infanterie. Le 323ème Régiment débarque et à la fin du mois, la plupart des Marines ont été évacués vers Pavuvu, sur Guadalcanal.

Photo ci-dessous: Marines blessés soignés dans l'hopital de Pavuvu, sur Guadalcanal, après la bataille de Peleliu.


L'US Army prend donc le relai de l'US Marine Corps dans la conduite des opérations sur Peleliu. Il lui faudra cependant encore un mois de durs affrontements et d'escarmouches pour liquider tous les foyers de résistance japonais sur le Mont Umurbrogol.

Le 27 novembre 1944, c'est la fin définitive de la résistance japonaise. Le colonel Kunio Nakagawa et ses derniers hommes en vie se suicident à la grenade, après avoir brûler les couleurs de leur régiment.


6° Bilan des combats sur Peleliu.

La liquidation du Mont Umurbrogol a couté terriblement cher aux Américains. La 1ère Division de Marines, fort éprouvée, est retirée du théâtre des opérations pour de nombreux mois, afin de se reconstituer et de se reformer. Jusqu'au débarquement d'Okinawa, le 1er avril 1945. Au total, les Marines ont perdu 1,252 tués/disparus et 5,274 blessés. Soit un tier des effectifs de la 1ère Division engagée.

La 81ème Division d'infanterie, de son côté, enregistre la perte de 542 tués/disparus, et 2,746 blessés.

Les Japonais, 10,695 tués et 302 prisonniers capturés.

Le 21 avril 1947, un groupe de 26 soldats japonais, mené par le lieutenant Tadamichi Yamaguchi, attaque sans succès un poste de contrôle américain sur Peleliu. Après des pourparlers longs et laborieux, les GIs parviennent à convaincre les survivants de se rendre. Oubliés de tous et vivant en hermite dans des grottes, ceux-ci ignoraient tout simplement que le Japon avait capitulé, un an et demi plus tôt.

Cette bataille de Peleliu est fort controversée, en raison de sa faible valeur stratégique par la suite et des pertes subies, plus de 10,000 tués et blessés. L'aérodrome capturé servira en effet très peu au cours de la campagne de MacArthur dans les Philippines, au cours des mois suivant. Elle donne surtout aux Américains un aperçu de ce que sera les futures conquêtes des îles métropolitaines japonaises. Sur recommandations de l'amiral William Halsey, les plans de conquête de Yap et des îles Carolines sont annulés, celles-ci n'étant plus utiles. Début octobre 194, la stratégie MacArthur pour le débarquement sur Leyte est définitivement adoptée.


Bataille d'Angaur.

Comparée à la conquête de Peleliu, celle d'Angaur revêt les allures d'une promenade militaire! La 81ème Division d'infanterie du major-général Paul J. Mueller fait débarquer ses 15,000 hommes le 17 septembre 1944. L'île est défendue par 1,400 Japonais, sous l'autorité directe du lieutenant-général Sadae Inoue, le commandant en chef des îles Palau.


Les bombardements préparatoires sont menés par des bombardiers en piquée SBD Dauntless de l'aéronavale et l'artillerie du cuirassé Tennessee. Les fantassins américains débarquent sur les plages nord-est et sud-est de l'île. La résistance japonaise ne devient vraiment dure que dans le "Bassin" (The Bowl), une colline près du Lac Salomé, dans le nord-est de l'île.

A partir du 20 septembre 1944, le 322ème Régiment d'infanterie mènent des assauts contre cette position, tous repoussés par les 750 défenseurs japonais, avec l'aide de leur artillerie et de leurs mortiers lourds. Les Américains avancent à l'allure d'escargot, éliminant les points de résistance japonais l'un après l'autre.

Le 25 septembre 1944, les Américains atteignent le sommet de la colline, mais ils leur faut encore se battre sous terre, dans les galleries souterraines, pour éliminer les derniers Japonais en vie.

L'île est sécurisé le 30 septembre 1944, et la 81ème Division d'infanterie déménage pour porter assistance à la 1ère Division de Marines, sur Peleliu.

Pertes américaines: 260 tués, 1,354 blessés, 940 incapacités en raison d'accidents divers ou du fait de la chaleur (insolation).



Opération Stalemate II au cinéma.

Dans la série TV The Pacific (2010), réalisée par Tom Hanks et Steven Spielberg, la bataille de Peleliu est (longuement) relatée au cours des épisodes 5, 6 et 7.







Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


"Bataille du Pacifique - 2ème Partie: la reconquête" (1943-1945).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 14 octobre 2014.


Sources principales:
Battle of Peleliu (Wikipedia.org)
Battle of Angaur (Wikipedia.org)

Guerre de Sécession (1861-1865) - Bilan et conséquences du conflit

La guerre de Sécession, un siècle et demi plus tard, est encore très présente dans la mémoire collective américaine. Sur une population de 31 millions d'habitants, 620,000 hommes ont été tués au combat, de maladies ou par suite de leurs blessures. C'est le conflit le plus meurtrier et le plus coûteux de l'histoire des Etats-Unis. Ses conséquences politiques, économiques, sociales et raciales ont perduré longtemps après la fin des hostilités. Celles-ci peuvent se résumer en trois points principaux. 1° Le renforcement de l'Union et de l'intégrité territoriale. 2° L'abolition de l'esclavage dans le Sud. 3° La période dite "de Reconstruction".



Bilan humain et matériel du conflit.

En termes de destructions et de pertes humaines, la guerre civile américaine est la plus coûteuse de l'histoire des Etats-Unis. En avril 1865, 620,000 hommes, dans une nation de 31 millions d'habitants, ont été tués, soit 8% de la population blanche masculine entre 13 et 43 ans, c'est-à-dire davantage que dans toutes les autres guerres réunies auxquelles les Etats-Unis prendront part par la suite! 412,000 autres ont été blessés ou mutilés.

Le Nord enregistre au total 360,000 tués et 275,000 blessés, sur 2.8 millions d'hommes enrôlés, soit presque un quart des effectifs engagés (22.7%). Le Sud, 260,000 tués et 137,000 blessés, sur un peu plus d'un million d'enrôlés. Soit un tier des effectifs engagés!


Statistiquement, deux fois plus d'hommes sont morts de blessures, d'épidémies ou de maladies, que directement sur le champ de bataille. Pour le Sud, 167,000 tués sur 260,000. Pour le Nord, 250,000 morts sur 360,000.

Les villes et les industries nordistes sortent pratiquement intactes de la guerre. Les ravages sont limités dans le Sud, où pratiquement tous les combats ont eu lieu. Le montant des dégâts matériels et le coût de l'émancipation des esclaves se chiffrent à plus de 3.3 milliards de dollars pour la Confédération. Richmond, Charleston, Atlanta, Mobile et Vicksburg sont devenus des champs de ruines. Dans la campagne par laquelle sont passées les armées de Grant, de Sherman et de Sheridan, il ne reste plus que les murs des domaines de plantations, des fermes et des ponts brûlés, et des lignes de chemin de fer arrachées. De nombreuses récoltes ont été détruites ou confisquées et le bétail massacré.

Ci-dessous: Broad Street à Charleston, Caroline du Sud, en mai 1965.


Ce conflit tranche la question de la permanence de l'Union. La "doctrine de la sécession" est discréditée et, après 1865, les Etats trouveront d'autres moyens pour manifester leurs doléances. Il accroît l'autorité du gouvernement fédéral. L'exécutif, en particulier, exerce une juridiction et des pouvoirs plus grands qu'à aucun autre moment de l'histoire de la nation.

Le Congrès des Etats-Unis adopte la plupart des lois contre lesquelles le Sud s'était si fortement opposé avant la guerre, notamment la loi agraire sur le Homestead, les amples crédits budgétaires pour la modernisation de l'équipement et les droits de douane les plus élevés de l'histoire américaine à cette date.

Du point de vue économique, la Guerre de Sécession encourage la mécanisation de la production et l'accumulation du capital dans le Nord. L'équipement des armées ont nécessité la production de masse d'aliments industriels, de prêt-à-porter, de chaussures et, après la guerre, l'industrie reconvertit ce type de production à l'utilisation civile.

Au niveau scientifique, elle marque également un formidable bon en avant technologique. Le 17 février 1864, le premier sous-marin du monde, le CSS Hunley, du nom de son inventeur Horace L. Hunley, sous les ordres du lieutenant George Dixon, effectue sa première sortie opérationnelle sous la bannière confédérée, et coule l'USS Houssatonic dans la baie de Charleston. Maleureusement, le sous-marin disparait corps et bien après son exploit. De toute façon, c'est trop tard et sans incidence sur la suite des opérations militaires.

Ci-dessous: épave du CSS Hunley renflouée en 2000.


L'Union met en application les avancées révolutionnaires dans le domaine de l'aérostat et créa le premier "Corps aérien d'observation" de l'histoire. Pour la première fois dans l'Histoire, la guerre entre dans sa troisième dimension.


L'armement n'est pas oublié: les premières carabines à répétition Spencer et les premiers obusiers à chargement par culasse (breech-loading) et à canon raillé commencent à remplacer les mousquets et pièces d'artillerie à canon lisse se chargeant par la gueule (muzzle-loading). En 1861, au Nord tant qu'au Sud, les billes des mousquets cédent peu à peu leur place à un nouveau projectile profilé, encore pratiquement inconnu de la troupe: la balle Minie (ou Minié en français). Les cartouches et obus modernes viennent de naître.

Ci-dessous: 1° Carabine à répétition Spencer de 13mm (1865). 2° cartouche 44-40 Winchester destinée à la Cavalerie de l'Union (1864). 3° Balle Minie, nouveau projectile inspiré de la Minié française (1859). 4° Obusier de 8 pouces (203mm) Parrott utilisé par l'artillerie de siègle confédérée (1862).








Idem pour l'artillerie de siège: les premiers obusiers alimentés par culasse commencent à remplacer les canons se chargeant par la gueule.

La télégraphie électrique et le code Morse font leur apparition partout sur le territoire américain et révolutionnent à tout jamais les communications. L'Union crée le "Signal Corps" et les premières unités de transmission de l'histoire militaire.

En 1865, les Etats-Unis sont devenus la plus grande puissance industrielle du monde.

La guerre de Sécession donne la liberté, théorique, à environ quatre millions de Noirs dans le Sud. Toutefois, les mentalités qui avaient accepté l'esclavage pendant trois cent ans ne disparaissent pas avec la guerre. Les questions non résolues pendant la période de Reconstruction recréent des tensions et des problèmes qui persisteront tout au long de la première moitié du vingtième siècle, jusqu'à la fin de la ségrégation raciale, en 1957.


Relation internationales des deux belligérants.

Pour rendre son choix d'indépendance plus crédible, en matière de politique extérieure, la Confédération cherche avant tout la reconnaissance et le soutien de pays étrangers, en particulier des deux puissances européennes d'alors, la Grande-Bretagne et la France. Cette confiance repose, pour une grande partie, sur le fait que ces deux nations dépendent fortement des exportations du coton sudiste, nécessaire pour leurs industries textiles.

L'Angleterre, par exemple, importe 75% de son coton du Sud des Etats-Unis. Alors que ce commerce est mis en péril par le blocus naval de l'Union, les Confédérés comptent sur une intervention européenne en leur faveur. En 1861, la déclaration officielle de neutralité de la France et de la Grande-Bretagne dans la guerre de Sécession signifie implicitement que la Confédération est reconnue comme puissance belligérante. Cette déclaration encourage le Sud, alors qu'elle entraîne une vive réaction du Secrétaire d'Etat William Seward et des protestations de l'administration Lincoln, dans le Nord.

"Scandale du Trent". Le 8 novembre 1861, dans l'Atlantique nord, une frégate nordiste, l'USS San Jacinto commandé par le capitaine Charles Wilkes, intercepte et araisonne le navire à vapeur britannique RMS Trent, qui transporte deux diplomates confédérés, James Murray Mason et John Slidell, vers l'Europe. Cet "incident" provoque de vives protestations de Londres et la rupture des relations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et l'Union. Finalement, la crise est résolue quand Lincoln les fait relâchés et désavoue publiquement Wilkes, quelques semaines plus tard.

Après la victoire nordiste d'Antietam Creek et la "Proclamation d'émancipation" des Noirs prononcée par Lincoln en septembre 1862, l'ancienne puissance coloniale, qui s'était montrée jusqu'alors favorable à la Confédération, prend désormais ses distances. En 1863, elle interdit la construction de navires de guerre sudistes dans ses chantiers navals. Un des plus célèbres raiders de la marine confédérée, le CSS Alabama, a d'ailleurs été construit (secrètement) en 1862 dans le chantier naval de Birkenhead, en Angleterre.


Pour diverses raisons, les sympathies de la France penchent nettement du côté de la Confédération, bien que celle-ci demeure officiellemnt neutre. L'intervention d'un corps expéditionnaire français au Mexique, en janvier 1862, dans l'intention de placer l'empereur Maximilien Ier à la tête de ce pays, provoque de vive protestations et une réaction de Washington (cf Doctrine Monroe), et l'Union est à deux doigts de déclarer la guerre à la France.

Dans la seconde moitié du conflit, la Grande-Bretagne et l'Union sont engagés dans un commerce réciproque très profitable, l'Union acquérant des armes et des produits manufacturés en Grande-Bretagne, et le Royaume-Uni achetant le blé nordiste.

Finalement, avec la proclamation d'émancipation de septembre 1862, l'opinion publique à l'étranger soutint fermement la cause de l'Union. Tout cela, ajouté au tournant que prend la guerre après Gettysburg, voue à l'échec la demande de reconnaissance et d'intervention étrangères qu'entretenait la Confédération.


Abolition de l'esclavage (1865).

Tout au long du conflit, Lincoln et le Congrès ont déclaré à plusieurs reprises que leur principal soucis était la préservation de la Constitution et de l'Union. Conscient du besoin de conserver la loyauté des Etats frontaliers esclavagistes, Lincoln fait preuve de beaucoup de prudence pour régler la question épineuse de l'esclavage, mais il ne peut finalement pas l'éviter.

Les esclaves libérés ou fugitifs rejoignent les rangs de l'Union et réclament leur émancipation. De plus, dans le Sud, la main d'oeuvre des Noirs représente une valeur essentielle pour l'effort de guerre confédéré.

Les esclaves affranchis ont le droit de s'enrôler dans l'armée de l'Union. A la fin de la guerre, 178,000 Noirs regroupés au sein de 175 régiments "colorés", généralement recrutés ou conscrits dans les Etats du Sud, ont été enrôlés dans les rangs de l'Union. La Confédération, de son côté, après la déclaration d'émancipation de Lincoln, à partir de septembre 1862, fait de même et enrôlera 113,000 Noirs dans son armée jusqu'à la fin des hostilités.

Dans l'Union, la première unité noire constituée, le 54ème Régiment d'infanterie du Massachussetts commandée par le Colonel Robert Gould Shaw, est activée le 13 mars 1863. Ce régiment est officiellement reconnu après l'assaut contre Fort Wagner, en Caroline du Sud, le 18 juillet suivant, attaque au cours de laquelle l'unité est décimée et son commandant tué (1).

Photo ci-dessous: 1° Assaut du 54th (Colored) Regiment de l'Union contre Fort Wagner, le 18 juillet 1863. 2° Compagnie E du 4ème Régiment d'infanterie (coloré), le 17 novembre 1865, à Fort Lincoln.






Le 6 août 1861, le Congrès américain adopte un projet de loi sur la confiscation, qui demandait la saisie de tous les biens, esclaves compris, utilisés "en faveur de la rébellion". Néanmoins, le statut juridique de ces esclaves reste incertain et la politique fédérale tergiverse pendant les dix-huit premiers mois de la guerre.

La proclamation d'émancipation, prononcée par Lincoln en septembre 1862, après la bataille d'Antietam Creek, stipule que, dès le 1er janvier 1863, dans les Etats ou portions d'Etats toujours engagés dans la rébellion, les esclaves seraient "pour toujours libres".

Malgré le sursis accordé au Sud, Lincoln pense qu'il serait fort improbable que les Etats confédérés rejoignent l'Union. Néanmoins, en partie pour apaiser un public nordiste sceptique, Lincoln déclare clairement que son principal objectif est la préservation de l'Union, et non l'abolition de l'esclavage. Lorsque, par la suite, il émet la proclamation d'émancipation, Lincoln la défent par des arguments de nécessité militaire.

"L'émancipation, déclara-t-il, affaiblirait les forces productives de la Confédération et, ainsi, accélérerait la fin de la guerre". Le Tennessee et les Etats frontaliers loyaux et esclavagistes sont exclus de cette proclamation au contraire des territoires de la Louisiane, de la Virginie et de la Virginie-Occidentale occupés par l'Union.

Après les hostilités, le Treizième Amendement à la Constitution, qui abolit officiellement l'esclavage sur l'ensemble du territoire américain, est ratifié en décembre 1865.


(1) Voir le film "Glory" (1989) d'Edward Zwick, avec Matthew Broderick (Shaw), Denzel Washington, Morgan Freeman, Cary Elwes, Jihmi Kennedy et Andre Braugher.


Plan d'amnistie de Lincoln (1863).

Lorsque le Tennessee, la Louisiane et la Caroline du Nord sont quasiment sous le contrôle des armées nordistes, Lincoln nomme des gouverneurs militaires pour ramener ces Etats dans l'Union.

Le 8 décembre 1863, il émet une "Proclamation d'amnistie et de reconstruction". A l'exception des hauts dignitaires militaires et civils de la Confédération ou de ses Etats, tous les Sudistes qui prêteraient un serment de loyauté à la Constitution et jureraient d'obéir à la législation de temps de guerre et aux proclamations relatives à l'esclavage seront amnistiés.

Dès que 10% de l'électorat de 1860 d'un Etat auraient respecté ces clauses, cet Etat serait en mesure de rédiger une nouvelle Constitution, d'élire de nouveaux officiers d'Etat et d'envoyer des représentants au Congrès.

Ce plan devient la base du "Programme présidentiel de la Reconstruction", qui fait se confronter durement au Congrès Lincoln avec les Républicains, ceux-ci réclamant une protection pour les esclaves affranchis et une reconstruction plus ambitieuse.


Que deviennent les généraux nordistes et sudistes après la guerre?

En bénéficiant du plan d'amnistie de Lincoln, la plupart des militaires sudistes survivants réintègrent l'Armée de l'Union. Après sa capture par les troupes de l'Union, Jefferson Davis est poursuivit par la justice américaine pour "Haute trahison". Bien que les charges soient finalement abandonnées, il est déclaré inéligible à toute fonction publique en vertu du 14ème Amendement à la Constitution des Etats-Unis, qui stipule "que nul ne sera sénateur ou représentant au Congrès celui qui aura pris part à une insurrection ou à une rébellion contre le gouvernement américain". Cette décision sera annulée à titre posthume par le président Jimmy Carter en 1978, soit 89 ans après la mort de Davis.

Davis, libéré en mai 1867, s'établit dans les affaires en tant que président d'une compagnie d'assurances à Memphis, dans le Tennessee. Il présidera à Richmond la cérémonie funéraire pour le général Robert E. Lee, décédé en 1870. En 1871, à Atlanta, il réitère son soutien au principe du droit des Etats à faire sécession et de leur souveraineté.


Agé de 81 ans, il s'éteint paisiblement à La Nouvelle-Orléans le 6 décembre 1889. Ses funérailles attirent une foule considérable tout au long du cortège ferroviaire entre La Nouvelle-Orléans et Richmond, où il est inhumé. Au-dessus de sa tombe, dans le Cimetierre d'Hollywood, se dresse sa statue où flotte en permanence le drapeau confédéré.


Robert E. Lee, considéré comme le plus brillant stratège de la Guerre de Sécession, après sa reddition à Appomatox, devient le 2 octobre 1865 président du Washington College, jusqu'à sa mort le 12 octobre 1870, à l'âge de 67 ans. Pendant sa présidence, cet établissement, à peine connu localement, connaîtra une renommée"' nationale. Après sa disparition, le campus est renommé "Washington and Lee College".

En politique, Lee s'implique dans le programme fédéral de Reconstruction du président Andrew Johnson. Il s'oppose cependant à l'octroi immédiat du droit de vote aux anciens esclaves, au motif que ceux-ci ne sont pas assez éduqués pour voter intelligemment et seraient ainsi la proie des candidats démagogues.

En 1867, il s'oppose au programme des Républicains radicaux, qu'il estime incompatible avec toute politique de réconciliation nationale entre le Nord et le Sud. L'année suivante, Lee et 31 autres anciens officiers confédérés signent un manifeste de soutien à Horatio Seymour, candidat démocrate à l'élection présidentielle, opposé au candidat républicain Ulysses S. Grant.

Photos ci-dessous: la statue de Lee devant le Bois du Séminaire, et la ville de Gettysburg aujourd'hui.



Ulysses S. Grant, commandant en chef de l'armée de l'Union en 1864 et 1865, se présente aux élections de 1868 et devient le dix-huitième président des Etats-Unis. Il est ensuite réélu le 5 novembre 1872 pour un second mandat. Atteint d'un cancer du larynx probablement lié à sa consommation de cigares, il s'éteint le 23 juillet 1885 à Mount McGregor, dans l'Etat de New York.


Après la guerre, Pierre Gustave Toutant Beauregard défend la cause des esclaves affranchis et leur droit de vote, ce qui est très rare parmi les généraux confédérés. Il décline les offres de la Roumanie et de l'Egypte qui lui proposent de prendre le commandement de leurs armées. Il devient gouverneur de la Louisiane et commandant de sa milice. Beauregard meurt à la Nouvelle-Orléans le 20 février 1893, à l'âge de 74 ans. Il est inhumé dans le Cimetierre de la Metairie.


Simon Bolivar Buckner, Sr, qui a commandé la garnison sudiste de Fort Donelson en 1862, devient gouverneur du Kentucky. Son petit-fils, Simon Bolivar Buckner, Jr, commandant la 10ème Armée US, sera tué à Okinawa le 20 juin 1945, et deviendra un des plus célèbres généraux de la Seconde Guerre mondiale.

James Longstreet est l'un des plus célèbres généraux confédérés, avec Robert Lee et Joseph Johnson. Il s'engage après le conflit dans une carrière politique, s'inscrit au Parti Republicain d'Ulysses Grant et devient l'ambassadeur américain auprès de l'Empire Ottoman, puis finalement Commissaire aux Chemins de Fer de 1897 à 1904. Il publie ses mémoires From Manassas to Appomattox en 1896, et l'année suivante épouse en seconde noce, à l'âge de 76 ans, Helen Dortch, une bibliothécaire de 34 ans. Il s'éteint après avoir contracté une pneumonie à Gainesville, en Géorgie, le 2 janvier 1904, une semaine avant son 83ème anniversaire.


Joseph E. "Joe" Johnson, l'ancien commandant en chef de l'Armée confédérée du Tennessee, devient après la guerre le président d'une petite compagnie ferroviaire en Alabama, de mai 1868 à novembre 1867, jusqu'à ce qu'elle fasse faillite. L'année suivante, il est agent d'assurance à Savannah, en Géorgie. Il s'interesse ensuite à la politique, et devient membre du Congrès à Washington, en tant que Représentant démocrate de 1879 à 1881. Sous l'administration de Grover Cleveland (22ème et 24ème Président des Etats-Unis, 1885–1889 et 1893–1897), il est nommé "Commissaire aux Chemins de Fer".

Johnson devient un des plus proches et meilleurs amis de William T. Sherman, et à la mort de ce dernier, il préside sa cérémonie funéraire, le 19 février 1891. Après avoir contracté une pneumonie lors de cette cérémonie, il s'éteint le 21 mars suivant, à l'âge de 84 ans. Une statue en son honneur est érigée à Dalton, en Géorgie.


Braxton Bragg devient en 1868 superintendant du réseau de distribution d'eau à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Il supervise la reconstruction du port de Mobile et devient chef ingénieur en Alabama, puis finalement inspecteur aux Chemins de Fer. Fort Bragg, en Caroline du Nord, qui abrite aujourd'hui les 82ème et 101ème Divisions aéroportées et les forces spéciales de l'US Army, a été baptisé en son honneur le 4 septembre 1918.

George G. Meade, le vainqueur de Gettysburg, est nommé commissaire de Fairmount Park en Pennsylvanie, de 1866 jusqu'à sa mort. Il décède le 6 novembre 1872 des suites de ses vieilles blessures reçues durant la guerre, combinées avec une pneumonie. Il est inhumé dans le cimetierre Laurel Hill de Philadelphie, en Pennsylvanie. Fort Meade, dans le Maryland, est baptisé en son honneur, et une statue équestre est érigée sur le champ de bataille de Gettysburg, à l'endroit même où il repoussa la Charge de Picket.


Quand Grant devient président, William T. Sherman, l'artisan de la "Guerre totale contre le Sud" en Géorgie, lui succède au poste de commandant en chef de l'US Army. Son rôle le conduit à mener les Guerres indiennes dans l'Ouest. Sa carrière est marquée par un refus constant de s'engager en politique et, en 1875, il publie Memoirs, un des témoignages directs les plus connus de la guerre civile américaine. Analysant le parcours militaire de Sherman, l'historien militaire Liddell Hart affirme qu'il est "le premier général moderne".

Sherman s'éteint à New York, le 14 février 1891, à l'âge de 71 ans. Il est inhumé au Cimetierre du Calvaire de Saint-Louis. En son honneur, un monument équestre est érigé à Washington DC. Et un des plus célèbres chars de la Seconde Guerre mondiale portera son nom.


Après la guerre, Philip Sheridan poursuit également une carrière militaire et s'implique dans les guerres indiennes de l'Ouest. En raison de sa politique controversée envers les Amérindiens, certains l'accuseront par la suite de racisme et de génocide, notamment pour l'abattage de millions de bisons. Les historiens sont divisés en ce qui concerne la paternité de la célèbre citation: "Un bon indien est un indien mort!", certains d'entre-eux l'attribuant au chef comanche Tosawa en 1869.

En 1871, lors du "Grand Incendie" de Chicago, il coordonne les moyens et les secours des militaires à apporter aux civils. Sheridan s'implique activement dans la protection du Parc national de Yellowstone, dans le Wyoming, en en faisant sa "croisade personnelle". Le 1er novembre 1883, il succède à William Sherman en tant que commandant en chef de l'US Army, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort, le 5 août 1888, à l'âge de 57 ans.



Période de Reconstruction (1865-1877).

Dans l'histoire de l'après-guerre de Sécession, la "Reconstruction" (Reconstruction Era) désigne la période de reconstruction des Etats dévastés par le conflit. Cette période débute en 1863 dans le Sud, et en 1865 en ce qui concerne l'ensemble du territoire américain. Elle prend fin avec le "Compromis de 1877".

Durant douze ans, les anciens Etats confédérés sont "occupés" et administrés de fait par l'US Army. Les Carpetbaggers, des hommes d'affaire ou "profiteurs" nordistes, ainsi désignés péjorativement par la population locale, avec l'aide de Sudistes favorables aux plans de reconstruction (Scalawags), coopèrent avec les autorités militaires, les Républicains et le gouvernement fédéral pour "rebâtir le Sud". Ils lancent une série de programmes ambitieux et engloutissent plusieurs milliards de dollars pour reconstruire les chemins de fer, les plantations, les écoles publiques, les villes dévastées, les ports, les batiments officiels, les industries, le commerce, les entrepôts, etc.


Mais les Nordistes et les Sudistes qui travaillent à ces programmes ne s'attirent pas que la sympathie. Surtout en ce qui concerne le nouveau droit des anciens esclaves au droit de vote en 1867. Ainsi cette situation favorise la création et l'émergence du Ku Klux Klan (KKK), jusqu'à ce que le président Ulysses Grant le déclare illégal, en 1871. La même année, pour armer les Noirs et les aider à s'opposer aux exactions du KKK, les Républicains fondent la National Rifle Association (NRA).

Ci-dessous: dessin symbolisant l'alliance entre le Ku Klux Klan et les Blancs extrémistes de la White League, farouchement opposés aux libertés accordés aux anciens esclaves et aux programmes de la Reconstruction.


Peu à peu, les Démocrates sudistes, désignés "Redeemers", reprennent les leviers de commande et le contrôle de leurs Etats. Avec le "Compromis de 1877", la présence armée (Occupation) et la gestion de la Reconstruction par l'US Army prennent officiellement fin, les Etats sudistes recouvrant leur autonomie. Près de quatre milliards de dollars auront été investis par le Nord dans la Reconstruction.


Article modifié le 9 mars 2013.


Sources principales:
History of the United States (1849-1865) (Wikipedia.org)
American Civil War (Wikipedia.org)

Guerre de Sécession (1861-1865) - Déroulement du conflit

La Guerre de Secession (1861-1865) est, en terme de destructions et de pertes humaines, la plus couteuse et la plus meurtrière de l'histoire des Etats-Unis. Les hostilités débutent le 12 avril 1861, lorsque l'artillerie confédérée ouvre le feu contre Fort Sumter, en Caroline du Sud. Lincoln répond à cet acte en ordonnant d'"étouffer la rebellion sudiste" et en levant une armée de volontaires plus puissante. Par la suite, le président de l'Union fera appel, pour la première fois, à la conscription militaire. Au début du conflit, chacun des deux adversaires pense alors que la guerre sera de courte durée. L'US Navy entame le blocus naval des côtes ennemies. En septembre 1862, la "Proclamation d'émancipation" de Lincoln met officiellement fin à l'esclavage dans le Sud, et dissuade la Grande-Bretagne d'intervenir dans le conflit.


L'armée confédérée de l'Est, commandée par le général Robert E. Lee, remporte victoire sur victoire pendant les deux premières années, jusqu'en juillet 1863 et la bataille de Gettysburg, qui marque le début de la fin pour le Sud. Sur le théâtre d'opération de l'Ouest, l'Union s'empare de la Nouvelle-Orléans, remonte le cours du Mississippi et s'assure progressivement le contrôle du fleuve. La victoire de l'Union à Vicksburg, le 4 juillet 1863, coupe la Confédération en deux.

Après deux ans de défaites et d'humiliation, dans l'Est, les industries du Nord tournent maintenant à plein régime, et l'armée de l'Union se renforce continuellement, prenant définitivement l'avantage, tant en matériel qu'en effectifs. Le général Ulysse S. Grant, le nouveau commandant en chef de l'armée nordiste du Potomac en 1864, contraint Lee à une longue et épuisante guerre d'usure (Attrition War). Simultanément, le général William Tecumseh Sherman envahit la Géorgie, entame sa "longue marche vers la mer" et s'empare d'Atlanta. La Confédération est maintenant coupée en trois. La résistance sudiste prend définitivement fin après la reddition de Lee, le 9 avril 1865, à Appomatox Court House, en Virginie.

La guerre de Sécession est la première des guerres modernes, en ce sens que l'industrie et la production de masse ont joué un rôle capital dans la conduite des opérations. Les chemins de fer, le télégraphe et la navigation à vapeur ont été employé massivement, et ont complètement bouleversé la stratégie militaire.

Au cours de ces quatre années de guerre fratricide, 620,000 Américains ont été tué, représentant 10% de la population masculine entre 20 et 45 ans pour le Nord (360,000 morts), et 30% de la population masculine entre 18 et 40 ans pour le Sud (260,000 morts). Soit davantage que dans toutes les autres guerres réunies auxquelles les Etats-Unis prendront part par la suite, y compris les deux guerres mondiales. Après les hostilités, commence une période appelée "Reconstruction Era", qui prend fin en 1877.


Union et Etats Confédérés d'Amérique.

1° Union.

Durant la Guerre de Sécession, l"Union" est le terme usuel qui désigne le gouvernement fédéral du Nord. Vingt-trois Etats la compose en 1861: Californie, Connecticut, Delaware, Illinois, Indiana, Iowa, Kansas, Kentucky, Maine, Maryland, Massachussetts, Michigan, Minnesota, Missouri, New Hampshire, New Jersey, New York, Ohio, Oregon, Pennsylvanie, Rhode Island, Vermont et Wisconsin. Durant les hostilités, le Nevada et la Virginie occidentale, deux nouveaux Etats, se joindront à l'Union. Le Tennessee et la Louisiane, occupée militairement, y seront réintégrés en 1862-1863. Les territoires du Colorado, du Dakota, du Nebraska, du Nevada, du Nouveau-Mexique, de l'Utah et de Washington soutiennent également l'Union. La population totale de l'Union s'élève à environ 23 millions d'habitants, dont moins d'1% de Noirs.

Ci-dessous: bannière de l'Union (1861-1863), avec les étoiles représentant les 34 Etats ou Territoires.



2° Etats Confédérés d'Amérique, ou "Confédération".

En février 1861, sept Etats sudistes ont fait sécession et se sont séparés de l'Union: Caroline du Sud, Mississippi, Floride, Alabama, Géorgie, Louisiane et Texas. En mars, ils fondent les "Etats Confédérés d'Amérique", se dotent d'une nouvelle constitution (modelée sur celle du Nord) et élisent leur premier (et dernier) président: Jefferson F. Davis.

Après l'attaque de Fort Sumter, le 12 avril, quatre autres Etats sudistes rejoignent la Confédération: Virginie, Arkansas, Caroline du Nord et Tennessee. Le 20 juin 1863, la partie nord-ouest de la Virginie se détache de la Confédération et réintègre l'Union, ainsi nait le nouvel Etat de la Virginie occidentale. En 1861, la population totale des Etats confédérés s'élève à approximativement 9 millions d'habitants: 5 millions de Blancs et 4 millions de Noirs.

Ci-dessous: diverses bannières de la Confédération. 1° mars-avril 1861 (Stars and Bars). 2° Drapeau général 1861-1865. 3° Mars 1865 (Blood Stained Banner). 4° Non officiel (Bonnie Blue Flag).







Déroulement et chronologie des opérations.

Abraham Lincoln et Jefferson Davis se ressemblent physiquement et ont eu une vie assez semblable. Tous les deux sont nés dans le même Etat, le Kentucky, et à quelques mois d'intervalle, le 3 juin 1808 pour Davis, le 12 février 1809 pour Lincoln. Avant de s'interesser à la politique, Lincoln était avocat et Jefferson un officier sorti de l'académie militaire de West-Point. Tous deux ont fait ensuite une carrière au Congrès, le premier en tant que représentant puis sénateur whig/républicain de l'Illinois, le second comme sénateur démocrate du Mississippi.


En 1861, au Nord comme au Sud, l'engagement se fait sur base du volontariat. Après la victoire sudiste à Bull Run (21 juillet), la nécessité finira par forcer les deux camps à faire appel, pour la première fois de l'Histoire du pays, à la conscription militaire. A la fin de la guerre, en avril 1865, le Sud aura enrôlé un peu plus d'un million d'hommes, dont 115,000 Noirs. Le Nord, 2.1 millions, y compris 186,000 Noirs. La moitié d'entre-eux le seront dans la dernière année du conflit.

Par ailleurs, l'Union possède de très nets avantages matériels et industriels: en argent et en crédit, en usines, en production alimentaire, en ressources minérales et en transport, qui s'avéreront au bout du compte décisifs. La capacité de la Confédération à combattre est handicapée par un manque chronique de nourriture, de médicaments, de vêtements et d'artillerie, ainsi que par une lassitude de la guerre, et une grande inconnue: la réaction des Noirs.

Cependant, malgré sa supériorité en hommes et en ressources, le Nord ne parvient pas à la rapide victoire qu'il avait escomptée. Lever, entraîner et équiper une armée de conscription à partir d'hommes inexpérimentés et trouver un commandement militaire efficace se révéleront être des tâches considérables demandant beaucoup de temps et de ressources que prévus.

Le Sud, doté d'une tradition militaire plus forte, dispose au début de la guerre de davantage d'hommes expérimentés dans la carrière militaire et d'un corps d'officiers très efficace, tous sortis de l'académie militaire de West Point, comme par exemple Thomas "Stonewall" Jackson, Pierre Gustave Toutant Beauregard, Joseph E. "Joe" Johnston et Robert E. Lee.

Au Nord, ce n'est qu'à l'épreuve des défaites que Lincoln arrivera à trouver des chefs militaires, de qualité assez médiocre au début, mais qui émergeront et deviendront comparables à ceux du Sud. Les plus célèbres d'entre-eux sont Ulysses S. Grant, Philip H. Sheridan et William T. Sherman.


1° Plan Anaconda: blocus naval des côtes sudistes (1861-1865).

Lincoln sait que dans une longue guerre d'usure, le Sud n'a aucune chance. En mai 1861, il ordonne donc le blocus naval des côtes ennemies, interdisant tout commerce de la Confédération vers l'extérieur. Winfield Scott, le commandant en chef de l'armée de l'Union, imagine pour cela le "Plan Anaconda". A la fin de l'année, le blocus nordiste aura mis fin au trafic maritime intérieur sudiste entre le ports, "coulé" le marché du coton, ruinant l'économie du Sud.

Ci-dessous: Scott's Great Snake, ou "Plan Anaconda". Dessin illustrant le plan de Winfield Scott pour "étrangler économiquement le Sud.


Cependant, au début du conflit, la marine de guerre de l'Union existe à peine, ses navires ayant été conçus pour combattre en haute mer et non pour bloquer des ports. C'est pourquoi, avant de mettre en place le blocus, il faut concevoir de nouveaux navires.

Pour "casser" le blocus nordiste, le Sud dévoile une nouvelle arme capable de détruire les navires de l'Union, un "cuirassé" recouvert de plaques de blindage en acier, construit à partir de la coque d'une frégate à vapeur, le Merrimack, abandonnée par l'Union.

Le 8 mars 1862, rebaptisé CSS Virginia, le navire sudiste quitte le port de Norfolk, en Virginie, pour atteindre Hampton Roads où il coule facilement deux frégates nordistes. C'est une brillante démonstration de la supériorité des nouveaux "cuirassés" métallique sur la flotte de l'Union, à voile et en bois, désormais en infériorité.

Mais lorsque le Virginia réapparait le lendemain, il rencontre un tout nouveau genre d'adversaire, un autre "cuirassé" de métal, l'USS Monitor. Il s'ensuit une bataille spectaculaire qui dure plusieurs heures, pendant lesquelles aucun des cuirassés ne subit de graves dommages, ni ne remporte de victoire décisive.

Ci-dessous: peinture illustrant l'affrontement entre le Virginia et le Monitor, au large d'Hampton Roads, le 9 mars 1862. La première bataille de l'histoire entre "cuirassés" (First Battle of the Ironclads).


Tout au long du conflit, des opérations conjointes entre l'armée et la marine de l'Union protégeront les têtes de pont fédérales d'Hatteras Inlet, en Caroline du Nord, et de Port Royal, en Caroline du Sud.

La prise de Fort Henry, en février 1862, et la chute de La Nouvelle-Orléans, le 1er mai 1862, toutes deux obtenues avec une aide navale importante, permettent à l'Union de contrôler les fleuves Mississippi et Tennessee.

Bien que le Sud manque d'une marine importante, les raiders confédérés mènent plusieurs combats maritimes dans diverses autres parties du monde contre la marine marchande de l'Union. Celui qui inflige le plus de dommages est le CSS Alabama, construit en Angleterre.

Le dernier combat naval se déroule le 22 juin 1865 entre le CSS Shenandoah et des frégates nordistes, dans le détroit de Behring. C'est-à-dire plus de deux mois après la capitulation officielle de la Confédération.

En avril 1865, l'Union a mis en service une flotte de guerre impressionante de plus de 500 navires, détruit ou capturé 1,500 "forceurs de blocus" ou navires cargo sudistes. Le blocus de l'Union aura contribué à faire baisser le commerce sudiste avec l'extérieur de 95%!


2° Victoires sudistes sur le théâtre d'opérations de l'Est (1861-1863).

Au début du conflit, en février 1861, les deux belligérants sont persuadés d'aboutir à une victoire rapide. En mai, l'Armée nordiste du Nord-Est, commandée par le brigadier-général Irvin McDowell entame une marche pour envahir la Virginie et s'emparer de la capitale ennemie, Richmond. McDowell traverse le Potomac et s'empare d'Alexandria, puis se déplace vers le nord-ouest en cherchant le contact avec l'Armée confédérée du Potomac, commandée par le brigadier-général Pierre Gustave Toutant Beauregard.

Les troupes sudistes (20,000 hommes) ont pris position près de Manassas Junction, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Washington. Après deux jours d'une marche éreintente sous un soleil de plomb, les Nordistes atteignent Centreville et se reposent.

Le 21 juillet 1861, McDowell envoie le major-général Robert Patterson, avec 18,000 hommes, engager les Confédérés de Beauregard et franchir en force le Bull Run. C'est la première bataille de la guerre de Sécession, dite "Première Bataille de Bull Run" ou encore "Première Bataille de Manassas".

C'est une bataille mémorable: l'armée nordiste, croyant en une victoire facile, a proposé à des civils d'assister à la bataille! Au début, l'Armée de l'Union est victorieuse. Sous les assauts nordistes, les Confédérés sont sur le point de flancher, mais la situation se renverse complètement avec l'arrivée de renforts sudistes (12,000 hommes) de la Vallée de la Shenandoah, commandés par le major-général Joseph E. Johnston, attaquant sur les flancs exposés des Nordistes, et désorganisant totalement l'armée ennemie. Celle-ci panique et doit s'enfuir en désordre, repasser le Potomac et rentrer à Washington.


L'Union perd 2,896 hommes hors de combat (460 tués, 1,124 blessés et 1,312 disparus/capturés). L'armée confédérée du Potomac, de son côté, enregistre la perte de 1,982 hommes (387 tués, 1,582 blessés et 13 disparus/capturés). Le résultat n'est pas très important sur le plan militaire, les Sudistes s'abstenant de poursuivre l'ennemie ennemie en retraite. Mais l'échec du Nord humilié force celui-ci à abandonner tout espoir d'une "guerre de 90 jours" et à lever, pour la première fois de l'histoire du pays, une armée de conscription beaucoup plus importante. De son côté, le Sud quitte Bull Run avec une confiance aveugle et trompeuse, qui l'empêche de se préparer soigneusement au long conflit à venir.


Il s'ensuit une longue période d'accalmie pendant le reste de l'année. L'Union en profite pour lever et entraîner une nouvelle armée de conscription beaucoup plus puissante, et pour renforcer les défenses de Washington. Le 26 juillet 1861, McDowell est relevé de son commandement et remplacé par le major-général George B. McClellan. Le 20 août, celui-ci créé l'Armée nordiste du Potomac.

Au printemps 1862, pressé par l'insistance de Lincoln, McClellan envahit la Virginie. Il attaque l'armée confédérée sur ses arrières en débarquant dans la Baie de Chesapeake, remonte la péninsule entre les fleuves York et James et la baie de Chesapeake, de manière à prendre la Confédération de revers et d'avancer sur Richmond.


Le 17 mars 1862, l'Armée nordiste du Potomac (105,000 hommes) de McClellan se regroupe à Fort Monroe et entame la "Campagne de la Péninsule". Le 31 mai, après la "Bataille de Seven Pines" ou "Bataille de Fair Oaks Station" au résultat incertain, le président Jefferson Davis remplace Joseph E. Johnston par le général Robert E. Lee à la tête de l'Armée confédérée de la Virginie.

Photo ci-dessous: artillerie nordiste pendant la bataille de Yorktown (5 avril - 4 mai 1862).


La "Bataille des Sept Jours" est en fait une série de six engagements qui se succèdent du 25 juin au 1er juillet 1862, livrés entre l'Armée confédérée de Robert Lee (92,000 hommes) et l'Armée du Potomac de George McClellan (104,000 hommes), près de Richmond.

Durant ces sept jours, aucun camp n'est en mesure de porter un coup décisif à l'autre. Les pertes sont énormes dans les deux camps. Du côté nordiste, 15,855 hommes hors de combat (1,734 tués, 8,066 blessés et 6,055 disparus ou capturés). Du côté sudiste, les pertes s'élèvent à 20,204 hommes (3,494 tués, 15,758 blessés et 952 disparus/capturés).


Puis l'armée de McClellan, bien qu'ayant perdu moins d'hommes mais se croyant inférieur en nombre, décide de se retirer vers Harrison Landing, sur le fleuve James.

Après cette "Campagne de la Péninsule", c'est la "Campagne du Nord de la Virginie", une série de batailles engagées du 7 au 30 août 1862. Avec le retrait de McClellan, Lincoln doit faire appel au major-général John Pope, rappelé du théâtre d'opération Ouest, pour réorganiser la défense de Washington. Celui-ci forme une nouvelle armée nordiste de la Virginie.

D'abord cantonné à la défense de la capitale fédérale, Pope affirme qu'il peut battre les Confédérés et marcher sur Richmond. Lincoln, en quête d'une solution rapide, lui accorde sa confiance.

Au mois de juillet 1862, l'Armée nordiste de la Virginie quitte Washington avec 75,000 hommes et fait route vers la capitale ennemie. Lee envoie alors un Corps d'armée de 14,000 hommes commandé par le lieutenant-général Thomas "Stonewall" Jackson pour retarder Pope. Puis s'aperçevant que l'armée de McClellan reste passive à Harrison Landing, il ordonne au reste de son armée de remonter vers le Nord sur les traces de Jackson, en laissant un minimum d'hommes pour défendre Richmond.

Du 28 au 30 août 1862, lors de la seconde bataille de Bull Run, les armées de Robert E. Lee, Thomas J. "Stonewall" Jackson et de James Longstreet infligent des pertes sévères à l'armée nordiste de Pope, qui est refoulée vers Washington. Celui-ci engage 62,000 hommes et perd environ 10,000 tués, blessés et disparus. Les Confédérés, sur 50,000 hommes engagés, enregistre environ 1,300 tués et 1,700 blessés.


Cette "Campagne de la Virginie du Nord" s'achève donc par un nouveau succès de l'armée confédérée. Lee y a perdu 9,197 hommes sur un effectif de 48,500 engagés: 1,481 tués tués, 7,627 blessés et 89 disparus/capturés. L'Armée nordiste de Virginie, 16,054 hommes sur un effectif de 75,000 engagés: 1,724 tués, 8,372 blessés et 5,958 disparus/capturés.

A la suite de cette victoire, Robert Lee, en septembre 1862, franchit le Potomac et envahit le Maryland avec 45,000 hommes. C'est la "Campagne du Maryland".


La terrible bataille d'Antietam Creek, près de Sharpsburg, le 17 septembre 1862, qui l'oppose à MacClellan, le contraint cependant à faire demi-tour et à rentrer en Virginie. Cet engagement marque la journée la plus sanglante de la guerre, car en un seul jour, près de 23,000 Américains sont mis hors de combat. Le Sud perd 10,316 hommes (1,546 tués, 7,752 blessés et 1,018 disparus/capturés). Et l'Union, 12,401 hommes (2,108 tués, 9,540 blessés et 753 disparus/capturés).

Ci-dessous: Antietam Creek, 17 septembre 1862, est la journée la plus sanglante de la guerre. 1° Charge de la "Brigade de Fer" (Iron Brigade). 2° Corps de soldats sudistes.



En raison d'une prudence excessive qui l'a empêché de poursuivre Lee en retraite, McClellan est remplacé à la tête de l'Armée Nordiste du Potomac par le major-général Ambrose E. Burnside.

A la fin de l'année, l'Armée nordiste du Potomac, avec 114,000 hommes, entame une offensive vers Richmond, en Virginie. Les 11-13 décembre 1862, Burnside choisit, à tort, de défier les défenses sudistes pratiquement imprenables (72,500 hommes) de Lee à Fredericksburg, sur la rivière Rappahannock.


Lors de ce nouveau désastre, l'Union enregistre la perte de 12,653 hommes hors de combat (1,284 tués, 9,600 blessés et 1,769 disparus/capturés). Le Sud, 5,377 hommes (608 tués, 4,116 blessés et 653 disparus/capturés). Les Nordistes doivent une nouvelle fois se replier honteusement sur Washington. Burnside est limogé et le major-général Joseph Hooker lui succède au commandement de l'Armée nordiste du Potomac.

Du 30 avril au 6 mai 1863, c'est la bataille de Chancellorsville, près de Spotsylvania Courthouse, en Virginie. L'Armée confédérée du Nord de la Virginie (60,900 hommes), commandée par le major-général Robert E. Lee, inflige une sévère correction à l'Armée nordiste du Potomac de Hooker, aux effectifs deux fois plus nombreux (133,000 hommes), mais il y perd un cinquième de son armée et un des ses meilleurs généraux, Thomas "Stonewall" Jackson, victime d'un tir accidentel sudiste. Les pertes sont lourdes des deux côtés. Les Sudistes enregistrent 13,303 hommes hors de combat (1,665 tués, 9,081 blessés et 2,018 disparus/prisonniers). Les Nordistes, 17,197 hommes (1,606 tués, 9,672 blessés et 5,919 disparus/prisonniers).

Ci-dessous: 1° Reconstitution de la Bataille de Chancellorsville, en 2008. 2° Corps de soldats confédérés à Chancellorsville.



A Washington, Lincoln est attéré par cette nouvelle défaite. Hooker est relevé de son commandement pour incompétence et remplacé le 28 juin 1863 par le général George G. Meade, un west-pointer vétéran des guerres indiennes et de la guerre contre le Mexique (1845-1848), qui a fait ses classes avec Robert Lee.

Lee, de son côté, exalté par sa victoire, décide d'envahir la Pennsylvanie. Le 3 juin 1863, l'Armée confédérée de la Virginie du Nord, forte de 75,000 hommes, s'ébranle en suivant la vallée de la Shenandoah, un affluent du Potomac. Son plan est de s'avancer en territoire ennemi vers le Nord, pour contourner l'Armée nordiste du Potomac et la prendre à revers, menaçant du même coup Washington, Baltimore et Philadelphie.


L'Armée du Potomac de Hooker (Meade à parti du 28 juin) pourchasse les troupes de Lee. Le 9 juin 1863, à Brandy Station, près de Culpeper, c'est la plus grande bataille de cavalerie de la guerre: les 9500 Sudistes du major-général James E.B. "Jeb" Stuart affrontent les 11,000 Nordistes d'Alfred Pleasonton. Le résultat de la bataille est incertain.


L'Armée confédérée traverse ensuite les Blue Ridge Mountains et capture la garnison fédérale de Winchester, en Virginie, entre le 13 et le 15 juin 1863. Le II Corps de Lee, après avoir traversé le Potomac, avance à travers le Maryland et la Pennsylvanie, atteignant la rivière Susquehanna et menaçant la capitale de l'Etat, Harrisburg. L'Armée nordiste du Potomac, à la poursuite des Confédérés mais mal renseignée, avance parallèlement à l'armée de Lee et atteint la ville de Frederick le 28 juin.

Le lendemain 29 juin, quand Lee apprend la présence de l'armée nordiste à Frederick, il décide de regrouper ses forces autour de Cashtown, 13km à l'ouest de Gettysburg. Le nouveau commandant de l'Armée nordiste du Potomac, Meade, détache la division de cavalerie du général John Buford vers le nord. Celle-ci atteint Gettysburg le 30 juin. Mais les corps d'infanterie des major-généraux John F. Reynolds et d'Oliver O. Howard qui suivent s'étalent sur plusieurs colonnes de 20km de long.

A Cashtown, Lee détache du III Corps la brigade d'infanterie du brigadier-général James J. Pettigrew vers Gettysburg. Dans les mémoires du major-général Henry Heth, le commandant de division de Pettigrew, il indique avoir envoyé son subordonné à la recherche de magazins d'approvisionnement dans la ville, et spécialement d'un stocks de 20,000 paires de chaussures.

Le 30 juin 1863, lorsque la brigade Pettigrew approche de Gettysburg par l'ouest, il se heurte à l'arrivée de la cavalerie nordiste de Buford, puis se retire vers Cashtown sans engager le combat. Lorsque Pettigrew signale à Heth et Hill la présence de troupes nordistes à Gettysburg, ceux-ci pensent qu'il ne s'agit que de la milice locale de Pennsylvanie.

En dépit de l'ordre de Lee d'éviter tout affrontement avant que celui-ci n'ait regroupé toutes son armée, Hill décide d'envoyer le lendemain matin son III Corps effectuer une reconnaissance en force pour déterminer la nature et les effectifs de l'ennemi.

Entre le 1er et le 3 juillet 1863, les deux armées ennemies s'affrontent (1). C'est la Bataille de Gettysburg. Les deux premiers jours, Lee, handicapé par l'absence du corps de cavalerie de "Jeb" Stuart, attaque avec son infanterie sur l'ensemble du dispositif ennemi. Au centre, les Nordistes flanchent, abandonnent la ville de Gettysburg et se retranchent sur une hauteur, la "Colline du Cimetierre" (Cemetery Hill). Sur les flancs gauche (Little Round Top, Cemetery Ridge) et droit (Culp's Hill, Spangler's Springs), ils tiennent plus ou moins bon.

Le troisième jour, Lee est décidé d'en finir. Il lance son offensive finale au centre du front nordiste, contre la ligne du Cemetery Ridge. Il attaque avec trois divisions (George Pickett, Johnston Pettigrew et Isaac R. Trimble) et 15000 hommes, provenant des I Corps et III Corps, commandés respectivement par les lieutenant-généraux James E. Longstreet et Ambrose P. Hill.


C'est la "Charge de Pickett", un "baroud d'honneur" qui brise tous les espoirs de la Confédération en une victoire. Pour parvenir jusqu'aux positions fédérales, les fantassins sudistes ont à parcourir une immense distance sur plus de 1,200 mètres, sous le feu de l'infanterie et de l'artillerie adverse. Le champ est traversé environ deux tiers de la distance par le chemin d'Emmitsburg Road et une double-barrière, que les troupes sudistes doivent franchir en enjambant, si bien qu'elles perdent encore du temps à reformer leur allignement.


Lorsque les Confédérés atteignent enfin la ligne de défense nordiste, une furieuse mêlée (qui dure à peine dix minutes) au corps-à-corps s'engage. Finalement, ils sont refoulés avec de lourdes pertes, au moins 50% de leur effectifs engagés, alors que l'Union n'a perdu dans cette charge désespérée que 1,500 tués et blessés. Les rapports nordistes indiqueront avoir fait 3,750 prisonniers ennemis.

Pour Lee, c'est la fin, et il ne lui reste plus qu'à se retirer et rentrer en Virginie. Le 5 juillet 1863, sous une pluie battante, il entame sa douloureuse retraite. La Bataille de Gettysburg marque le début de la défaite pour le Sud. Cette bataille est la plus sanglante de la guerre: 52,000 Américains ont été mis hors de combat (tués et blessés), davantage que le nombre de morts au combat pendant toutes les années de la guerre du Vietnam (46,000).

En trois jours, l'Armée de l'Union enregistre 23055 hommes hors de combat (3,155 tués, 14,531 blessés et 5,369 disparus/capturés). Les pertes de la Confédération sont difficiles à estimées, les chiffres mentionnés par la plupart des auteurs tournent autours de 28,000 hommes hors-de-combat. John Busey et David Martin, dans leur livre "Regimental Strengths and Losses at Gettysburg" publié en 2005 (1), estiment les pertes sudistes à 23,231 hommes: 4,708 tués, 12,693 blessés, 5,830 capturés ou disparus.

Le 14 juillet 1863, Lee repasse le Potomac. Des combats d'arrière-garde à Falling Waters marque la fin définitive de sa Campagne de Pennsylvanie ou "Campagne de Gettysburg". Désormais, l'avantage est au Nord.



(1) Blogosphère Mara - "1er-3 juillet 1863 - Etats-Unis: bataille de Gettysburg"


3° Guerre sur le Théâtre d'opération de l'Ouest (1861-1863).

En 1861, alors que l'essentiel des batailles se livrent à l'Est entre Washington et Richmond, où le Sud remporte victoire sur victoire, sur le front de l'Ouest c'est l'Union qui marque des points positifs.


Pendant le second semestre, le Nord enregistre des succès stratégiques en ralliant les Etats frontaliers du Maryland, du Delaware, du Kentucky et du Missouri, où, bien que le sentiment unioniste prédomine, les sécessionnistes sont également nombreux.

L'importance du Maryland tient à la proximité de Washington et à la position de Baltimore, noeud ferroviaire vital vers l'Ouest. Le Kentucky et le Missouri jouent aussi un rôle important dans la stratégie militaire du Nord car ils contrôlent l'accès aux vallées du Mississippi, du Tennessee et du Cumberland, par lesquelles les forces de l'Union pouvent porter la guerre au coeur même de la Confédération. Pour s'assurer la loyauté du Maryland, les troupes de l'Union occupent Baltimore et imposent la loi martiale.

Le Kentucky cherche à garder sa neutralité, mais, en septembre 1861, lorsque les troupes confédérées du général Braxton Bragg traversent l'Etat, les habitants de l'Etat choisissent de soutenir massivement la cause de l'Union.

Dans le Missouri, les troupes de l'Union poussent vers l'exil le gouverneur qui défend les Confédérés. L'ouest de la Virginie renient l'ordonnance de sécession, fait lui-même sécession de l'Etat sudiste et forme un gouvernement provisoire. En 1863, ce nouvel Etat sera admis dans l'Union en tant que "Etat de Virginie Occidentale" (West Virginia).

Alors que le front de l'Est se concentre entre les deux capitales ennemies, Washington et Richmond, à peine distante d'une centaine de kilomètres, et se retrouve dans une impasse, les opérations militaires de l'Union dans l'immensité des territoires de l'Ouest s'avérent plus fructueuses.

Les armées nordistes du Tennessee et de l'Ohio sont commandées respectivement par les major-généraux Ulysses S. Grant et Don Carlos Buell. L'objectif primordial de l'Union est le contrôle de la vallée et du fleuve du Mississippi, de manière à couper la Confédération en deux, et arrêter le ravitaillement en hommes, en vivres et en munitions, depuis la Louisiane, le Texas et l'Arkansas, vers le théâtre d'opération de l'Est.

En février 1862, l'Armée du Tennessee de Grant s'empare de Fort Henry et de Fort Donelson, occupe une grande partie du Tennessee et s'assure le contrôle le Mississippi jusqu'à Memphis.

Suivant un plan stratégique coordonné, les troupes de l'Union remontent également le Mississippi par le Sud: en avril 1862, une escadre navale fédérale commandée par le capitaine David G. Farragut perce les défenses confédérées à l'embouchure du Mississippi et s'empare de La Nouvelle-Orléans, en Louisiane.

Les 6 et 7 avril 1862, autour d'une petite chapelle, les deux armées nordistes de Grant, qui selon la légende populaire était ivre, et de Buell stoppent les troupes confédérées des généraux Albert S. Johnston et Pierre G.T. Beauregard à Shiloh, sur la rivière Tennessee.

Les Nordistes perdent 13047 hommes sur un effectif d'environ 67,000 engagés: 1,754 tués, 8,408 blessés et 2,885 disparus/capturés. Les Sudistes, 10,699 hommes sur un effectif de 44,700 engagés: 1,728 tués, 8,012 blessés et 959 disparus/capturés.


Pendant les derniers mois de 1862, Grant consolide ses positions sur le Mississippi et se prépare à attaquer Vicksburg, dernier bastion confédéré surplombant le fleuve. La forteresse résistera cependant aux attaques de l'Union jusqu'au 4 juillet 1863.

Après la victoire de Vicksburg, Ulysses Grant est promu au commandement de l'ensemble des forces de l'Union sur le théâtre d'opérations de l'Ouest. Les 19 et 20 septembre 1863, l'Armée confédérée du Tennessee, commandée par le général Braxton Bragg, et renforcé par le corps d'infanterie du lieutenant-général James E. Longstreet, bat l'Armée nordiste du Cumberland du major-général William S. Rosecrans à la bataille de Chickamauga, malgré son héroïque résistance. Bragg assiège ensuite Rosecrans dans Chattanooga.

Les 23 et 24 novembre 1863, les troupes nordistes des major-généraux William T. Sherman, Joseph Hooker et George H. Thomas repartent à l'assaut des positions confédérées de Bragg à l'extérieur de la ville et forcent celui-ci à se retirer. La victoire de l'Union à Chattanooga ouvre désormais la porte vers la route d'Atlanta, en Géorgie.


Au début de l'année 1864, Ulysses Grant est rappelé par Lincoln à Washington pour assurer le commandement suprême de l'Armée de l'Union, en remplacement de Winfield Scott. Grant confie le commandement de l'Armée nordiste de l'Ouest au lieutenant-général William T. Sherman. En février 1864, après la bataille de Chattanooga, celui-ci envahit l'Alabama et la Géorgie, avançant sur Atlanta.



4° Fin de la Confédération (1864-1865).

Fin mars 1864, c'est la "Campagne de la Wilderness": l'Armée nordiste du Potomac, maintenant sous le commandement du général Ulysses S. Grant et composée de 115,000 hommes, commence sa progression vers Richmond à partir de la rivière Rapidan. Lorsqu'elle atteint une région désolée, du nom de Wilderness, près de Chancellorsville, Grant affronte l'armée confédérée du la Virginie, commandée par le général Robert E. Lee et composée de 62,000 hommes.


Lors d'une bataille confuse qui dure trois jours, entre le 5 et 7 mai 1864, et qui se déroule presque entièrement dans une forêt, les deux camps enregistrent de très lourdes pertes. L'Armée nordiste du Potomac, 17,666 hommes hors de combat, sur un effectif de 101,895 engagés (2,246 tués, 12,037 blessés et 3,383 capturés/disparus). L'Armée sudiste de Virginie, 11,125 hommes sur un effectif de 61,025 engagés (1,495 tués, 7,928 blessés et 1,702 capturés/disparus).



Grant, contrairement à ses prédécesseurs, continue d'avancer, déterminé à maintenir la pression sur les Sudistes. Les deux armées se heurtent une nouvelle fois à Spotsylvania Courthouse, en Virginie, du 8 au 21 mai 1864. Bilan: 18,399 Nordistes hors de combat (2,725 tués, 13,416 blessés et 2,258 capturés/disparus), et 13,421 Sudistes (1,467 tués, 6,235 blessés et 5,719 capturés/disparus). Et une seconde fois, aucun des deux camps n'est en mesure de porter un coup décisif à l'autre.


Après une série de batailles, le général Philip H. Sheridan force les troupes confédérées, commandées par le major-général Jubal A. Early à quitter la vallée de la Shenandoah. C'est la "Campagne de la Vallée (1864)".



Durant l'été 1864, avec une réussite encore plus écrasante que celle de Sheridan, Sherman et ses 90,000 cavaliers avancent sur Atlanta, en Géorgie. Ils coupent la principale ligne d'approvisionnement d'Atlanta et, le 1er septembre, les troupes confédérées, à bout de forces, abandonnent la ville.


Après Atlanta, le 15 novembre 1864, Sherman entame sa "Longue marche vers la mer". Son armée de 60,000 hommes traverse la Géorgie pratiquement sans rencontrer la moindre résistance, sur un front large de 96km. Vivant des ressources du pays au fur et à mesure de leur progression, les troupes de Sherman détruisent systématiquement tout ce qui peut aider à soutenir l'effort de guerre confédéré: voie ferrée, entrepôts, ponts, plantations, etc. Le 20 décembre, il occupe la ville. La Confédération est maintenant coupée en trois.


Photo ci-dessous: destruction des voies ferrées par les troupes de Sherman, fin 1864, en Géorgie.


L'opinion publique nordiste, las de cette guerre interminable et déçue par l'impasse dans laquelle se trouve Grant à l'Est, accueille avec enthousiasme les victoires de Sherman et de Sheridan. En novembre 1864, ces victoires de l'Union contribuent fortement à la réelection d'Abraham Lincoln.

A l'Ouest, après avoir perdu Atlanta, l'Armée confédérée du général John B. Hood essaie de miner la ligne d'approvisionnement de Sherman. Pour ce faire, il avance avec audace dans le Tennessee, en supposant que Sherman sera obligé de le suivre pour protéger Chattanooga. C'est une erreur.

Dans le Tennessee, durant la bataille de Nashville, les 15 et 16 décembre 1864, un Corps d'armée nordiste commandé par le major-général George H. Thomas remporte une victoire décisive sur l'armée sudiste du Tennessee, commandée par le lieutenant-général John B. Hood, brisant définitivement la résistance confédérée dans l'Ouest. Les Nordistes perdent au cours de cette bataille 3,061 hommes hors de combat (387 tués, 2,258 blessés et 112 capturés/disparus). Les pertes sudistes se chiffrent à environ 6,000 hommes: 1,500 tués ou blessés, et 4,500 capturés/disparus.


Puis l'armée de Sherman infléchit sa course et avance vers le nord-est, en direction des Caroline, là également sans rencontrer beaucoup d'opposition. Son objectif est de prendre à revers l'Armée confédérée de Lee en Virginie.

Dans l'Ouest, en avril 1865, Mobile, Selma et Montgomery, en Alabama, tombent aux mains des forces de l'Union. Au même moment, dans l'Est, Phil Sheridan établit sa jonction avec Ulysse Grant. Les deux généraux se préparent pour un assaut final contre l'armée confédérée de Virginie.

A la bataille de Five Forks, le 1er avril, le major-général Philip A. Sheridan réussit finalement à couper la ligne de chemin de fer qui ravitaille Richmond. Contraint, par conséquent, d'abandonner à la fois Petersburg et Richmond, Lee se replie vers l'ouest, espérant rejoindre l'armée confédérée de Joseph "Joe" Johnston en Caroline du Nord.

Le 5 avril 1865, Grant lui barrant le chemin, Lee livre sa dernière bataille à Appomatox, au sud-ouest de la Virginie. Le 9 avril, dans une petite salle de tribunal (McLean House) d'Appomatox Court House, après sa défaite, il signe la capitulation sans condition de l'Armée confédérée de Virginie. Grant, par respect pour le vaincu, a interdit tout débordement de joie dans son armée.


Le 14 avril 1865, Lincoln est assassiné à Washington, au cours d'une représentation théâtrale, par un sympathisant sudiste, John Wilkes Booth, qui réussit à prendre la fuite. Celui-ci sera rattrapé et tué deux semaines plus tard. Dans les jours qui suivent la reddition de Lee, les autres armées confédérées capitulent elles-aussi. Le 26 avril, l'Armée confédérée de "Joe" Johnson dépose les armes à Durham, en Caroline du Nord.


Le président de la Confédération, Jefferson Davis, en fuite, est capturé près de Richmond le 10 mai 1865. Deux jours plus tard, le District Confédéré du Golfe commandé par le major-général Dabney H. Maury et les troupes sudistes du major-général William T. Wofford, dans le nord de la Géorgie, déposent les armes.



Article modifié le 9 mars 2013.


Sources principales:
History of the United States (1849-1865) (Wikipedia.org)
American Civil War (Wikipedia.org)