Porte-avions de classe Gerald R. Ford

Les porte-avions de classe Gerald R. Ford sont la prochaine génération de porte-avions de l'US Navy. Avant d'être baptisée du nom du 38ème Président des Etats-Unis, cette classe était désignée "CVN-X" (X: en développement) ou "CVN 21" ("Porte-avions du 21ème siècle"). Les caractéristiques et les dimensions de la coque sont identiques à celles des Nimitz. La construction du Gerald Ford (CVN-78) a débuté le 13 novembre 2009 aux chantiers navals Northrop Grumman de Newport News, en Virginie, et le navire devrait normalement entrer en service en 2016. Il est destiné à remplacer l'Enterprise (CVN-65).



Caractéristiques et nouveautés.

Par rapport aux porte-avions nucléaires actuels (CVN) de classe Nimitz, les CVN-X Gerald R. Ford comprendront des nouvelles caractéristiques et de nouveaux équipements plus performants. Comme par exemple deux réacteurs nucléaires A1B de nouvelle génération, fabriqué par la firme Bechtel, des capacités furtives capables de réduire la signature radar du navire, un radar Raytheon AN/SPY-3 à double bande, de nouvelles catapultes électromagnétiques EMALS, à la place des catapultes à vapeur classiques, le nouveau système de missiles anti-aérien RIM-162 ESSM Evolved Sea Sparrow, et un équipage réduit par rapport à celui des Nimitz. Extérieurement, les CVN-X reprendront les caractéristiques et les dimensions de la coque et du pont d'envol des Nimitz.



Construction.

Le premier porte-avions CVN-X est baptisé Gerald R. Ford (CVN-78), du nom du 38ème Président des Etats-Unis, suite à une proposition du président de la Commission des forces armées du Sénat. Sa construction a débuté le 17 décembre 2009 aux chantiers navals Northrop Grumman Shipbuilding de Newport News, en Virginie. Il devra normalement entrer en service en 2015, et sa carrière se poursuivre jusqu'en 2064. Il remplacera l'Enterprise (CVN-65). En 2005, le coût total du programme CVN-X a été estimé à 8 milliards de dollars, incluant les 5 milliards alloués à la recherche et au développement, et la construction elle-même du CVN-78, s'élevera à 9 milliards de dollars.

Au total, la construction de trois porte-avions "CVN-X" ont été autorisé par le Congrès et sont programmés. Le 7 décembre 2007, date du 66ème anniversaire de l'attaque japonaise de Pearl Harbor, le Représentant démocrate de l'Arizona Harry E. Mitchell a proposé que le second porte-avions CVN-X soit baptisé du nom du célèbre cuirassé coulé dans la rade de Pearl Harbor.

- USS Gerald R. Ford (CVN-78). Début de construction: 13 novembre 2009. Mise en service prévue: 2016 (jusqu'en 2066).

- USS John F. Kennedy (CVN-79). Début de construction: 2013. En service de 2019 jusqu'en 2069.

- USS Enterprise (CVN-80). Début de construction: 2018. En service de 2023 jusqu'en 2073.



Spécifications techniques.

• Type: porte-avions à propulsion nucléaire de classe Gerald R. Ford.

• Constructeur: Northrop Grumman Shipbuilding Newport News (NGSB-NN), Newport News, Virginie.

• Unités prévues: 3.

• Coût de construction unitaire: (estimé) 9 milliards de dollars (FY05).

• Dimensions: Longueur du pont: 332.8m. Largeur (Beam), 40.84m (ligne de flotaison) 78.2m (maximale). Hauteur, 40.84m. Tirant d'eau (draft), 11.3m.

• Performances: Vitesse maximale (estimée), 30+ noeuds (56km/h). Déplacement, approximativement 101600 tonnes (maximum). 3 ascenseurs et 4 catapultes électromagnétiques EMALS.

• Propulsion: 2 réacteurs nucléaires Bechtel A1B. 4 turbines à vapeur. 4 arbres de transmissions. 4 hélices.

• Armement défensif: 2 lanceurs de missiles sol-air RIM-162 Evolved Sea Sparrow Missile (ESSM) (2). 2 canons rotatifs anti-missiles de 20mm Phalanx CIWS. 2 lanceurs de missiles sol-air RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM).

• Equipage: (estimé) 4660 hommes.

• Aviation: (estimée) 75+ avions et hélicoptères. 24 F-35C Lighting II, la version navalisée du "Joint Strike Fighter" (JSF). 24 F/A-18E/F Super Hornet. 6 EA-18G Growler. 6 Grumman E-2D Advanced Hawkeye. 6 MH-60R et 4 MH-60S Sea Hawk.

Photos ci-dessous: future aviation embarquée qui devra en principe équipée les CVNX. 1° F/A-18F Super Hornet, qui devront en principe équipé les CVNX à partir de 2016. 2° F-35C Lightning II de l'US Navy, lors du premier test des catapultes électromagnétiques, 18 novembre 2011. 3° E-2D Advanced Hawkeye.





Article modifié le 10 mai 2013.


Sources principales:
Gerald R. Ford class aircraft carrier (Wikipedia.org)

Porte-avions de classe Nimitz

Les dix porte-avions de la classe Nimitz, à propulsion nucléaire, sont les plus grands navires de guerre du monde à l'heure actuelle, après l'Enterprise plus long d'une dizaine de mètres. Le premier d'entre-eux, l'USS Nimitz (CVN-68), est entré en service le 3 mai 1975. Le dernier, l'USS George H.W. Bush (CVN-77), a été construit aux chantiers navals Newport News Shipbuilding en Virginie, et entamé sa carrière le 10 janvier 2009. Le George H.W. Bush marque la transition pour la prochaine classe de porte-avions Gerald R. Ford ou CVN-X, dont la construction des premiers éléments a débuté au printemps 2007 et qui intégrera de nouvelles technologies, comme des catapultes électromagnétiques EMALS ou des systèmes radars à commande de phase active (AESA). Plusieurs de ces innovations technologiques ont d'ailleurs été incorporées dès la construction de l'avant-dernier de la série Nimitz, l'USS Ronald Reagan (CVN-76). En tonnage, les Nimitz sont les navires de guerre les plus lourds du monde, avec un déplacement de plus de 104000 tonnes en pleine charge.



Conception et construction.

Les dix navires de la classe Nimitz ont été construit entre 1968 et 2005 aux chantiers navals Newport News Shipbuilding en Virginie, rachetés en 2001 par la firme Northrop Grumman et renommé depuis Northrop Grumman Shipbuilding Newport News (NGSB-NN). La construction de cette série a été ordonnée pour remplacer les quatre porte-avions de classe Kitty Hawk immatriculés CV-63, CV-64, CV-66 et CV-67, et renforcer le dispositif de l'Enterprise (CVN-65). Bien qu'ils a été conçu à l'origine comme porte-avions d'attaque, l'USS Carl Vinson (CVN-70) a été assemblé avec des capacités de lutte anti-sous-marine étendue, qui ont ensuite été ajoutées sur les autres navires de cette classe. Les Nimitz sont donc aujourd'hui capables d'assurer un plus large éventail de missions. Au total, le coût de production unitaire s'est élevé à environ 4.5 milliards de dollars.


La silhouette des Nimitz est similaire à celle des classes antérieures Kitty Hawk ou Enterprise. Les dispositions du pont d'envol, des hangars, de l'ilot et des ascenseurs sont identiques. La conception des sept derniers porte-avions, à partir du Theodore Roosevelt (CVN-71) est légèrement différentes des plus anciens. Ces trois premiers (CVN-68 à CVN-70) ont été modernisés et mis aux standards "Refuelling and Complex Overhall" (RCOH), un processus de modifications et de mises à jour s'étendant sur une période pouvant aller jusqu'à quatre ans, au cours de laquelle les superstructures de l'ilôt sont modernisés, les systèmes de catapultes révisés, les cabines et dortoirs de l'équipage réaménagés, les éléments obsolètes remplacés, etc.

Cette procédure a débuté sur le Carl Vinson (CVN-70) le 29 novembre 2005 aux chantiers navals de Northrop Grumman, à Newport News en Virginie (1). Montant de ce contrat: 1.94 milliard de dollars.

Photo ci-dessous: deux F-18F Super Hornet du Squadron VFA-102 Diamondbacks au cours d'un exercice de ravitaillement en vol, 7 septembre 2007. Lors des sorties opérationnelles en mer, quatre squadrons de F-18, totalisant 48 chasseurs, sont présents sur chaque porte-avions de classe Nimitz.



(1) "Northrop Grumman Awarded $1.94 Billion Contract for Work on USS Carl Vinson."
http://www.nn.northropgrumman.com/news/2005/051129_news.html



Liste et historique des porte-avions de classe Nimitz.

Dix porte-avions de classe Nimitz ont été construits aux chantiers navals Northrop Grumman Shipbuilding de Newport News, en Virginie. Depuis que l'USS Nimitz a été déployé pour la première fois en opérations le 7 juillet 1976, dans l'est de la Méditerranée, les porte-avions de cette classe ont tous été impliqué dans les opérations navales que l'US Navy a mené partout dans le monde au cours de trois décennies suivantes. Le Nimitz et le Dwight D. Eisenhower ont participé à l'opération Eagle Claw, la désastreuse tentative de libération des otages de l'ambassade américaine à Téhéran, en avril 1980, et à plusieurs autres démonstrations de force dans la région du Golfe Persique depuis.

En 1990 et 1991, les USS Nimitz, USS Dwight D. Eisenhower, USS Carl Vinson, USS Theodore Roosevelt et USS Abraham Lincoln ont participé aux opérations Desert Shield puis Desert Storm, contre l'Irak de Saddam Hussein. Tous les porte-avions de classe Nimitz en service ont ensuite participé à l'opération Southern Watch, les missions de contrôle et de surveillance de la Zone d'Exclusion aérienne Sud de l'Irak, entre 1992 et 2003, et ont apporté ensuite un soutien aéronaval lors des opérations Enduring Freedom (2001), en Afghanistan, et Iraqi Freedom (2003).

Il est prévu que les dix porte-avions de classe Nimitz soient actuellement en cours de révision complète et de modernisation de leurs systèmes, surtout pour les plus anciens, aux standards "Refuelling and Complex Overhall" (RCOH), un processus de modifications et de mises à jour s'étendant sur une période pouvant aller jusqu'à quatre ans, au cours de laquelle les superstructures de l'ilôt seront modernisés, les systèmes de catapultes révisés, les cabines et dortoirs de l'équipage réaménagés, les éléments obsolètes remplacés, etc. Le Nimitz a été ainsi immobilisé pendant trente-trois mois jusqu'en 1998. Le Dwight D. Eisenhower a été le suivant a être mis aux standards RCOH, en 2005, le troisième porte-avions, le Carl Vinson, a fait de même entre novembre 2005 et les essais post-RCOH en mer, en juillet 2009. Le quatrième, le Theodore Roosevelt, est entré aux chantiers navals de Newport News en Virginie, a récemment débuté ses révisions RCOH.


1° USS Nimitz (CVN-68).

• Mise en service: 3 mai 1975.

Le Nimitz commence à être construit par les chantiers navals Newport News Shipbuilding, à Newport News en Virginie, le 22 juin 1968. Il est lancé le 13 mai 1972 et commissionné par l'US Navy le 3 mai 1975, parrainé par le président Gerald Ford.

Un de ses premiers déploiement opérationnel se produit dans l'océan Indien fin 1979, en soutien de l'opération Eagle Claw, pendant la crise des otages de l'ambassade américaine de Téhéran.

Le 26 mai 1981, un EA-6B Prowler s'écrase sur le pont d'envol du Nimitz, tuant 14 hommes et blessant 45 autres. L'enquête d'experts scientifiques (Forensic) conclut que plusieurs membres d'équipage de l'avion était sous l'influence de la marijuana. Cette catastrophe a depuis lors introduit l'obligation de mener des tests rigoureux de dépistage anti-drogues, à tout le personnel du navire sans exception.

Le 19 août 1981, pendant un déploiement dans le Golfe de Syrte, en Méditerranée, une patrouille aérienne de combat (CAP) de deux F-14A Tomcat du Squadron VF-41 Black Aces, est attaquée dans les eaux internationales, par deux Su-22 Fitter libyens. Les chasseurs américains ripostent et abattent les deux agresseurs. C'est l'"Incident du Golfe de Syrte"

En 1990 et 1991, le Nimitz est déployé dans le Golfe Persique pour participer aux opérations Desert Shield ("Bouclier du Désert") et Desert Storm ("Tempête du Désert"). Puis, entre 1992 et 2003, à l'opération Southern Watch, le contrôle et la surveillance de la "Zone d'Exclusion Aérienne Sud" en Irak.

Le programme de révision complète et de modernisation "Refuel Complex Overhal" (RCOH), avec le remplacement de ses réacteurs et de son combustible nucléaires, de ses systèmes informatiques, de son système de catapultage et de ses superstructures, l'immobilise dans les chantiers de Newport News pendant plus de trois ans, du 2 mars 1998 au 25 juin 2001.

Après cela, le navire est repositionné dans son port d'attache actuel, la base de NAS North Island, à San Diego en Californie. Il retourne dans le Golfe Persique en janvier 2003, en soutien aéronaval des opérations Iraqi Freedom (Irak) et Enduring Freedom (Afghanistan).



2° USS Dwight D. Eisenhower (CVN-69).

• Mise en service: 18 octobre 1977.

La construction du Dwight D. Eisenhower comme le 15 août 1970. Coût total: 679 millions de dollars. Il est lancé le 11 octobre 1975. Après sa mise en service, le 18 octobre 1977, le navire est affecté à la flotte américaine de l'Atlantique (USLANTFLT). Après un premier déploiement en Méditerranée, il est envoyé dans l'Océan indien pour relever le Nimitz, au cours de la crise des otages de l'ambassade à Téhéran.

En 1987, après une révision de deux ans, l'Eisenhower mène des opérations aériennes dans le Golfe Persique et participe notamment aux opérations Desert Shield, Desert Storm et Southern Watch, jusqu'en novembre 1993.

En 1994, le porte-avions est déployé dans les Caraïbes pour aider Haïti, au cours de l'opération Uphold Democracy, "Soutenir la Démocratie" (19 septembre 1994 - 31 mars 1995). Un peu plus tard, il commence un déploiement de six mois dans le cadre des opérations Southern Watch, dans le Golfe Persique, puis Deny Flight en Mer Adriatique, les missions de surveillance et de patrouilles aériennes de l'OTAN dans la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Bosnie-Herzégovine.

Le Dwight D. Eisenhower commence sa révision complète et sa modernisation "Refuel Complex Overhaul" (RCOH) le 21 mai 2001 et est immobilisé pendant plus de trois ans et demi, jusqu'au 25 janvier 2005. Coût de l'opération: 2.5 milliards de dollars. Puis il retourne à son port d'attache de NAS Norfolk, en Virginie. Plus récemment encore, en 2009, le porte-avions participe au soutien aérien de l'opération Enduring Freedom, en Afghanistan.



3° USS Carl Vinson (CVN-70).

• Mise en service: 13 mars 1982.

Le Carl Vinson est mis en chantier le 11 octobre 1975, et lancé le 15 mars 1980. Le navire entre en service actif le 13 mars 1982, et en 1983, commence un premier déploiement de huit mois, après quoi son port d'attâche est transféré à NAS Alameda, dans la Baie de San Francisco. Après plusieurs déploiements dans l'Océan indien, le Pacifique Ouest et le Détroit de Bering, il est envoyé dans le Golfe Persique pour participer à l'opération Southern Watch, les missions de patrouilles aériennes dans la Zone d'Exclusion Sud de l'Irak, en février 1994.

Le porte-avions participe ensuite à l'opération Desert Strike, une série d'attaques de missiles de croisières et de bombardements aériens le 3 septembre 1996, contre les troupes de Saddam Hussein dans le Kurdistan, au nord du pays. Entre le 16 et le 19 décembre 1998, tout en poursuivant ses missions Southern Watch, il lance des opérations aériennes en Irak dans le cadre de l'opération Desert Fox.

En juillet 1999, le navire entame le programme de remise à niveau "Drydocked Planned Incremental Availability" (DPIA) et reste immobilisé en cale sèche pendant onze mois, aux chantiers navals de Puget Sound, à Bremerton dans l'Etat de Washington. Coût final du programme: 230 millions de dollars.

En juillet 2001, le Carl Vinson navigue ensuite de Bremerton vers le Golfe Persique, pour participer de nouveau à l'opération Southern Watch. Mais sa destination change soudainement après le 11 septembre 2001, et il est détourné vers la Mer d'Arabie, au nord de l'Océan indien, où il arrive le 7 octobre 2001, pour participer aux premières attaques aériennes américaines contre Al-Qaida et les Talibans en Afghanistan, dans le cadre de l'opération Enduring Freedom.

En 2004, le porte-avions retourne pendant sept mois dans le Golfe Persique, en soutien de l'opération Iraqi Freedom. Puis le Carl Vinson entame sa révision complète et son programme de modernisation RCOH, entre novembre 2005 et juillet 2009, aux chantiers navals Northrop Grumman Shipbuilding de Newport News, en Virginie. Ensuite il doit rester stationné dans la base de NAS San Diego, en Californie, jusqu'en 2010.



4° USS Theodore Roosevelt (CVN-71).

• Mise en service: 25 octobre 1986.

Le Theodore Roosevelt commence à être construit le 31 octobre 1981. Il est lancé le 27 octobre 1984 et entre en service actif dans l'US Navy le 25 octobre 1986. Son premier déploiement survient entre décembre 1988 et juin 1989, lorsqu'il effectue des patrouilles en Méditerranée, en Mer Rouge et dans le Golfe Persique.

En 1990 et 1991, le navire participe à l'opération Desert Shield, avant d'être affecté au soutien de l'opération Provide Comfort (mars 1991 - 31 décembre 1996), l'aide américaine aux rebelles kurdes dans le nord de l'Irak.

En 1993, le Theodore Roosevelt participe également aux opérations Southern Watch et Sharp Guard, respectivement les missions de surveillance et de contrôle de la zone d'exclusion aérienne dans le sud de l'Irak, et le renforcement de l'embargo et des sanctions économiques de l'OTAN et de l'Union Européenne contre la République Fédérale Yougoslave. Puis en 1996, à l'opération Deny Flight aux côté de l'Eisenhower.

Le porte-avions prend part plus tard à l'opération Deliberate Force (30 août - 20 septembre 1995), la campagne de bombardement de l'OTAN, pendant trois semaines, de l'Armée fédérale yougoslave au Kosovo et en Serbie. Ensuite, il retourne dans le Golfe Persique, pour participer de nouveau à l'opération Southern Watch.

Il rentre aux chantiers naval de Newport News Shipbuilding (racheté par Northrop Grumman en 2001) pour y subir une révision en cale sèche pendant un an, "Extended Drydock and Selected Restricted Availability (EDSRA).

En 1999, le porte-avions est appelé dans la Mer Ionienne pour participer à l'opération Allied Force (24 mars - 11 juin 1999), les bombardements de l'OTAN contre l'armée fédérale yougoslave au Kosovo et en Serbie.

Après les attentats du 11 septembre 2001, il entame un déploiement dans le nord de la Mer d'Arabie et participe aux premières attaques aériennes alliées de l'opération Enduring Freedom, contre Al-Qaida et les Talibans en Afghanistan. En février 2003, il est déployé dans la même zone et participe cette fois, avec l'Harry S. Truman, à l'opération Iraqi Freedom.

En août 2009, il entame sa révision complète et son processus de modernisation RCOH, prévue pendant trois ans, aux chantiers navals Northrop Grumman Shipbuilding de Newport News, en Virginie. Coût estimé des révisions: 2.4 milliards de dollars.



5° USS Abraham Lincoln (CVN-72).

• Mise en service: 11 novembre 1989.

La construction de l'Abraham Lincoln débute le 3 novembre 1984. Le navire est lancé le 13 février 1988 et entame sa carrière opérationnelle le 11 novembre 1989. Son premier déploiement s'effectue en 1990 et 1991, lors des opérations Desert Shield et Desert Storm. Après cela, L'Abe Lincoln quitte le Golfe Persique avec 22 autres navires de l'US Navy, vers l'Océan indien, pour participer à l'opération Fiery Virgil, en juin 1991, des missions humanitaires et d'évacuation de réfugiers suite à l'éruption du Mont Pinatubo, sur l'île de Luçon aux Philippines.

En juin 1993, le porte-avions est déployé au large de la Somalie, dans le cadre de la mission humanitaires des Nations-Unies (ONUSOM) et de l'opération Restore Hope.

En 1994, le lieutenant Kara Hultgreen, le premiert pilote de chasse féminin sur F-14 Tomcat, est tuée dans un crash lors d'un exercice d'appontage.

L'Abraham Lincoln participe ensuite à l'opération Vigilent Sentinel, un renforcement des troupes américaines au Koweit et dans le Golfe Persique, suite à des mouvements et des concentrations de troupes irakiennes le long de la frontière entre les deux pays, avant de regagner les chantiers navals de Newport News Shipbuilding, en Virginie, pour y subir une première révisions à cale sèche, pendant presque une année.

Une autre révision et une remise à niveau "Drydocked Planned Incremental Availability" (DPIA) s'effectue en 2001 aux chantiers navals de Puget Sound, à Bremerton dans l'Etat de Washington.

En 2002 et 2003, le navire participe aux opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom, avant de porter assistance, en janvier 2005 dans le cadre de l'opération Unified Assistance, à l'Indonésie, après le tsunami dévastateur du 26 décembre 2004.

En 2006, il entame une troisième révision complète à Bremerton et, en 2009, opère dans le Pacifique Ouest depuis son port d'attache de NAS Everett, dans l'Etat de Washington.



6° USS George Washington (CVN-73).

• Mise en service: 4 juillet 1992.

La construction du George Washington débute le 25 août 1986. Le navire est lancé le 21 juillet 1990, et entre en service le 4 juillet 1992.

En 1996, le porte-avions joue un rôle dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies, dans le cadre de l'opération de l'OTAN/IFOR Decisive Endeavor. Puis plus tard, il participe à l'opération Southern Watch, les missions de surveillance dans la zone d'exclusion aérienne au sud de l'Irak.

A partir de juin 2001, le George Washington et son groupe de bataille sont déployés successivement en Méditerranée, dans l'Océan indien puis dans le Golfe Persique, où il effectue des patrouilles aériennes de nouveau dans le cadre de l'opération Southern Watch. Durant ce déploiement, des exercices navals internationaux sont menés avec les autres marines alliés de l'OTAN, dans l'intention de renforcer les sanctions économiques et l'embargo sur les armes imposées à l'Irak.

En 2002, le porte-avions est affecté au soutien de l'opération Enduring Freedom, en Afghanistan. En février 2004, il est de nouveau déployé dans le Golfe Persique et en avril suivant, ses F/A-18 Hornet participent à l'opération Vigilent Resolve, en soutien des Marines engagés dans la bataille de Fallujah (4 avril - 1er mai 2004).

En 2005, le George Washington subit une révision majeure "Docked Planned Incremental Availability" (DPIA). En mai 2008, pendant son transfert dans son port d'attache actuel (Yokosuka, Japon), il est victime d'un violent incendie et endommagé. Les réparations effectuées s'élèvent à 70 millions de dollars.



7° USS John C. Stennis (CVN-74).

• Mise en service: 9 décembre 1995.

Le John C. Stennis est mis en chantier le 13 mars 1991 et est lancé le 11 novembre 1993. Il débute sa carrière opérationnelle le 9 décembre 1995.

En février 1998, le porte-avions est déployé dans le Golfe Persique et relève le George Washington, dans le cadre de l'opération Southern Watch.

En décembre 2001, le groupe de bataille du John C. Stennis arrive dans la Mer d'Arabie,; au nord de l'Océan indien, pour participer aux opérations Enduring Freedom et Anaconda en Afghanistan.

Conséquences des attentats du 11 septembre 2001, le navire participe également à l'opération Noble Eagle, le renforcement des opérations militaires et de la sécurité intérieure du territoire américain, au large de la Cote Ouest. Son port d'attache actuel est la base navale de Kitsap, à Bremerton dans l'Etat de Washington.



8° USS Harry S. Truman (CVN-75).

• Mise en service: 25 juillet 1998.

La construction du Harry S. Truman débute le 29 novembre 1993. Le navire est lancé le 7 septembre 1996 et entre en service actif le 25 juillet 1998. Après sa période d'essai en mer, il débute son premier déploiement opérationnel en novembre 2000.

Durant ce déploiement, l'aviation embarquée du porte-avions effectue 869 sorties de combat contre le système de défense aérienne irakien, dans le cadre de l'opération Southern Watch, le 16 février 2001, en réponse aux tirs de missiles SAM contre les avions de la Coalition patrouillant dans la Zone d'Exclusion aérienne Sud.

Le porte-avions subit deux révisions majeures "Docked Planned Incremental Availability" (DPIA) dans la base navale de NAS Norfolk, en Virginie, en 2001 et 2003. Entre ces deux dates, il effectue un déploiement en Méditerranée en soutien de l'opération Iraqi Freedom, au cours duquel son aviation embarquée accomplit 1300 sorties de combat.

L'USS Harry Truman assure une aide humanitaire et logistique à la population sinistrée de Louisiane, après le passage de l'ouragan Katrina (août 2005). Ensuite, il subit une troisième révision DPIA à Norfolk, son port d'attache actuel.



9° USS Ronald Reagan (CVN-76).

• Mise en service: 12 juillet 2003.

La construction du Ronald Reagan débute le 12 février 1998. Le navire est lancé le 4 mars 2001 et entame sa carrière au sein de l'US Navy le 12 juillet 2003.

Le 4 janvier 2006, après ses essais en mer, le navire quitte sa base navale de NAS North Island, à San Diego en Californie, pour participer à son premier déploiement opérationnel dans le Golfe Persique, en soutien des opérations Iraqi Freedom et Enduring Freedom.

En juin 2008, le Ronald Reagan fournit ensuite une aide humanitaire dans les Philippines, après le passage dévastateur de l'ouragan Fengshen dans l'île de Luçon.



10° USS George H.W. Bush (CVN-77).

• Mise en service: 10 janvier 2009.

Le dixième et dernier porte-avions de classe Nimitz, baptisé George H.W. Bush, est mis en chantier le 6 septembre 2003. Le navire est lancé le 9 octobre 2006 et entre en service le 10 janvier 2009. Son coût total de construction s'élève à 6.2 milliards de dollars.



Spécifications techniques.

• Type: porte-avions à propulsion nucléaire de classe Nimitz.

• Constructeur: Northrop Grumman Shipbuilding Newport News (NGSB-NN), Newport News, Virginie.

• Unités construites: 10.

• Coût de construction unitaire: USS Nimitz, 4.5 milliards de dollars. USS George H.W. Bush, 6.8 milliards de dollars.

• Dimensions: Longueur du pont, 332.8m. Largeur (Beam), 40.8m (ligne de flotaison) 76.8m (maximale). Hauteur, 40.8m. Tirant d'eau (draft), 11.3m.

• Performances: Vitesse maximale, 30+ noeuds (56km/h). Autonomie, illimitée pendant vingt ans. Déplacement, 104112 tonnes (maximum). Blindage de la coque: 20cm.

• Propulsion: 2 réacteurs nucléaires Westinghouse Electric Corporation A4W. 4 turbines à vapeur. 4 arbres de transmission. 4 hélices. Puissance, 260000 chevaux (194 MWatts).

• Armement défensif actuel: 2 lanceurs de missiles sol-air RIM-162 Evolved Sea Sparrow Missile (ESSM) (2). 2 canons rotatifs anti-missiles de 20mm Phalanx CIWS. 2 lanceurs de missiles sol-air RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM).

• Aviation embarquée: Théorique, 90 avions (maximum). En pratique: 66 avions et hélicoptères. Deux squadrons d'avions de chasse/attaque (dont éventuellement un de l'US Marine Corps), avec 24 McDonnell Douglas F/A-18C/D Hornet, deux squadrons d'avions de chasse/attaque avec 24 F/A-18E/F Super Hornet, 4 EA-6B Prowler ou EA-18G Growler (1) (guerre électronique), 4 Grumman E-2C Hawkeye (2) (AWACS), 2 Grumman C-2A Greyhound (transport), 8 hélicoptères Sikorsky SH-60F/H Sea Hawk (lutte anti-sous-marine, recherche et sauvetage, liaison).

• Equipage: 5680 hommes (maximum). Wing aérien, 2480 hommes.

Photo ci-dessous: armement défensif classique (et actuel) des porte-avions de classe Nimitz. Canon rotatif anti-missiles Phalanx CIWS, lanceur de missiles sol-air RIM-7 Sea Sparrow, et lanceur de missiles sol-air à guidage infrarouge RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM).





(2) Version surface-air du missile air-air à guidage radar moyenne portée AIM-7 Sparrow.

(3) Une production de EA-18G Growler, version spécialisée biplace du F-18E Super Hornet devant remplacer les EA-6B Prowler existant, a été approuvée par le Département de la Défense en 2007. Le EA-18G a terminé sa période de tests et d'évaluation en juillet 2009. Les plans de l'US Navy prévoient la construction de 90 Growler pour équiper les onze squadrons embarqués existants (VAQ). Le premier squadron de EA-18G (VAQ-132 Scorpions) a été déclaré opérationnel à la fin 2009, et deux autres squadrons (VAQ-129 Vikings et VAQ-141 Shadowhawks) sont en cours de rééquipement. Le Growler, surnommé plus officieusement "Grizzly", reprend 90% de la conception de base du Super Hornet.

(4) Une nouvelle variante du E-2C, l'E-2D Advanced Hawkeye, a accomplit son premier vol le 3 juillet 2007. Sa période de test et d'évaluation doit se poursuivre jusqu'en 2011. Son équipement inclut un nouveau système radar APY-9 à balayage de phase active (AESA), un nouveau radôme et un nouveau système de communication par satellites.



Article modifié le 10 mai 2013.


Sources principales:
Nimitz Class aircraft carrier (Wikipedia.org)

Porte-avions de classe Enterprise

L'USS Enterprise (CVN-65), à l'origine immatriculé CVA(N)-65, est le premier porte-avions à propulsion nucléaire du monde, et le huitième navire de l'US Navy à porter ce nom. Comme son célèbre prédecesseur de la Seconde Guerre mondiale, il est surnommé "Big-E". Avec ses 342m de longueur, il est le plus grand navire de guerre du monde, et ses 92325 tonnes de déplacement le place en onzième position dans cette catégorie, derrière les dix porte-avions de classe Nimitz, à peine plus lourds d'une dizaine de milliers de tonnes. Mis en service en novembre 1961, il est l'unique porte-avions de cette classe construit, et le plus ancien bâtiment de guerre du monde encore en service actif aujourd'hui. Il est prévu qu'il prenne sa retraite en 2013, après 51 années de bons et loyaux services, et qu'il soit remplacé par le USS Gerald Ford. L'Enterprise doit encore effectuer deux déploiements avant d'être décommissioné, et son port d'attache est Norfolk, en Virginie.



Conception.

L'Enterprise devait être le premier d'une nouvelle classe de six porte-avions, mais les coûts de construction (451.3 millions de dollars de l'époque), beaucoup plus élevés que prévus, fit que les cinq autres furent décommandés, et qu'il reste l'unique exemplaire de cette classe. Il faudra attendre la sortie des porte-avions de classe Nimitz, en mai 1975, pour voir apparaître d'autres porte-avions à propulsion nucléaire.

Second navire de surface à être équipé d'une propulsion nucléaire, après le croiseur Long Beach (CGN-9), sa construction est rapide pour un navire de cette taille et de cette complexité. Mis en chantier le 4 février 1958, l'Enterprise (CVN-65) est lancé le 24 septembre 1960 et entre en service (date of commissioning) le 25 novembre 1961.


En raison du coût final de construction, le porte-avions est lancé sans les système de missiles sol-air à longue portée RIM-2 Terrier prévus à l'origine. A la place, on installe trois lanceurs de missiles sol-air RIM-7 Sea Sparrow, le "Basic Point Defense Missile System" (BPDMS) inspiré du missile air-air AIM-7 Sparrow équipant alors le F-4 Phantom II. Ils sont remplacés plus tard par deux Sea Sparrow mis aux standards OTAN (NSSM). Trois systèmes automatiques de canons rotatifs anti-missiles Phalanx CIWS sont ajoutés, puis un de ceux-ci retiré et remplacé par deux lanceurs de missiles sol-air à guidage infrarouge RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM).

Photo ci-dessous: armement défensif de l'Enterprise. Canon rotatif anti-missiles Phalanx CIWS, lanceur de missiles sol-air RIM-7 Sea Sparrow, et lanceur de missiles sol-air à guidage infrarouge RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM).




L'Enterprise est également le seul porte-avions à être propulsé par plus de deux réacteurs nucléaires, comme sur les autres navires de classe Nimitz ou le Charle De Gaulle. Ses huit réacteurs Westinghouse A2W, avec quatre turbines à vapeur et quatre arbres d'hélice, lui permettent de développer 280000 chevaux-vapeur (210 MW). Il est le seul porte-avions équipé de quatre hélices, contre deux sur les Nimitz, et comporte une coque plus blindée et épaisse (20cm) que ceux-ci.

Caractéristiques et performances.

• Type: porte-avions à propulsion nucléaire de classe Enterprise.

• Constructeur: aujourd'hui Northrop Grumman Shipbuilding Newport News (NGSB-NN), Newport News (Virginie).

• Exemplaires prévus: 6. Unités construites: 1.

• Mise en chantier: 4 février 1958.

• Date d'entrée en service (commissioning): 25 novembre 1961.

• Date de retrait (décommissioning): 2013.

• Coût de construction: 451.3 millions de dollars (de 1960).

• Dimensions: Longueur, 342m. Largeur (Bau), 40.5m (ligne de flotaison), 78.4m (maximale). Tirant d'eau: 12m.

• Performances: Vitesse maximale, 62.2km/h (33.6 noeuds/knots). Autonomie: illimitée pendant vingt ans. Déplacement, 73858 tonnes (standard), 92325 tonnes (maximal). Blindage de la coque, 20cm.

• Propulsion: 8 réacteurs nucléaires Westinghouse A2W, 4 turbines à vapeur Westinghouse, 4 arbres de transmission et 4 hélices. Puissance totale, 280000 chevaux (210 MWatts).

• Armement défensif actuel: 2 lanceurs de missiles sol-air RIM-162 Evolved Sea Sparrow Missile (ESSM). 2 canons rotatifs anti-missiles de 20mm Phalanx CIWS. 2 lanceurs de missiles sol-air RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM).

• Aviation embarquée: Théorique, 90 avions maximum. En pratique: 66 avions et hélicoptères. Deux squadrons d'avions de chasse/attaque (dont éventuellement un de l'US Marine Corps), avec 24 McDonnell Douglas F/A-18C/D Hornet, deux squadrons d'avions de chasse/attaque avec 24 F/A-18E/F Super Hornet, 4 EA-6B Prowler ou EA-18G Growler (1) (guerre électronique), 4 Grumman E-2C Hawkeye (2) (AWACS), 2 Grumman C-2A Greyhound (transport), 8 hélicoptères Sikorsky SH-60F/H Sea Hawk (lutte anti-sous-marine, recherche et sauvetage, liaison).

• Equipage: 5828 hommes (maximum). Wing aérien, 1800 hommes dont 250 aviateurs.



(1) Une production de EA-18G Growler, version spécialisée biplace du F-18E Super Hornet devant remplacer les EA-6B Prowler existant, a été approuvée par le Département de la Défense en 2007. Le EA-18G a terminé sa période de tests et d'évaluation en juillet 2009. Les plans de l'US Navy prévoient la construction de 90 Growler pour équiper les onze squadrons embarqués existants (VAQ). Le premier squadron de EA-18G (VAQ-132 Scorpions) a été déclaré opérationnel à la fin 2009, et deux autres squadrons (VAQ-129 Vikings et VAQ-141 Shadowhawks) en 2011/2012. Le Growler, surnommé plus officieusement "Grizzly", reprend 90% de la conception de base du Super Hornet.

(2) Une nouvelle variante du E-2C, l'E-2D Advanced Hawkeye, a accomplit son premier vol le 3 juillet 2007. Sa période de test et d'évaluation s'est poursuivit jusqu'au début 2012. Son équipement inclut un nouveau système radar APY-9 à balayage de phase active (AESA), un nouveau radôme et un nouveau système de communication par satellites. Ci-dessous: le nouveau E-2D.




Historique (1962-2009).

1° Mise en service et essais en mer.

Le 4 février 1958 la construction de l'USS Enterprise (CVN-65) commence aux chantiers navals Newport News Shipbuilding (aujourd'hui Northrop Grumman Shipbuilding), de Newport News en Virginie. Le porte-avions est lancé le 24 septembre 1960, sponsorisé par Mme William B. Frank, l'épouse du Secretaire de la Marine.

Le 25 novembre 1961, il commence sa carrière avec le capitaine Vincent P. de Poix comme premier commandant, ancien pilote de F6F Hellcat du squadron VF-6 sur l'Enterprise Classe Yorktown (CV-6) et vétéran de la Guerre du Pacifique. Le 12 janvier 1962, le porte-avions entame son premier déploiement en mer, d'une durée de trois mois. C'est l'occasion de mener une série de tests et d'exercice pour déterminer ses pleines capacités.

Le 20 février 1962, l'Enterprise joue le rôle de station de mesure et de poursuite lors du vol orbital Mercury-Atlas 6 (MA-6). La capsule Friendship-7 du Projet Mercury est pilotée par le lieutenant-colonel John H. Glenn, Jr., un autre pilote de l'aéronavale américaine. C'est le premier vol d'un Américain dans l'Espace.

En août 1962, le porte-avions rejoint la VI Flotte en Méditerranée, et revient à Norfolk au mois d'octobre suivant.


2° Crise des missiles à Cuba.

Quelques jours plus tard, l'Enterprise est rappelé en mer pour participer à sa première crise internationale. Depuis plusieurs mois, les avions de reconnaissance U-2 effectuent des vols à haute altitude au-dessus de l'île de Cuba. Le 28 septembre 1962, l'un de ses avions a photographié la construction de sites de missiles ballistiques soviétiques à moyenne portée, des SS-4 et SS-5. John F. Kennedy prend connaissance des photos le 8 octobre suivant, et commence à préparer une action militaire contre Cuba.

Le président américain ordonne le blocus naval et une mise en quarantaine de l'île, et demande à l'Union Soviétique de retirer ses missiles nucléaires. L'Enterprise, accompagné de trois autres porte-avions, les USS Independence, USS Essex et USS Randolph, entame le blocus naval de Cuba.

Le 24 octobre 1962, la II Flotte active la quarantaine totale de tout équipement militaire à caractère offensif destiné à Cuba, si nécessaire en arraisonnant les navires étrangers. Sur le point de déclencher une confrontation nucléaire avec les Etats-Unis, Nikita Khrouchtchev ordonne enfin le démentèlement des sites de lancement et le retrait de ses missiles de Cuba, en échange de la promesse des Américains de ne plus jamais essayer d'envahir l'île. Le 28 octobre 1962, la "crise des missiles cubains" est terminée et le blocus naval américain levé.


3° 1962 à 1969.

Le 19 décembre 1962, l'Enterprise teste un nouveau dispositif de catapultage destiné à réduire l'intervalle de temps entre deux lancements. Un E-2 Hawkeye est catapulté avec succès, suivit une minute plus tard par un A-6A Intruder.

En 1963 et 1964, il effectue ses deuxième et troisième déploiement, en Méditerrannée. Au cours du troisième, le porte-avions prend part à l'opération Sea Orbit de la "Task Force One" à propulsion totalement nucléaire, accompagné du croiseur USS Long Beach (CGN-9) et du destroyer USS Bainbridge (CGN-25), au cours d'un périple autour du monde. En octobre 1964, l'Enterprise retourne aux chantiers de Newport News pour y subir ses premières révisions en profondeur.


En novembre 1965, le "Big-E" est transféré à la VII Flotte du Pacifique Ouest, qui opère depuis le Japon. Le 2 décembre 1965, il devient le premier porte-avions nucléaire américain à être engagé au combat, lorsqu'il attaque des positions vietcong près de Bien Hoa, au Sud-Vietnam. Au cours de cette seule journée, son aviation embarquée, constituée de F-4 Phantom II, F-8 Crusader, A-6 Intruder et A-7 Corsair II, effectue 125 sorties aériennes et largue 155 tonnes de bombes et de roquettes. Le lendemain, il pulvérise son propre record, avec 165 sorties.

En janvier 1968, la capture du navire d'espionnage et d'écoute electronique USS Pueblo (AGER-2) par un navire patrouilleur nord-coréen, dans les eaux internationales, débouche sur l'"Incident du Pueblo" et une crise diplomatique. L'Enterprise est envoyé en opérations au large des côtes sud-coréennes pendant un mois. L'équipage américain prisonnier sera finalement libéré et rappatrié aux Etats-Unis le 23 décembre 1968.

Le matin du 14 janvier 1969, au large d'Hawaii, l'explosion accidentelle d'une roquette Mk-32 Zuni, attachée sous la voilure d'un F-4 Phantom II, provoque un violent incendie et de graves avaries sur le pont d'envol de l'Enterprise. 15 avions sont détruits ou jugés irréparables, 27 Américains tués et 314 autres blessés. Le porte-avions doit retourner à Pearl Harbor pour y subir de longues réparations. En mars 1969, elles sont terminées et l'Enterprise effectue un nouveau déploiement dans le Golfe du Tonkin, au large des côtes nord-vietnamiennes.


Le 14 avril 1969, les tensions avec la Corée du Nord ressurgissent, lorsqu'un avion de guerre électronique non armé EC-121 Constellation, parti d'Atsugi et patrouillant dans les eaux internationales au-dessus de la Mer du Japon, est abattu par des chasseurs nord-coréens. Ses 31 membres d'équipages sont tués. Les Etats-Unis répliquent en activant la Task Force TF71 chargée de protéger dans le futur les vols de reconnaissance américains dans cette zone. La TF71 comprend les porte-avions Enterprise, Ticonderoga, Ranger et Hornet, ainsi que leur escorte de croiseurs et de destroyers.

Au total, l'Enterprise effectue six déploiements opérationnels en Asie du Sud-Est, de 1965 à 1972.


4° 1969 à 1979.

En 1969 et 1970, l'Enterprise retourne aux chantiers navals de Newport News pour y subir sa deuxième révision complète. En janvier 1971, il termine ses essais en mer des nouveaux réacteurs nucléaires capables de lui fournir assez de puissance pour les dix prochaines années. Le porte-avions se déploit ensuite de nouveau dans le Sud-Est asiatique, en soutien des forces américaines et sud-vietnamiennes.

Les trois porte-avions de la Task Force TF77, l'USS Enterprise, l'USS Oriskani et l'USS Midway, accumulent plus de 2000 sorties aériennes le 30 juillet 1971. Puis les opérations aériennes sont suspendues par l'arrivée des typhons Harriet, Kim et Jean. D'août à novembre 1971, l'Enterprise opère à partir de "Yankee Station", la zone de la mer de Chine du Sud où se sont regroupés les porte-avions de la TF77, au large des côtes vietnamiennes.

Pendant la troisième guerre indo-pakistanaise (3-16 décembre 1971), l'Enterprise est déployé dans la Baie du Bengale, au nord-est de l'Océan indien, pour une démonstration de force contre le blocus naval imposé par le porte-avions indien Vikrant. Durant ces manoeuvres, un sous-marins soviétique suit le porte-avions américains. Une confrontation avec l'Inde est finalement évitée lorsqu'il se retire de la zone.

En octobre 1972, les Etats-Unis mettent fin à toutes leurs opérations aériennes tactiques au-dessus du vingtième parallèle et à l'opération Linebacker I, la campagne de bombardement du Nord-Vietnam par les B-52 Stratofortress du Strategic Air Command. Durant Linebacker I (9 mai - 23 octobre 1972), l'Enterprise et les autres porte-avions de la TF77 enregistrent un total de 23652 sorties aériennes tactiques.

D'octobre à décembre 1972, pendant cet arrêt des bombardements, l'Enterprise effectue une rotation avec les autres porte-avions à Yankee Station. Durant cette période, aucun avion américain ou nord-vietnamien n'est perdu au combat.

Le 18 décembre 1972, devant l'enlisement des négociations de paix avec le Nord-Vietnam, les Etats-Unis reprennent leurs attaques aériennes. C'est l'opération Linebacker II. Les porte-avions de Yankee Station reçoivent l'ordre de miner le port d'Haiphong et de mener des raids contre les sites de missiles sol-air et canons anti-aériens, les casernes, les dépots d'approvisionnement et de ravitaillement, les installations pétrolières, les gares, ponts et voies ferrées, les ports et bases navales, etc. Les attaques de l'aéronavale américaine se concentrent entre Hanoi et Haiphong. Du 18 au 29 décembre, l'US Navy effectuera dans cette zone, la plus forte concentration de défenses anti-aériennes du monde, 705 sorties aériennes.

Le 29 décembre 1972, après onze jours de bombardements intensifs américains, les Nord-Vietnamiens reviennent à la table des négociations. En janvier 1973, le cessez-le-feu général est proclamé, et les porte-avions de la TF77 cessent toutes leurs opérations aériennes au Nord et au Sud-Vietnam.

Après l'arrêt des hostilités avec le Nord-Vietnam, l'Enterprise prend le chemin des chantiers navals du Puget Sound Shipyard de Bremerton, dans l'Etat de Washington, pour y subir sa troisième révision complète et s'apprêter à recevoir le nouveau chasseur biréacteur de Grumman, le F-14 Tomcat, alors en phase d'évaluation. A cette occasion, les déflecteurs des gaz d'éjection de moteurs sont élargis, pour s'adapter aux grandes dimensions du Tomcat.


Le 18 mars 1974, les premiers F-14 Tomcat des squadrons VF-1 Wolfpack et VF-2 Bounty Hunters commencent leurs essais de catapultages et d'appontages sur porte-avions. En septembre 1974, l'Enterprise est le premier à déployer le nouveau chasseur, lors de son septième déploiement dans le Pacifique Ouest (WESTPAC).

En février 1975, le Typhon Gervaise touche durement l'île Maurice. L'Enterprise participe à l'aide humanitaire et arrive à Port-Louis pour porter assistance et remettre en état les réseaux téléphoniques et de distributions d'eau potable, les centrales énergétiques, ainsi que pour distribuer les fournitures médicales, de l'eau et des denrées alimentaires dans les régions sinistrées.

En mars 1975, l'armée nord-vietnamienne viole les Accords de Paix de Paris et envahit le Sud-Vietnam. Les porte-avions de la VII Flotte, les USS Enterprise, USS Coral Sea, USS Hancock et USS Okinawa sont dépêchés au large des côtes pour permettre l'évacuation des ressortissants américains et des réfugiers vietnamiens. C'est l'opération Frequent Wind, qui se poursuivra jusqu'à la chute de Saigon, le 30 avril 1975.


Protégés par le détachement d'ambassade de l'US Marine Corps, les 900 Américains qui travaillent encore dans la capitale sud-vietnamienne sont évacués par hélicoptères à partir des toits et du jardin de l'ambassade américaine.

En juillet 1976, l'Enterprise effectue son huitième déploiement WESTPAC. En février 1977, le dictateur ougandais Idi Amin Dada se lance dans une violente campagne anti-occidentale, particulièrement contre les Etats-Unis, et se rapproche des mouvements terroristes palestiniens. Plusieurs dizaines d'Américains résidant en Ouganda sont pris en hotage.

L'Enterprise et ses navires d'escorte sont déployés au large des côtes orientales africaines pendant une semaine. Les Marines embarqués et le wing aérien se préparent à effectuer une éventuelle mission de libération des hotages américains, lorsque ceux-ci sont finalement libérés par Amin Dada.

En 1978, il effectue son neuvième déploiement WESTPAC et fait escale à Hong Kong, à Singapour et à Perth, en Australie.

En janvier 1979, le porte-avions rejoint les chantiers navals du Puget Sound Naval Shipyard, dans l'Etat de Washington, pour y subir une quatrième révision complète, qui durera trente mois. Pendant cette longue période, le "chateau" et ses superstructures sont modifiés et modernisés, notamment les radars et l'électronique. L'Enterprise, durant cette immobilisation, est surnommé "Building-65" par l'US Navy et le personnel de chantier.


5° 1980 à 1989.

En 1982, le porte-avions effectue son dixième déploiement WESTPAC. En avril 1983, l'Enterprise s'échoue sur un banc de sable dans la Baie de San Francisco, et reste immobilisé pendant plusieurs heures. Ironiquement, au cours de cet incident, l'acteur George Takei, qui interprète le rôle de Sulu, le pilote/barreur du vaisseau spatial NCC-1701 Enterprise, est présent à bord en tant qu'invité d'honneur.

Bien que traditionnellement dans l'US Navy, l'échouage d'un navire marque la fin de carrière de son capitaine, Robert J. Kelly, qui auparavant a été sélectionné pour être promu au grade de commodore, deviendra par la suite amiral quatre-étoiles et commandant en chef de la flotte américaine du Pacifique (CINCPAC).

En 1984, l'Enterprise effectue son onzième déploiement WESTPAC. Le 2 novembre 1985, pendant un exercice au large de la Cote Ouest, il heurte durement le sommet d'une chaîne de montagne sous-marines réputées dangereuses à Cortes Bank, situé à 188km à l'ouest de San Diego, endommageant la coque et l'hélice du navire. Le porte-avions est ensuite envoyé en cale sèche pour y subir des réparations.

En 1986, il effectue son douzième déploiement WESTPAC. Le 28 avril 1986, venant de la Mer Rouge, l'Enterprise est le premier porte-avions nucléaire moderne américain à franchir le Canal de Suez. Il vient relever l'USS Coral Sea, en poste avec l'USS America au large des côte libyennes. C'est l'occasion pour l'Enterprise de revenir en Méditerranée après une absence de plus de 22 ans. Il participe à l'opération Eldorado Canyon, le bombardement américain des camps d'entraînement terroriste et des aérodromes en Libye.

En avril 1988, l'Enterprise effectue son treizième déploiement WESTPAC et est assigné à l'opération Earnest Will, la protection des pétroliers et supertankers chargés d'acheminer le pétroler brut depuis le Golfe Persique vers l'Océan indien. Au cours de ce déploiement, la frégate USS Samuel B. Roberts heurte une mine iranienne dans les eaux internationales. En riposte, l'US Navy lance l'opération Praying Mantis le 18 avril 1988, une série d'attaques de l'aviation embarquée de l'Enterprise contre des navires iraniens, coulant une frégate, une canonière et plusieurs autres vedettes ennemies.

En septembre 1989, l'Enterprise quitte Alameda, dans la Baie de San Francisco, et entame son quatorzième déploiement. Il profite de cette occasion pour faire un tour du monde et rejoindre sa nouvelle base d'attâche: Norfolk, en Virginie. En chemin, il participe, avec l'USS Midway, à l'opération Classic Resolve, la réponse de George H.W. Bush à la demande d'assistance du président philippin Corazon Aquino, contre des rebelles. Après quoi, l'Enterprise fait escale à Pattaya Beach, en Thaïlande.



6° 1990 à 1999.

En mars 1990, l'Enterprise termine son tour du monde et accoste à Norfolk, en Virginie. Il a parcouru au cours de ce périple 69000km, faisant escale aux Philippines, en Thaïlande, à Hong-Kong, Singapour, Rio de Janeiro, Saint-Thomas et Fort Lauderdale, en Floride. En octobre 1990, le porte-avions rejoint les chantiers navals Newport News Shipbuilding de Virginie pour une refonte complète de sa coque et de ses superstructures (complex overhaul). Durant cette période d'immobilisation en cale sèche de plus de trois ans, la longeur de son pont d'envol est allongé et passe de 336m à 342m, sa dimension actuelle.

En septembre 1994, l'Enterprise appareille de Newport News pour subir une série de tests en mer.

Le 28 juin 1996, le porte-avions effectue son quinzième déploiement en mer. Il participe aux opérations Joint Endeavor et Southern Watch, respectivement les missions de surveillance et de contrôle des zones d'exclusion aériennes en Bosnie et dans le sud de l'Irak. Ce déploiement est marqué par le retrait du service actif du bombardier A-6E Intruder au sein de l'US Navy. Pendant six mois, l'Enterprise visite huit ports. En décembre 1996, il termine le déploiement. En février 1997, il gagne les chantiers naval de Newport News pour y subir des révisions pendant quatre mois et demi.

En novembre 1998, l'Enterprise effectue son seizième déploiement. Dans la nuit du 7 au 8 novembnre 1998, un EA-6B Prowler qui effectue ses qualifications d'appontage nocturne entre en collision avec un S-3 Viking stationné à l'arrière du pont d'envol. Les quatre membres d'équipage du Prowler s'éjectent, trois d'entre-eux disparaissent en mer et le corps du quatrième est retrouvé par les équipes d'incendie. Les deux membres d'équipage du Viking sont grièvement blessés et évacués ver le Centre Médical Naval de Portsmouth, en Virginie. Les recherches entreprises pour retrouver les trois Américains disparus en mer, effectuées dans les airs dans un rayon de 1300km et sur mer sur une surface de 340km², ne permettent malheureusement pas de les retrouver, et celles-ci sont abandonnées au bout de vingt-quatre heures.

Le 23 novembre 1998, l'Enterprise relève le Dwight D. Eisenhower dans le Golfe Persique. En décembre 1998, le porte-avions et son groupe de bataille participent à l'opération Desert Fox, détruisant des multiples cibles terrestres irakiennes avec 300 BGM-109 Tomahawk et 313 tonnes de bombes et de missiles. Ces attaques se poursuivent pendant septante heures à partir de l'Enterprise, du croiseur Gettysburg, des destroyers Stout et Nicholson, et du sous-marins Miami.

Le 23 décembre 1998, le Secrétaire de la Défense William Cohen effectue une visite de courtoisie officielle, accompagné de son épouse Janet, du sénateur (Hawaii) Daniel Inouye, un vétéran japonais-américain du 442ème Régiment d'infanterie, ayant combattu en Europe et décoré de la Médaille d'Honneur, et du Représentant (Pennsylvanie) John Murtha.

Après des opérations au large de la Sicile, le porte-avions effectue une visite amicale dans le port de Cannes, en France. Cependant, avec la détérioration des Pourparlers de Paix de Rambouillet, il est rappelé en mer et doit écourter sa visite seulement après quarante-huit heures passées dans le port de Cannes.

Au début de mars 1999, l'Enterprise fait escale à Trieste, en Italie, avant de gagner le Golfe Persique. Il y relève le Carl Vinson le 14 mars 1999 et participe à l'opération Southern Watch dans le sud de l'Irak, puis retourne à sa base d'attache de Norfolk en mai 1999.

Durant son déploiement 1998-1999, l'Enterprise a parcouru 80000 kilomètres pendant 151 jours. Le Carrier Air Wing (CVW) qui lui est rattâché ayant accomplit plus de 9000 missions aériennes.

Photo ci-dessous: Enterprise pendant l'opération Desert Fox (1998)



7° 2000 à 2002.

Le 25 avril 2001, l'Enterprise entame son dix-septième déploiement avec le CVW-8. Du 18 au 28 juin 2001, le porte-avions et ses quatre navires d'escorte participent à un exercice commun avec la Royal Navy en Mer du Nord, près des côtes écossaises et des îles Hébrides.

Après les attentats du 11 septembre 2001, l'Enterprise fait route vers le Golfe Persique. Le 7 octobre 2001, il participe aux premières opérations aériennes américaines en Afghanistan, dans le cadre de l'opération Enduring Freedom, en bombardant les installations militaires des Talibans et les camps d'entraînement terroriste d'Al-Qaida. Après trois semaines, son aviation embarquée a effectué environ 700 sorties aériennes de combat. A la fin de ce mois, le porte-avions rentre aux Etats-Unis.

Photo ci-dessous: Enterprise naviguant avec le Charles de Gaulle, en Méditerranée en mai 2001.


Le 10 novembre 2001, l'Enterprise accoste à Norfolk, en Virginie, où les chanteurs Garth Brooks (country) et Jewel Kilcher (pop-rock) produisent un concert de deux heures sur son pont d'envol.

En janvier 2002, le porte-avions entre aux chantiers navals de Portsmouth, en Virginie, pour y subir un autre programme de révisions en cale sèche EDSRA, pendant une année complète.


8° 2002 à 2010.

De 2003 à 2004, l'Enterprise fournit un soutien aérien à l'opération Iraqi Freedom. En 2004, le navire participe aux exercices multinationaux "Summer Surge 2004" en Méditerranée.

En mai 2006, le porte-avions entame un déploiement de six mois en soutien des opérations Iraqi Freedom et Enduring Freedom. il retourne ensuite à Norfolk le 18 novembre 2006.

En 2007, l'Enterprise est le premier navire américain à accoster dans un port français, à Cannes, depuis le 11 septembre 2001. En août 2007, il rejoint la flotte américain croisant au large de l'Iran. Le 19 décembre 2007, après un déploiement de six mois dans le Golfe Persique, le porte-avions regagne sa base d'attâche de Norfolk.

En avril 2008, il gagne les chantiers navals Northrop Grumman Shipbuilding de Newport News, en Virginie, pour y subir un programme de révisions complètes EDSRA pendant dix-huit mois, jusqu'en septembre 2009. Coût total de ce programme: 480 millions de dollars, soit 6% au-delà des estimations d'origine.

En décembre 2009, le porte-avions doit encore effectuer, selon le tableau de service établit, deux déploiements en mer avant de prendre sa retraite, prévue pour 2013. En principe, il doit être remplacé par le nouveau porte-avions Gerald R. Ford (CVN-78), vers 2014 ou 2015.

En août 2009, une petition lancée sur internet propose que l'Enterprise soit transformé en musée flottant après son retrait du service actif. Peu après, une autre pétition circule, suggérant que le CVN-79, le second porte-avions de classe Gerald Ford programmé pour entrer en service en 2018, soit baptisé Enterprise. Si c'est le cas, ce dernier deviendra le neuvième navire de l'US Navy à porter ce nom.


Article modifié le 10 mai 2013.


Sources principales:
USS Enterprise (CVN-65) (Wikipedia.org)

8 décembre 1941 - 6 mai 1942 - Pacifique Sud-Ouest: campagne japonaise des Philippines

La campagne japonaise des îles Philippines décrit la conquête de l'archipel par l'armée impériale entre décembre 1941 et mai 1942. Le 10 décembre 1941, la 14ème Armée du général Masaharu Homma débarque avec succès sur l'île de Luzon. Cependant, au début de l'année 1942, l'état-major japonais à Tokyo, croyant en une victoire facile et une campagne de courte durée, retire des Philippines ses meilleures troupes et une grande partie de son aviation pour les réaffecter aux opérations programmées contre Bornéo et les Indes néerlandaises. Cette décision, conjuguée avec le retrait de l'armée américano-philippine dans la péninsule de Bataan, sur de solides positions défensives, permettra à celle-ci de résister encore pendant plusieurs mois aux Japonais. La dernière garnison alliée dans les Philippines, commandée par le général Jonathan Wainwright et assiégée dans l'île de Corregidor, tombe le 6 mai 1942.



Plans et troupes d'invasion japonaises (novembre 1941).

1° Plan et objectifs japonais.

Dès le début de cette campagne, le Japon bénéficie de l'initiative et d'une situation géographique avantageuse, qui le menera à la victoire sur des garnisons alliées mal commandées, dispersées entre les grandes îles de l'archipel, pratiquement abandonnées à leur sort depuis le premier jour de guerre.

Les préparatifs japonais pour occuper les îles Philippines font partis de plans généraux de conquête désignés par Tokyo "Grande Asie du Sud-Est", dans lesquels le Groupe d'Armées expéditionnaire du Sud, commandé par le maréchal Hisaichi Terauchi, est chargée de prendre le contrôle des ressources naturelles (pétrole, caoutchouc, zinc, charbon, etc) dans la péninsule malaise, à Bornéo, dans les Indes néerlandaises et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais ces plans nécessitent au préalable la neutralisation de la flotte américaine du Pacifique par la flotte combinée d'Isoroku Yamamoto. Cela sera chose faite le 7 décembre 1941 à Pearl Harbor. (1)

Le "Groupe d'Armées expéditionnaire du Sud" a été créé le 6 novembre 1934, et est placé sous le commandement direct du maréchal Hiseichi Terauchi, Ministre de la Guerre. L'Armée de terre impériale se prépare donc à la confrontation, dans le cas où les négociations avec Washington n'aboutiraient pas.

Le Groupe d'Armées du Sud de Terauchi (QG Saigon, Indochine) compte fin novembre 1941 quatre armées, équivallentes à un corps d'armée occidental, douze divisions d'infanterie, une division impériale des Gardes et quatre brigades indépendantes.

  • 21ème Division d'infanterie [Shangai, Chine]. Lieutenant-géneral Hisaichi Tanaka.
  • 38ème Division d'infanterie [Shenzen, Chine]. Lieutenant-géneral Tadayoshi Sano.
  • 21ème Brigade mixte indépendante [Phnom Penh, Indochine].

• 14ème Armée japonaise, stationnéee à Formose (QG Bako, Pescadores) et dans les îles Ryu-Kyu, destinée aux Philippines.
Lieutenant-général Masaharu Homma.

  • 16ème Division d'infanterie. Lieutenant-géneral Susumi Morioka.
  • 48ème Division d'infanterie. Lieutenant-géneral Yuitsu Tsuchihashi.
  • 5ème Division aérienne de l'Armée. Lieutenant-géneral Hideyoshi Obata.
  • 65ème Brigade mixte indépendante.

• 15ème Armée japonaise, stationnée en Indochine et destinée au Siam (Thaïlande) et à la Birmanie, placée sous le commandement du lieutenant-général Shojiro Iiada.

  • 33ème Division d'infanterie [Shangai, Chine]. Lieutenant-géneral Shozo Sakurai.
  • 55ème Division d'infanterie [frontière indo-thailandaise]. Lieutenant-géneral Hiroshi Takeuchi.

• 16ème Armée japonaise, destinée au Indes néerlandaises, Bornéo et Sumatra, placée sous le commandement du lieutenenat-général Hitoshi Imamura.

  • 2ème Division d'infanterie [Kanazawa, Honshu, Japon]. Lieutenant-général Masao Maruyama.
  • 56ème Brigade mixte indépendante [Kurume, Kyusyu, Japon].

• 25ème Armée japonaise, stationnée en Indochine et destinée à la Malaisie, placée sous le commandement du lieutenant-général Tomoyuki Yamashita.

  • 5ème Division d'infanterie. Lieutenant-général Takuro Matsui.
  • 18ème Division d'infanterie. Lieutenant-général Renya Mutaguchi.
  • 56ème Division d'infanterie. Lieutenant-général Masao Watanabe.
  • Division impériale des Gardes. Lieutenant-général Takuma Nishimura.
  • 3ème Brigade blindée indépendante.
  • 5ème Division aérienne de l'Armée. Lieutenant-général Hideyoshi Obata.


Photos ci-dessous, de gauche à droite: Maréchal Hisaichi Terauchi. Général Masaharu Homma.



2° Forces d'invasion japonaises de Luzon.

Terauchi assigne la conquête des îles Philippines à la 14ème Armée du lieutenant-général Masaharu Homma. Le soutien d'aviation sera fourni par la 5ème Division aérienne de l'armée, commandé par le lieutenant-général Hideyoshi Obata, qui est transféré de Mandchourie vers Formose (Taiwan), et la 11ème Flotte aérienne du vice-amiral Nishizo Tsukahara, également stationnée sur Formose. Le transport des forces d'invasion est assuré par la "Force Navale Philippines" de la 3ème Flotte japonaise du vice-amiral Ibo Takahashi.

La 14ème Armée japonaise compte un effectif total d'environ 130,000 hommes. Elle dispose de deux divisions d'infanterie renforcée de première ligne pour la conquête de Luzon, les 16ème et 48ème. La 65ème Brigade mixte indépendante est gardée en réserve. La 48ème Division, basée sur Formose, bien qu'elle soit sans expérience réelle du combat, est considérée comme une des meilleures unités de l'armée de terre et doit débarquer dans le Golfe de Lingayen. La 16ème Division, stationnée sur Ryu-Kyu, au Japon, est désignée pour débarquer dans la Baie de Lamon, au sud de la Province de Quezon. La 14ème Armée dispose également des 4ème et 7ème Régiments de chars, cinq bataillons d'artillerie de campagne, cinq bataillons d'artillerie anti-aérienne, quatre compagnies d'artillerie antichars, et un bataillon de mortiers lourds, ainsi que d'un groupe du génie de combat et de plusieurs unités du génie pontonnier.

Pour la phase navale, la 3ème Flotte japonaise est renforcée par deux escadrons de destroyers et une divisions de croiseurs de la 2ème Flotte, et le porte-avions léger Ryujo de la 1ère Flotte. La "Force Navale des Philippines" se compose donc d'un porte-avions léger, 5 croiseurs lourds, 5 croiseurs légers, 29 destroyers, 3 ravitailleurs d'hydravions, 17 dragueurs/mouilleurs de mines et 4 vedettes lance-torpilles.

Les forces aériennes de l'armée de terre et de la marine impériales rassemblent au total 604 avions. La 11ème Flotte aérienne de la marine comprend 146 bombardiers, 123 chasseurs, 24 hydravions et 15 avions de reconnaissance et d'observation. Le Ryujo fournit une force supplémentaire de 16 chasseurs et 18 bombardiers-torpilleurs embarqués, et les autres navires de surface 68 hydravions de reconnaissance et d'observation. Soit au total 412 avions.

La 5ème Division aérienne, incorporée à la 14ème Armée, comprend deux régiments de chasse, deux régiments de bombardement léger, et un régiment de bombardement lourd, rassemblant au total 192 avions: 81 bombardiers, 72 chasseurs et 39 avions de reconnaissance.



(1) Blogosphère Mara: "7 décembre 1941 - Pearl Harbor: Tora Tora Tora!"


Ordre de bataille et effectifs américano-philippins.

1° United States Army Forces in the Far East (USAFFE).

A la mi-1941, avec l'accroissement des tensions politiques entre le Japon et les puissances occidentales, en particulier des Etats-Unis et des empires coloniaux britanniques et néerlandais, plusieurs Etats du Sud-Est asiatique et du Pacifique commencent à envisager la possibilité d'une guerre.

En décembre 1941, les forces de défenses combinées dans les Philippines sont réorganisées en un commandement unique centralisé, "US Army Forces in the Far East" (USAFFE), comprenant l'Armée philippine (PA), composée des 1ère Division régulière, 2ème Division HPP de police paramilitaire, et dix divisions de réserve mobilisables, ainsi que le Corps expéditionnaire américain lui-même, le "United States Army's Philippines Department" (USAPD).

Le 26 juillet 1941, le général Douglas MacArthur est rappelé du Département de la Guerre à Washington pour assumer le commandement de l'USAFFE à Manille. Il prend ainsi le contrôle effectif, avec l'accord du président Manuel Quezon, de l'armée mixte américano-philippine.

Le 31 juillet 1941, le Département Phillipines a un effectif de 22,532 hommes, dont environ une moitié de Philippins. En octobre 1941, MacArthur recommande le départ du major-général George Grunert et prend personnellement le commandement de l'USAPD. Sa principale composante est la Division Philippines de l'US Army, avec un effectif d'environ 10,500 hommes et regroupant les unités de combat scouts [reconnaissance] philippins (PS).

L'USAPD est renforcé entre août et novembre 1941 par 8,500 hommes de l'US Army Air Force et divers unités de l'Army National Guard (ARNG), incluant les 192ème et 194ème Bataillons de chars légers (M3 Stuart), le 200ème Régiment d'artillerie côtière, des unités de gardes nationaux du Nouveau-Mexique, du Wisconsin, de l'Illinois, de l'Ohio, du Kentucky, du Minnesota, du Missouri et de Californie. Après ce renforcement, le Département Philippines compte dans ses rangs, à la date du 30 novembre, 31,095 hommes dont 11,988 scouts philippins (PS).

Photo ci-dessous: M3 Stuart du 192ème Bataillon de chars. Ici à l'entrainement à Fort Knox, Kentucky.


MacArthur organise l'USAFFE en quatre commandements tactiques. La North Luzon Force, activée le 3 décembre 1941 et placée sous le commandement du major-général Jonathan Wainwright, est chargée de défendre les sites probables d'un débarquement ennemi au nord de Luzon. Elle comprend les 11ème, 21ème et 31ème Divisions d'infanterie de l'Armée Philippine (PA), le 26ème Régiment de cavalerie (PS), un bataillon du 45ème Régiment d'infanterie (PS), et le 1er Groupe provisoire d'Artillerie, avec deux batteries d'obusiers de 144mm et une batterie de canons de montagne de 75mm. La 71ème Division d'infanterie (PA) est gardée en réserve sous le contrôle exclusif de MacArthur.

Photo ci-dessous: généraux Jonathan Wainwright et Douglas MacArthur.


La South Luzon Force, activée le 13 décembre 1941, est placée sous le commandement du brigadier-général George M. Parker Jr. et contrôle les zones sud et est de Manille. Il dispose des 41ème et 51ème Divisions d'infanterie PA et du 2ème Groupe provisoire d'artillerie, avec deux batteries détachés du 86ème Régiment d'artillerie de campagne.

La Visayan-Mindanao Force du brigadier-général William F. Sharp comprend les 61ème, 81ème et 101ème Divisions d'infanterie PA. Elle sera renforcée après le début des débarquements japonais avec les 73ème et 63ème Régiments d'infanterie américains. La 61ème Division est stationnée sur l'île de Panay, la 81ème Division sur Cebu et Negros, la 101ème Division sur Mindanao. En janvier 1942, une quatrième division sera formée sur Mindanao, la 102ème, regroupant les régiments d'artillerie des 61ème et 81ème Divisions, privés de matériel et employés comme unités d'infanterie, et le 103ème Régiment d'infanterie de la 101ème Division. Le 2ème Régiment d'infanterie de la 1ère Division régulière PA et le 2ème Bataillon du 43ème Régiment d'infanterie (PS) font également partie de la Force Visayan-Mindanao.

L'USAFFE Reserve Force, sous le contrôle personnel de MacArthur, comprend la Division Philippine de l'US Army, la 91ème Division d'infanterie PA, et les unités de quartier-général et d'état-major du Département Philippines. Elle est positionnée juste au nord de Manille. Les 192ème et 194ème Bataillons de chars légers sont regroupés en un Groupe provisoire blindé à Clark Field/Fort Stotenburg.

En outre, quatre régiments d'artillerie côtières US gardent l'entrée de Manille sur l'île fortifiée de Corregidor. L'extrêmité sud de la péninsule de Bataan et l'entrée de la baie de Manille sont également couvert par les batteries des 59ème et 60ème Régiments d'artillerie côtières US (PS), et la Baie de Subic par les 91ème et 92ème Régiments d'artillerie côtières US (PS).

Pour compléter le tableau, l'aviation de l'USAFFE, désignée Far East Air Force (FEAF), est constituée avec les unités de la 5ème Air Force américaine et commandée par le major-général Lewis H. Brereton. Activée en tant que "Philippines Department Air Force" le 20 septembre 1941, c'est la plus grande force aérienne de l'US Army Air Force à l'extérieur des Etats-Unis. Début décembre 1941, elle compte au total 140 avions sur les aérodromes de Clark Field et Nichols Field, dont 91 P-40B Warhawk et 35 B-17D Flying Fortress, ainsi que quelques bimoteurs Martin B-10B.


Photo ci-dessous: Boeing B-17D en vol, fin d'année 1941.



2° Plan de mobilisation des divisions de réserve philippines.

Les plans de mobilisation générale établis par MacArthur permettent l'entraînement et la formation de dix divisions PA de réserve supplémentaires, entre le 1er septembre et le 15 décembre 1941. Mais la période d'entraînement de ces divisions est sérieusement compromise par les difficultés linguistiques entres les officiers cadre américains et les hommes de troupes philippins.

A la fin de la campagne japonaise de Luzon, seuls les deux-tiers des réservistes philippins auront été formés. Les effectifs totaux de l'armée régulière américano-philippine atteignant alors environ 120,000 hommes.


3° Forces navales américaines.

La flotte américaine d'extrême-Orient (US Asiatic Fleet) et le 16ème District Naval, basés à Manille dans la base de Cavite Bay, sont chargés d'assurer la défense navale des îles Philippines. Commandée par l'amiral Thomas C. Hart, les unités de surface comprennent le croiseur lourd Houston, le croiseur léger Marblehead, 13 destroyers datant de la Première Guerre mondiale, 5 canonières, 6 mouilleurs de mines, 2 pétroliers, 4 porte-hydravions et 3 ravitailleurs de sous-marins. A cela viennent s'ajouter 29 sous-marins modernes.

En septembre 1941, la Flotte américaine d'Extrême-Orient est renforcée par l'arrivée de 6 vedettes lance-torpilles.

Le 4ème Régiment de Marines, comprenant le 1er Bataillon de Défense Spécial, commandé par le colonel Samuel L. Howard, arrive dans les Philippines le 30 novembre 1941 et est stationnée dans la base de Cavite. Après le retrait de l'armée américano-philippine dans la péninsule de Bataan, l'unité sera transférée sur l'île de Corregidor pour renforcer ses défenses et protéger le GQG de l'USAFFE dans le Tunnel Malinta.


Offensive japonaise.

1° Débarquements initiaux japonais.

Les plans de défense alliés concernant les îles Philippines partent de l'hypothèse que les garnisons sont capables de soutenir un siège jusqu'à l'arrivée de la flotte américaine du Pacifique.

C'est un pari bien risqué auquel s'ajoute, en 1941, le regroupement des bombardiers lourds B-17D Flying Fortress sur Luzon, destinés à la dissuasion d'une éventuelle attaque amphibie, et l'affirmation trop optimiste, par le commandant en chef dans l'archipel, le général Douglas MacArthur, que ses forces sont capables de repousser toute tentative de débarquement japonais.

L'irréalisme de cette politique est démontré dès le premier jour de la guerre du Pacifique, à Pearl Harbor. En effet, non seulement l'US Navy subit de lourdes pertes, mais les Japonais réussissent le 8 décembre 1941 leur premier débarquement sur l'île non-défendue de Batan, entre Luzon et Formose (Taiwan).

L'aviation japonaise basée sur Formose surprend complètement au sol la FEAF sur ses aérodromes de Clark Field et Nichols Field. Cette première attaque aérienne des Japonais détruit 87 avions américains, sur un total de 140. Ce qui lui permettra de s'assurer la maîtrise totale du ciel pour le reste de la campagne. A partir du 14 décembre 1941, les navires de l'US Asiatic Fleet et les avions survivants de la FEAF abandonnent les Philippines et se réfugient en Australie.

Ensuite, ayant privé les Américains de leur aviation et de leur flotte de guerre, les Japonais ont beau jeu de débarquer sans problème où ils le veulent et quand ils le veulent. Ils parachèvent l'occupation de l'île Batan (à ne pas confondre avec la péninsule de Bataan) et débarquent au nord et au sud de Luzon les 10 et 12 décembre 1941.


Le 10 décembre 1941, la 14ème Armée japonaise du lieutenant-général Masaharu Homma débarque sur l'île de Camiguin et à Vigan, Aparri et Gonzaga, sur la côte nord de Luzon. Avant de se réfugier en Australie, les quelques B-17D et P-40B survivants attaquent les navires japonais au large de Gonzaga et de Vigan, coulant un mouilleur de mines, et endommageant le croiseur léger Naka et le destroyer Murasame.

Deux jours plus tard, dans la matinée du 12 décembre 1941, la marine impériale fait débarquer 2,500 hommes de la 16ème Division d'infanterie à Legaspi, dans le sud de Luzon.

Le 16 décembre 1941, d'autres troupes de la 16ème Armée japonaise, affectées temporairement aux forces d'invasion des Philippines, débarquent sur Mindanao et s'emparent de Davao, permettant ainsi à la 14ème Armée de se concentrer sur Luzon. Ces succès suffisent aux Japonais pour tenir les îles Philippines, bien avant l'arrivée de leurs forces d'occupation.


2° Attaque principale dans le Golfe de Lingayen.

L'attaque principale des Japonais commence le matin du 22 décembre 1941, lorsque la 48ème Division d'infanterie et un régiment de la 16ème Division d'infanterie, appuyés par l'artillerie navale et des chars légers, débarquent en trois endroits différents sur la côte est du Golfe de Lingayen. Quelques B-17 venant d'Australie bombardent la flotte d'invasion, mais sans résultats significatifs.

Les 11ème et 71ème Divisions d'infanterie PA de Wainwright, deux unités peu expérimentées et très dispersées, ne peuvent pas grand chose pour s'opposer aux Japonais. D'autres unités de la 14ème Armée débarquent sur la côte sud du Golfe de Lingayen. Le 26ème Régiment de cavalerie (PS), avançant pour s'y opposer, livre des furieux combats à Rosario. Après avoir subit de lourdes pertes sans espoir de cevoir des renforts, il est forcé de se retirer et d'entamer une retraite.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1941, les Japonais ont progressé de 16 km à l'intérieur des terres.

Le 23 décembre 1941, 7,000 soldats de la 16ème Division d'infanterie débarquent en trois endroits différents dans la Baie de Lamon. Là aussi, les troupes américano-philippines du brigadier-général George Parker sont dispersées et impuissantes. Les Japonais consolident immédiatement leurs positions et progressent au nord vers Manille, où ils espèrent établir leur jonction avec les troupes débarquées à Lingayen et avançant au sud.


3° Retraite alliée vers Bataan.

Le 23 décembre 1941, l'armée americano-philippine désormais menacée sur ses arrières, MacArthur décide d'évacuer ses forces vers la péninsule de Bataan. Préoccupée par la prise de Manille, la 14ème Armée japonaise ne réalise pas tout de suite l'ampleur du retrait américano-philippin et ne fait pratiquement rien pour l'empêcher.


La Division Philippine entre dans la bataille en réponse à des rapports signalant des largages de parachutistes japonais près de Clark Field, rapports qui se révèlent finalement faux. Elle est ensuite déployée pour couvrir la retraite des troupes alliées vers Bataan et résister à l'avance japonaise dans la région de la Baie de Subic.

Le 24 décembre 1941, MacArthur active le plan de guerre Orange Phase-3 (WPO-3), qui prévoit la création de cinq lignes défensives successives (D-1 à D-5) pour couvrir la retraite générale alliée vers Bataan. Les combats retardateurs d'arrière-garde seront fournis en partie par le 26ème Régiment de cavalerie US.

MacArthur ordonne le déplacement du gouvernement civil et du QG militaire de l'USAFFE vers la péninsule et l'île de Corregidor. 80,000 soldats et 26,000 réfugiers civils abandonnent la capitale, principalement par voie maritime à travers la Baie de Manille. Les unités d'arrière-garde se déploient de manière à garder ouvert les axes de retraite vers Bataan, en particulier la gare ferroviaire de San Fernando, le pont metallique de Calumpit, sur la rivière Pampanga, et de Plaridel, au nord de Manille. La Force du Sud de Luzon décroche en dernier et franchit les deux ouvrages, après quoi des scouts philippins (PS) les font sauter.

Le 30 décembre 1941, l'état-major de la 14ème Armée japonaise réalise enfin la manoeuvre de décrochage de MacArthur. Il ordonne à la 48ème Division d'infanterie de presser le mouvement vers Bataan et de tout mettre en oeuvre pour la stopper.

Entre les 2 et 4 janvier 1942, une série d'actions retardatrices effectuées par les 11ème et 21ème Divisions d'infanterie philippines, et les chars M3 Stuart du 26ème Régiment de cavalerie et du Groupe provisoire blindé US, permet de garder encore ouvert la route San Fernando-Dinalupihan, pour permettre aux troupes de la Force Sud de Luzon de passer. La 31ème Division d'infanterie (PS) se déploie aux extrémités de la Passe Zigzag pour couvrir les flancs des troupes alliées en retraite depuis le centre et le sud de Luzon, pendant que la Division Philippine, de son côté, organise en hâte une solide ligne de défense.

Le 5 janvier 1942, la 31ème Division gagne ses positions défensives sur le côté ouest de la route Olongapo-Manille, près du carrefour de Layac, à la base de Bataan.

Le 6 janvier 1942, la retraite générale alliée vers Bataan est terminé. 80,000 soldats américano-philippins s'installent en défensive, même si presque rien n'a été prévu ou presque pour assurer leur subsistance. La péninsule étant sous blocus japonais, pilonnés sans arrêt par l'artillerie et l'aviation japonaises, ils sont condamnés à plus ou moins longue échéance.

Photo ci-dessous: retraite du 26ème Régiment de cavalerie (reconaissance) philippin vers la péninsule de Bataan, début janvier 1942.



4° Siège de Bataan.

Avant même le début des hostilités, le Japon avait pensé achever l'occupation des Philippines avant de lancer une offensive contre les Indes néerlandaises (Indonésie), mais la facilité avec laquelle son armée s'empare de ses objectifs sur Luzon et sur Mindanao encourage le haut-commandement impérial à revoir ses plans, la 14ème Armée japonaise étant invitée à se séparer d'une grande partie de ses forces aériennes et de ses divisions d'élite pour les envoyer dans les Indes néerlandaises, à partir du 2 janvier 1942.

Ci-dessous: chars japonais progressant dans la jungle de Bataan.


Ces opérations n'ont rien d'inattendu, au moins depuis l'occupation de l'île de Jolo, près de Bornéo, le 25 décembre 1941. Mais ce changement de plan de Tokyo fait que la 14ème Armée japonaise se retrouve maintenant à un contre trois dans la péninsule de Bataan. Et qu'elle ne pourra en finir avec la résistance américano-phillipine avant plusieurs mois.

Les troupes de MacArthur se sont solidement retranchés sur toute la largeur de la péninsule, et après ses succès initiaux, le Japon n'est plus en mesure d'enfoncer cette solide ligne de défense. Désormais, la 14ème Armée japonaise se cantonne dans un long siège pour venir à bout de la résistance américano-philippine.

Le 22 février 1942, alors que les Indes néerlandaises tombent aux mains des Japonais, MacArthur reçoit l'ordre du président Franklin Roosevelt d'évacuer son état-major en Australie.

Le 11 mars 1942, MacArthur, son état-major et le président philippin Manuel Quezon s'embarquent à bord de quatre vedettes lance-torpilles commandées par le lieutenant-commander John D. Bulkeley, et après avoir forcé le blocus naval japonais, quittent les Philippines pour Mindanao, et de là, direction l'Australie.

Avant d'embarquer, MacArthur fait par radio une promesse solennelle aux Philippins: "Je reviendrai".

Le 20 mars 1942, après le départ de MacArthur, c'est Jonathan Wainwright qui assume désormais le commandement de toutes les forces américano-philippines de l'archipel. Les troupes alliées dans la péninsule de Bataan sont confiées au général Edward King.


Le 3 avril 1942, après trois mois de siège, la 14ème Armée japonaise entame leur grande offensive finale contre Bataan. 300 pièces d'artillerie et 100 bombardiers pilonnent pendant quatre heures la ligne de défense Orion-Bagac.

Minés par la faim, les maladies tropicales et les désertions, il ne reste plus que 14,000 soldats américano-philippins en état de combattre, sur les 80,000 défenseurs début janvier. En deux jours, la 4ème Division d'infanterie et la 65ème Brigade mixte indépendante japonaises pulvérisent l'une après l'autre les positions défensives alliées, et les contre-attaques se révèlent vaines. L'effondrement de la résistance entraîne la capitulation finale des "Battling Bastards of Bataan" en quelques jours.

Photo ci-dessous: les Japonais doivent réduire les derniers défenseurs de Bataan aux lance-flammes.


Le 9 avril 1942, c'est la fin: les parlementaires du major-général Edward P. King, commandant ce qui reste de l'armée américano-philippine dans Bataan, se présentent à 3h30 du matin devant les lignes ennemies avec un drapeau blanc. Les Japonais imposent une capitulation sans condition. Elle prendra effet à 12h30. 76,000 soldats alliés, dont 12,000 Américains, déposent les armes. Les 2,000 hommes qui tentent de rejoindre Corregidor sont victimes des noyades ou des requins qui infestent l'entrée de la baie de Manille. Seuls environ 300 hommes de la 31ème Division d'infanterie réussissent à gagner l'île fortifiée.

Photo ci-dessous: reddition d'Edward King à Bataan, le 9 avril 1942.


Les Japonais entament ensuite le ratissage de la péninsule. Commence alors un des épisodes les plus tristement célèbre de la guerre: la "Marche de la Mort". Les Japonais rassemblent les 76,000 prisonniers américano-philippins affaiblis ou malades et les obligent à entamer une longue et très éprouvante marche forcée de 65km de Mariveles jusqu'à la gare de San Fernando. En trois jours, environ 7,000 d'entre-eux mourront, soit de faim ou de maladies, soit, pour les trainards incapables de continuer à marcher, exécutés sur place. Soit en moyenne un prisonnier tous les dix mètres.

Photo ci-dessous: prisonniers américains lors de la "Marche de la Mort" (10-12 avril 1942).




5° Bataille de Corregidor.

Avec la chute de Bataan, Wainwright ne possèdent plus que l'île fortifiée de Corregidor, surnommée le "Gibraltar de l'Est", à l'entrée du golfe de Manille, des Visayas et d'une partie de l'île de Mindanao. Sa garnison compte environ 5,700 hommes, essentiellement des régiments d'artillerie côtière, le 4ème Régiment de Marines et des survivants de la péninsule de Bataan. Elle est commandée par le major-général George F. Moore.

Dans la nuit du 5 au 6 mai 1942, Bataan nettoyé, les Japonais donnent le coup de grâce. Ils débarquent de Punta Nord (North Point).


A l'aube, les Japonais investissent le tunnel Malinta. Les infirmières et les 3,200 blessés et maladades americains et philippins qui s'y entassent sont impitoyablement massacrés.

Incapable de poursuivre la lutte plus longtemps, Wainwright envoie des émissaires aux Japonais pour discuter d'une reddition locale. Mais le général Masaharu Homma exige une capitulation totale et inconditionnelle de toute les forces américano-philippines encore présentes dans les Philippines. A 20h15, après toute une journée de négociations, Wainwright accepte les exigences japonaises.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1942, la mort dans l'âme, il signe la capitulation inconditionnelle de toutes les forces americano-philippines dans l'archipel.

Photo ci-dessous: prisonniers américano-philippins devant l'entrée du Tunnel Malinta, sur Corregidor.


La conquête de l'île forteresse a coûté 800 tués et 1,000 blessés aux Américano-Philippins. 5,000 tués et 3,000 blessés aux Japonais.

Les Japonais capturent 11,000 Américains et 4,000 Philippins à bout de force et incapables de combattre, qui s'entassaient littéralement sur l'île. C'est ensuite la répétition de "la marche de la Mort" de Bataan du mois d'avril. 5,600 d'entre-eux mourront les jours suivants durant une marche forcée jusqu'à la gare de San Fernando, d'épuisement ou exécutés.

Ce 6 mai 1942, sur l'île de Mindanao, après une intense préparation d'artillerie, les Japonais donnent l'assaut final aux défenseurs americano-philippins à bout de force.

Sur les autres îles de l'archipel, les Japonais ne sont pas restés inactifs. Ils ont éliminé les garnisons alliées et conquis les îles de Mindoro, Cebu, Panay et Samar.

Les Japonais enregistrent au total, pour toute la campagne de Luzon, 12,000 tués et blessés.

Les Alliés ont perdu 30,000 Américains et 110,000 Philippins, dont 95,000 prisonniers. Les trois quarts de ces prisonniers mourront en captivité. Les défenseurs de Bataan et de Corregidor ont résisté pendant cinq mois, mais les Japonais sont les maîtres absolus des Philippines.

Le 9 mai 1942, sur Mindanao, les Japonais emportent Dalrig et éliminent les derniers foyers de résistance americano-philippine de l'île. Sa conquête est définitivement achevée.

Le lendemain, le général américain William Sharp, commandant des forces americano-philippines dans les îles centrales, donne l'ordre à ses troupes de cesser le combat, définitivement.

Pendant un mois, de petits groupes isolés continueront encore à résister dans les îles Philippines du Sud. Le dernier de ces groupes déposera finalement les armes le 9 juin 1942.

Sur Mindanao, des Américano-Philippins choisissent d'organiser la guérilla et se retirent dans les montagnes à l'interieur de l'île. Commandés par le colonel américain Wendell Fertig, ils vont empoisonner la vie des Japonais pendant deux ans et demi.

La campagne des Philippines demeure, dans l'histoire des Etats-Unis, excepté pendant la guerre civile, le seul cas d'une reddition en masse de toute une armée en campagne.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


Bataille du Pacifique - 1ère Partie: "Banzai!" (1941-1942).

7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













Article modifié le 10 février 2015.


Sources principales.

Battle of the Philippines (Wikipedia.org)
Philippine Islands 1941-1942 (US Army Center of Military History)
Battle of Bataan (Wikipedia.org)
Japanese occupation of The Philippines (Wikipedia.org)