19-26 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: "Nuts!", le siège de Bastogne

Le 19 décembre 1944, Bastogne est menacée au nord et au sud par deux divisions panzers et une division de volksgrenadiers de la 5ème Panzerarmee. La ville, qui représente le plus important noeud de communication des Ardennes, est défendue par des unités des 28ème Division d'infanterie et 9ème Division blindée, un Combat Command de la 10ème Division blindée, détâchée du front de la Sarre, et la 101ème Division aéroportée, arrivée directement de Mourmelon par camions. Le 22 décembre, les Allemands présentent à la garnison encerclée une demande de reddition. La réponse du commandant américain, le brigadier-général Anthony McAuliffe, le fait entrer dans la légende: "Nuts!" Le 26 décembre, une avant-garde de la 4ème Division blindée de la 3ème Armée américaine du lieutenant-général George Patton, venue secourir les assiégés, brise l'encerclement allemand.



Avance allemande vers Bastogne (17-19 décembre 1944).

Le 17 décembre 1944, dans le secteur de la 5ème Panzerarmee, après avoir traversé l'Our en force la veille (1), l'avance des LVIII et XLVII Panzerkorps vers l'ouest se poursuit, bien que moins rapide que prévue suivant les prévisions allemandes. Les positions défensives de la 28ème Division d'infanterie et du CCR de la 9ème Division blindée succombent les unes après les autres.

Sur la Skyline Drive ("Route des Crêtes"), la 2ème Division panzer du XLVII Panzerkorps liquide les poches de résistance du 110ème Régiment d'infanterie du colonel Hurley Fuller à Marnach, puis se dirige vers Clervaux et Munshausen, sur la Clerve. La 28ème Division de volksgrenadiers fait de même à Hosingen et Bockholz, avant de se diriger vers Drauffelt.

Photo ci-dessous: les soldats allemands s'enfoncent dans les forets ardennaises les 16 et 17 décembre 1944.


Le 18 décembre 1944, la 28ème Division d'infanterie retarde par tous les moyens l'avance des deux panzerkorps de von Manteuffel vers l'ouest. Ce sont le sacrifice et les actions retardatrices de cette division qui permettent, dans la soirée, l'arrivée des parachutistes de la 101ème Division et du CCB de la 10ème Division blindée. L'arrivée de ces renforts va finalement sauver in-extremis les Américains du désastre.

Après de sanglants combats sur la Skyline Drive, trois divisions allemandes, les 2ème Division panzer et Division panzers, ainsi que la 26ème Division de volksgrenadiers, détruisent le 110ème Régiment commandé par le colonel Hurley Fuller, à Clervaux, Hosingen, Bockholz, Holzthum, Munshausen, Hoscheid et Consthum. Les Allemands traversent la Clerve à Drauffelt et Clervaux, direction plein ouest vers leur prochain objectif: Bastogne.


La 2ème Division panzer sur l'axe Clervaux-Donnange-Lullange-Bourcy-Noville. La Panzerlehr et la 26ème Division de volksgrenadiers sur l'axe Drauffelt-Eschweiler-Niederwampach-Longvilly-Mageret-Bizory.

Les réserves du SHAEF, placés en état d'alerte, commence à arriver sur zone. D'abord le Combat Command B de la 10ème Division blindée et le 705ème Bataillon de Tank-Destroyers, cédés par la 3ème Armée de George Patton et transférés des secteurs de Metz et de la Moselle, en France. Le XVIII Corps aéroporté du général Matthew B. Ridgeway, venant de Mourmelon et après avoir roulé en camions pendant trente-six heures sur plus de 500km, arrive également dans les Ardennes. Pendant que la 82ème Division aéroportée poursuit sa route vers l'Amblève et la Salm pour affronter le Kampfgruppe Peiper (2), dans la soirée du 18 décembre, les premiers éléments de la 101ème Division font une entrée discrète dans Bastogne, désormais menacé d'encerclement par l'avancée des XLVII et LVIII Panzerkorps, et se joignent au CCB de la 10ème Division blindée, tout juste arrivée de la Sarre, en France.

Photo: char M36 du 705ème Bataillon de Tank-Destroyers, détaché de la 3ème Armée américaine, fait route depuis Metz, en France, vers Bastogne. 17 décembre 1944.


En l'absence de Maxwell Taylor, parti en permission aux Etats-Unis, c'est le commandant de l'artillerie divisionnaire de la 101ème Division aéroportée, le brigadier-général Anthony C. "Terry" McAuliffe, qui assume le commandement général de Bastogne.

Le 19 décembre 1944, à 9h, MacAuliffe place le 501ème Régiment de parachutistes à Mageret et Longvilly, à l'est de Bastogne, le 506ème Régiment de parachutistes à Noville et Foy, au nord-nord-est, le 502ème Régiment de parachutistes à Recogne et Longchamp, au nord-ouest, et enfin le 327ème Régiment d'infanterie planée au sud et à l'ouest de Bastogne.


(1) Blogosphère Mara, 16 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: assaut initial allemand

(2) Blogosphère Mara, 18-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: guerre contre le Kampfgruppe Peiper



Conférence alliée de Verdun (19 décembre 1944).

Ce même jour, se réunissent le général Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces expéditionnaires alliées en Europe (SHAEF), le général George Marshall, Chef d'Etat-Major de l'Armée de terre américaine, le lieutenant-général Omar Bradley, commandant du XIIème Groupe d'Armées alliées, le lieutenant-général Georges Patton de la 3ème Armée, le maréchal de l'air anglais Arthur Tedder, du 2nd Allied Tactical Air Command, et le lieutenant-général Jacob Devers, du VIème Groupe d'armées alliées, au GQG de ce dernier à Verdun.

Eisenhower demande à Devers de suspendre les offensives de la 7ème Armée américaine en Alsace, de la 1ère Armée française contre la poche de Colmar, de redéfinir les zones des deux armées, afin de combler le vide laisser par la 3ème Armée américaine de Patton, déplacée dans le Luxembourg pour assurer la défense du flanc sud du saillant. C'est à ce dernier de déplacer dans le Grand-Duché de Luxembourg ses forces et ce, dans les temps les plus brefs possibles. Patton promet qu'il peut le faire en trente-six heures, et lancer sa contre-attaque au sud du saillant allemand, avec trois divisions, dont la 4ème Division blindée, le 21 décembre au matin. Les généraux alliés croient d'abord qu'il plaisante. Finalement, Eisenhower lui demande d'attendre le 22 ou même le 23 décembre pour être sûr d'attaquer de manière énergique avec les trois divisions complètes.

Photo ci-dessous: présents à la Conférence alliée de Verdun, le 19 décembre, de gauche à droite, George C. Marshall, Dwight D. Eisenhower et Omar N. Bradley.

Allied Conference Verdun 19 dec 1944

Dans l'esprit des stratèges alliés, c'est un pari insensé: faire pivoter de 90 degrés l'axe d'attaque de tout un corps d'armé de 100,000 hommes, et le déplacer, au contact de l'ennemi, sur une distance de plus de 200km de la Sarre au Grand-Duché de Luxembourg, est pratiquement impossible, humainement et logistiquement, en plein hiver, par des routes peu praticables. Pourtant, Patton "Le Fonceur" va réussir cet incroyable exploit, encore inégalé dans l'histoire militaire moderne.

Par ailleurs, Bradley ordonne au VII Corps de la 1ère Armée américaine de se préparer à être redéployer du secteur de la Roer et de la forêt de Hurtgen, en Allemagne, vers le secteur Grandménil-Hotton-Marche-Dinant, sur le flanc nord du saillant allemand, entre le XVIII Corps aéroporté américain et le XXX Corps britannique.

Au cours de cette réunion, il est donc pris plusieurs importantes décisions:
  1. Transfert du XXX Corps de la Hollande vers la Meuse, dans le secteur Givet-Dinant-Huy.
  2. Suspension de l'offensive de la 1ère Armée française contre la poche de Colmar, et extension du front tenu par le VIème Groupe d'armées, de manière à combler le vide laissé par le départ de la 3ème Armée dans la Sarre et en Alsace-Lorraine.
  3. Suspension de l'offensive du VII Corps dans la région de la Roer et de la Foret de Hurtgen, et déplacement de celui-ci sur le front nord du saillant, dans la zone Grandménil-Hotton-Marche-Dinant. Il viendra s'intercaler entre le XVIII Corps aéroportée américain et le XXX Corps britannique.
  4. Le front nord du saillant allemand des Ardennes, qui englobe la 9ème Armée américaine et les V Corps, XVIII Corps aéroporté et VII Corps de la 1ère Armée américaine, est désormais placé sous le commandement de Bernard L. Montgomery (XXIème Groupe d'armées alliées).
  5. Le VIII Corps, la garnison de Bastogne et le secteur sud du saillant allemand passent sous l'autorité de la 3ème Armée américaine (XIIème Groupe d'armées alliées).
A cette date, le nombre d'Américains présents dans les Ardennes s'élève déjà à 180,000 hommes, soit environ le triple de l'effectif au début de l'offensive allemande, deux jours et demi plus tôt. Et Patton se prépare à faire pivoter tout le III Corps d'armée, représentant un effectif d'environ 110,000 hommes, de 90 degrés et de le déplacer sur environ 200 kilomètres, de la Sarre jusqu'au Grand-Duché de Luxembourg.


Siège de Bastogne: le "Nuts!" de McAuliffe (19-22 décembre 1944).

Le 19 décembre 1944, entre Bastogne et la 5ème Panzerarmee de von Manteuffel, ne restent plus désormais que le CCR de la 9ème Division blindée, commandé par le colonel Joseph Gilbreth, et les débris de la 28ème Division d'infanterie.

Le commandant du VIII Corps, Troy Middleton, ordonne à Gilbreth de retarder par tous les moyens possibles l'avance de von Manteuffel. Gilbreth établit deux barrages routiers aux carrefours de Feitsch et de Antoniushaff, sur la nationale N-12, entre Longvilly et Trois-Vierges.

A Antoniushaff, la Task Force du capitaine Laurence Rose, composée de la compagnie C du 2ème Bataillon de chars, d'une compagnie du 52ème Bataillon d'infanterie blindé et d'une section du génie blindé. A Feitsch, la Task Force du lieutenant-colonel Ralph Harper, composée de la compagnie B du 2ème Bataillon de chars et d'une seconde compagnie du 52ème Bataillon d'infanterie blindée.

La Task Force Rose (TF-Rose) est la première à succomber aux assauts de la 2ème Division panzer. Ses débris se replient vers Houffalize. La Task Force Harper (TF-Harper) est décimée par la même division et se replie sur Longvilly.

La 2ème Division panzer prend ensuite la route de Bourcy et de Noville, où elle anéantit la Task Force du lieutenant-colonel William Desobry, du CCB de la 10ème Division blindée.

A Longvilly, les débris du CCR de la 9ème Division blindée et la Task Force commandée par le lieutenant-colonel Henry Cherry (TF-Cherry), du CCB de la 10ème Division blindée, succombent sous les assauts de la Division Panzer Lehr. Celle-ci, commandée par le général Fritz Bayerlein, prend ensuite la direction de Mageret.


Sûr des "informations" données par des civils belges, Bayerlein prend ensuite un petit chemin boueux vers Neffe. Et là, trompé par un paysan qui lui donne de faux renseignements sur des forces américaines imaginaires qui viennent de traverser Mageret, s'estimant dans une position vulnérable sur un chemin difficilement praticable pour ses blindés, et craignant d'avoir affaire à des forces ennemies sur ses arrières, au lieu de poursuivre vers l'ouest et Bastogne, il décide de retarder de plusieurs heures sa progression vers l'ouest.

Ce sont les sacrifices de la 28ème Division d'infanterie et des Task Force Harper, Desobry, Cherry et Rose, ainsi que probablement l'information donnée à Bayerlin par le fermier belge, dont on n'a jamais connu l'identité, qui ont certainement sauvé la ville, en accordant aux Américains le temps de se ressaisir et d'organiser des défenses plus efficace, et permit à la 101ème Division aéroportée d'arriver. Ceux-ci ont donc remporté "la course pour Bastogne" in-extremis. En gagnant cette course, ils forcent von Manteuffel à faire un choix critique: Bastogne ou la Meuse?

Selon l'horaire de l'offensive programmé initialement, en ce quatrième jour (Jour J+3), les divisions de von Manteuffel devraient déjà avoir atteint le fleuve.

Dans la soirée, le XXX Corps du général Brian Horrocks, venant des Pays-Bas, arrive sur la ligne Hasselt-Louvain, et lance des patrouilles avancées sur les rives gauches de la Sambre et la Meuse.

A la limite entre la 5ème Panzerarmee et la 7ème Armée allemande, la 26ème Division panzergrenadiers (XLVII Panzerkorps) et la 5ème Division de parachutistes (LXXXV Korps) convergent vers Wiltz et attaquent les défenses tenues par les restes du 3ème Bataillon du 110ème Régiment d'infanterie, quelques Sherman du 707ème Bataillon de chars, le 687ème Bataillon d'artillerie de campagne et le 44ème Bataillon du génie de combat.

Les survivants américains doivent se replier sur la route Ettelbrück-Bastogne, à cinq kilomètres à l'ouest de Wiltz, sur un carrefour appelé Café Schumann.

Le 21 décembre 1944, sur ordre d'Hasso von Manteuffel, la 2ème Division panzer et la Panzer Lehr contournent Bastogne et repartent vers l'ouest et la Meuse. La première par le nord sur le trajet Berthogne, Salle, Ourtheville, la seconde par le sud sur l'axe Wardin, Assenois, Sibret, Tillet.

Avant de repartir, la 2ème Division panzer, épaulée par la 26ème Division de Volksgrenadiers, expulse le 506ème Régiment de parachutistes de Foy, et les "Screaming Eagles" du colonel Robert Sink se replient dans le Bois Jacques, à la lisière sud du village.


Le Kampgruppe Kunkel de la 26ème Division de Volksgrenadiers (VGD) chasse la Task Force du lieutenant-colonel Barry D. Browne (TF-Browne) du CCB de la 10ème Division blindée de Sibret, puis avance vers Senonchamps. Mais là, les allemands sont repoussés par la Task Force Browne.

La 26ème VGD et le 78ème Régiment de volkgrenadiers de la Panzer Lehr attaquent également Bizory et en a chasse le 1er Bataillon du 501ème Régiment de parachutistes, commandé par le major Raymond V. Bottomly, Jr.

Forces américaines présentes dans la poche de Bastogne (History.army.mil)

Bastogne: the first eight days (History.army.mil)

La Panzer Lehr s'empare de Wardin, y détruit la compagnie B du 54ème Bataillon d'infanterie blindée (10ème Division blindée) du lieutenant John D. Devereaux et la compagnie I du 501ème Régiment de parachutistes (101ème Division aéroportée) du capitaine Claude J. Wallace. Puis c'est le tour de Marvie, défendu par le 2ème Bataillon du 327ème Régiment d'infanterie plané.



Les escadrons de reconnaissance de la 2ème Division panzer et de la Division Panzer Lehr poursuivent leur progression vers Dinant et Givet, sur la Meuse, où attend maintenant le XXX Corps. N'ayant plus aucune force alliée devant eux, ces deux divisions allemandes parcoureront ainsi plus de soixante kilomètres en deux jours.

Le LVIII Panzerkorps et le reste du XLVII Panzerkorps sont désormais chargés du siège de Bastogne. La 101ème Division aéroportée et le CCB de la 10ème Division blindée affrontent maintenant cinq divisions allemandes, dont la 9ème Division panzers.

Le 22 décembre 1944, vers midi, quatre parlementaires allemands, un major, un lieutenant et deux soldats d'accompagnement, se présentent avec un drapeau blanc devant les lignes de la compagnie F du 327ème Régiment d'infanterie planée, sur la route venant d'Arlon, au sud de Bastogne. Les deux officiers sont conduits les yeux bandés à la caserne pompiers de Bastogne, où est installé le QG du brigadier-général Anthony "Terry" MacAuliffe, chef de l'artillerie divisionnaire, qui assure le commandement intérimaire de la 101ème Division aéroportée. Le lieutenant allemand tend au colonel Ned Moore, le chef d'état-major de McAuliffe, une demande écrite:

"Au commandant américain de la garnison de Bastogne" exigeant une reddition sans condition. "En cas de refus, l'artillerie allemande était prête à éliminer les troupes USA à Bastogne et aux alentours".

"Les pertes civiles considérables qui en résulterait, concluait le texte, ne correspondrait pas aux sentiments d'humanité américain bien connu."

"Qu'est-ce qu'on y dit, Ned?" demande McAuliffe.

"Ils veulent que vous vous rendiez, mon général" répond Moore.

MacAuliffe ne peut alors s'empêcher de s'exclamer: "Ah Nuts!" (3)

Prenant la feuille et demandant conseil à son état-major sur la formulation de sa réponse écrite, le chef du G-3 (service de renseignement) de MacAuliffe, le lieutenant-colonel Harry W. Kinnard, lui répond:

"Mon général, il me semble que votre première réponse était la meilleure."

"Qu'est-ce que c'était?".

"Vous avez dit: Nuts!"

MacAuliffe écrit alors au verso de la feuille sa réponse:

"22 décembre 1944 - Au commandant allemand: Nuts! Du commandant américain."

Le colonel Joseph H. Harper, commandant le 327ème Régiment d'infanterie planée, présent lors de cette entretien, reconduit les deux Allemands dans les lignes de la compagnie F.

Arrivé là, le major allemand s'interroge sur la signification de la réponse de McAuliffe: "Was is Nuts?? Affirmativ oder negativ??"

Le lieutenant allemand Hellmuth Henke, traduisant la question de son supérieur, demande à Harper:

"Je parle anglais, mais je ne connais pas la signification de ce mot "Nuts!"

Harper lui répond: "C'est même foutrement négatif! Cela veut dire: Allez au diable! Si vous continuez cette attaque stupide, nous tuerons chaque maudit Allemand qui tentera de pénétrer dans cette ville."

Les Allemands n'ont probablement pas compris tous les mots de Harper, mais ont parfaitement compris le sens général du message. Ils se mettent au garde-à-vous et saluent Harper. "Nous tuerons aussi beaucoup d'Américains", répond Henke, "C'est la guerre." C'est ainsi que la réponse d'Anthony MacAuliffe entre dans la légende. Cette demande de reddition a été l'oeuvre du général Heinrich von Luttwiz, commandant du XLVII Panzerkorps, qui l'a envoyé s'en en avoir au préalable consulter son supérieur direct.

Quand Hasso von Manteuffel l'apprend, il devient furieux, car, manifestement, "il n'a pas l'artillerie nécessaire pour matérialiser la menace." Pour que l'absence de représailles ne ridiculise pas le commandement allemand, il demandera à la Luftwaffe d'effectuer un bombardement aérien massif de Bastogne.

Photo ci-dessous: un Foxhole ("Trou de fantassins") de la 101ème Division sur une route de Bastogne.



(3) "Nuts!" Littéralement: "Des noix!". Dans l'argot américain: "Des clous!", "Flûte!", "Merde!", "Allez au diable!", "Allez vous faire f***!"


Verouillage de la charnière sud (17-20 décembre 1944).

A l'extrêmité sud du saillant allemand, dans la région d'Echternach, après avoir progresser le premier jour de six kilomètres dans le dispositif de la 4ème Division d'infanterie et du CCA de la 9ème Division blindée, toute progression de la 7ème Armée allemande est maintenant définitivement stoppée.

Le 17 décembre 1944, la 5ème Division de parachutistes allemands du LXXXV Korps a traversé l'Our et percé le front du 109ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie à Vianden, sur la Skyline Drive, et pris la direction de Wiltz, où est établit le QG de la division américaine, profitant de l'avance de la Division Panzer Lehr sur son flanc droit, à la limite entre les armées de von Manteuffel et Brandenberger.


La 352ème Division de volkgrenadiers perce celui de la 9ème Division blindée à Fourhen, et pris Bettendorf et Diekirch, sur la Sûre. Sur le flanc sud du LXXXL Korps, le LXXX Korps avait pris Echternach le premier jour et progressé de par et d'autre de l'Ernz Noire jusqu'à Müllerthal.

Cependant, après avoir détruit deux bataillons américains à Berdorf et à Osweiler-Dickweiler, progressé de 5km, la 212ème Division de volkgrenadiers se retrouve désormais bloqué devant Consdorf et Scheidgen par le 12ème Régiment d'infanterie.

La 276ème Division de Volkgrenadiers, de son côté, se heurte aux défenses du CCA de la 9ème Division blindée à Waldbillig, Savelborn et Ermsdorf.

Le 18 décembre 1944, le commandant de la 4ème Division d'infanterie, le major-général Raymond Barton, reçoit en renfort le CCA de la 10ème Division blindée, détourné de Bastogne.

Le 19 décembre 1944, avec l'aide de son régiment le plus méridional, le 22ème, Barton lança quelques contre-attaques locales pour dégager de petites unités encerclées et renforça, à l'aide du CCA de la 10ème Division blindée, les défenses du 12ème Régiment.

Le 20 décembre 1944, la "charnière sud" (Southern Shoulder) est désormais totalement et définitivement verouillée. Par ailleurs, en Sarre, George Patton commence à faire déplacer son armée vers le Grand-Duché de Luxembourg. Les unités survivantes du VIII Corps passent sous son autorité. Il assure désormais le commandement du front sud du saillant allemand des Ardennes. Par ailleurs, il reçoit le commandement des unités britanniques dans la région de Beauraing (29ème Brigade blindée).

Après la réunion au sommet des chefs militaires alliés la veille, profond remianement de la chaine de commandement alliée. Le maréchal britannique Bernard Montgomery, le commandant du 21ème Groupe d'armées, se voit confier les forces américaines au nord du saillant allemand des Ardennes, soit les 1ère et 9ème Armées américaines.


Contre-attaque de Patton et levée du siège de Bastogne (23-26 décembre 1944).

Le 22 décembre 1944, au sud du saillant allemand des Ardennes, les III et XII Corps de la 3ème Armée américaine du lieutenant-général George Patton commencent à arriver dans le Grand-Duché de Luxembourg et à Arlon en Belgique, après avoir parcouru plus de 150km en moins de trois jours, comme il l'avait promis.

A Luxembourg-Ville, à la Villa Louvigny, Patton rédige une prière de Noel mémorable et ordonne à son aumônier de la lire pendant l'office religieuse:

"Seigneur, c'est Patton qui vous parle. Les quatorze derniers jours ont été terribles. Pluie, neige, encore de la pluie, encore de la neige... et je commence à me demander ce qui ne va pas à votre quartier général. De quel côté êtes-vous en fait?

[...]
"Donnez-moi quatre jours clairs et ainsi mes avions pourront voler, ainsi mes chasseurs-bombardiers pourront les bombarder, et leur donner une bonne correction, ainsi mes avions d'observation pourront indiquer les objectifs à ma splendide artillerie.

"Donnez-moi quatre jours de soleil pour sécher cette fichue boue, ainsi mes tanks pourront rouler, ainsi les munitions et les rations pourront arriver à mes fantassins affamés et mal équipés.

"J'ai besoin de ces quatre jours pour envoyer von Rundstedt et son armée de mécréants vers leur valhalla.

"Je suis malade de cette boucherie inutile de jeunes Américains, et en échange de ces quatre jours de temps propice au combat, je vous fournirai suffisamment de boches pour tenir vos comptables occupés pendant des mois à leur travail.

"Ainsi soit-il."


Son attaque pour dégager Bastogne est fixée au lendemain à l'aube. Les 4ème et 6ème Divisions blindées des majors-généraux Hugh Gaffey et Robert Grow sont désignées comme fer de lance.

Au centre du saillant allemand, dans le secteur de la 5ème Panzerarmee de Hasso-Eckard von Manteuffel, les avant-gardes de la 2ème Division panzer atteignent Bure et Celles, à 3km de Dinant, sur la Meuse, où attend le XXX Corps britannique. Saint-Hubert, Rochefort puis Ciergnon sont occupés par la Panzer Lehr, sur la route Dinant-Bastogne.

Les deux divisions allemandes sont à bout de souffle et à court de carburant, après avoir parcouru plus de 60 kilomètres en deux jours. Ce sera le point culminant de l'avancée allemande dans les Ardennes belges. On en est à J+7 et la Meuse, qui devait être franchit au plus tard à J+3 (19 décembre), ne sera jamais atteinte.

Dans Bastogne encerclé, le calvaire des Aigles Hurlants se poursuit. Le périmètre défensif américain se réduit inexorablement. Il semble Cependant que la prière de George Patton de la veille ait été entendue. Cette journée du 23 décembre voit une amélioration sensible des conditions météorologiques.

L'aviation américaine profite enfin de l'occasion pour effectuer de très nombreuses sorties de bombardement ou de ravitaillement: à partir de 9h30, 260 C-47 Skytrain du IX Troop Carrier Command de la 9ème US Air Force larguent 334 tonnes de ravitaillement aux assiégés.


Les quatre jours suivants, 947 C-47 Dakota largueront 850 tonnes de ravitaillement supplémentaires. Pour les parachutistes de la 101ème Division aéroportée, à court de munitions et de fournitures médiacales, se fut véritablement un "miracle" de Noel.

Sur le périmètre défensif américain, le Kampgruppe Kunkel de la 26ème Division de volkgrenadiers renouvellent sans succès ses attaques contre la Task Force Brown à Senonchamps, à l'ouest de Bastogne.

Comme prévu, la 3ème Armée américaine entame son attaque en vue de briser l'encerclement de Bastogne.

Dans la zone d'opération du XII Corps, la 5ème Division d'infanterie du général Stafford Irwin attaque la 276ème Division de volkgrenadiers des deux côtés de l'Ernz Noire. Les trois jours suivants, elle reprendra la plupart des villages que la 4ème Division d'infanterie avait cédé au début de l'offensive allemande: Müllarthal, Lauterborn, Berdorf, Waldbillig et Beaufort.

Le III Corps attaque sur un front de trente-huit kilomètres, de Neuchâteau à Ettelbrück. La 4ème Division blindée du général Hugh Gaffey se voie assigner la mission capitale: "foncer comme des diables" jusqu'à Bastogne. Elle attaque sur trois axe, avec ses trois Combat Command.
  • Le CCA à partir d'Arlon, en deux colonnes, la première sur la route Arlon-Bastogne, la seconde sur des routes secondaires, plus à l'ouest. Objectif: traverser la Sûre, sur l'axe Arlon-Mertalange-Warnach-Lutrebois.
  • Le CCB à partir de Habay-La-Neuve, Objectifs: Habay, Burnon, Chaumont et Hompré.
  • Le CCR à partir de Neufchâteau, sur la route Neufchateau-Bastogne. Objectifs: Vaux-les-Rosières, Remoiville, Remichampagne, Clochimont et Assenois.
Dans la soirée, le CCA s'approche de Martelange, sur la Sûre, défendu par une compagnie de la 5ème Division de parachutistes allemande. Au même moment, le CCB atteint Burnon, défendu par une autre compagnie de cette même division allemande, à 12km de Bastogne. Les 26ème et 80ème Divisions d'infanterie sont chargées de nettoyer le terrain entre la route Arlon-Bastogne et l'Alzette.

Les deux divisions américaines donnent l'assaut aux positions avancées du LXXXV Korps allemand, avec pour mission de couper la route Bastogne-Ettelbrück. La 26ème Division à partir d'Eschdorf et de Heinerscheid. La 80ème Division à partir d'Ettelbrück. Un régiment de cette division réussit à s'emparer d'un pont sur la Sûre.

Le 24 décembre, le CCA de la 4ème Division blindée poursuit sa progression et atteint Chaumont en fin de journée. Le CCR atteint Clochimont.

L'aviation américaine peut désormais intervenir massivement. Des P-38 Lightning et P-47 Thunderbolt équipés de roquettes attaquent maintenant systématiquement toutes les colonnes de véhicules et de blindés ennemis qu'ils découvrent. Les C-47 du IX Troop Carrier Command larguent la veille de Noel 160 tonnes de ravitaillement aux défenseurs.

La Luftwaffe profite elle-aussi de cette amélioration des conditions météorologiques pour intervenir. A partir de 20h30, des Junkers Ju-88 larguent 12 tonnes de bombes sur Bastogne. De nombreux civils belges sont tués.

Le 25 décembre 1944, le jour de Noel, Bastogne subit le plus terrible pilonnage d'artillerie du siège. Triste Noel pour les assiégés et les civils.

Au nord-ouest, à Longchamps, sur la route Bastogne-Bertogne, la 15ème Division de panzergrenadiers attaque les positions du 502ème Régiment de parachutistes de la 101ème Division aéroportée. Les parachutistes du lieutenant-colonel Robert Cole doivent se replier sur Hemroulle, à 2km du centre de Bastogne.

Les combats au corps-à-corps de Longchamps et d'Hemroulle seront les plus acharnés de la bataille des Ardennes. Le 502ème Régiment de parachutistes y perd 60% de ces effectifs.

Ci-dessous: Armée Patton envoyée au secours des "Battered Bastards of Bastogne", le 26 décembre 1944


Le 26 décembre 1944, à l'aube, le CCR du colonel Wendell Blanchard, composé du 37ème Bataillon de chars du lieutenant-colonel Creighton C. Abrams et du 53ème Bataillon d'infanterie blindé du lieutenant-colonel George Jacques, aidé par l'appui aérien des P-47 Thunderbolt du 362nd Fighter Group, s'empare du village de Remichampagne et font ensuite mouvement vers Clochimont et Assenois.

A 16h15, la Task Force du capitaine William Dwight, composé avec la compagnie C du 37ème Bataillon de chars et la compagnie C du 53ème Bataillon d'infanterie blindé, signale par radio à Jacques et Blanchard qu'il pénètre dans Assenois.

S'ensuit des combat au corps à corps avec une centaines de soldats allemands qui surgissent des maisons, un mélange de parachutistes et de volkgrenadiers. Les six chars Sherman de tête de la TF Dwight, commandés par le lieutenant Charles Boggess, traverse Assenois, pénètre dans le bois au nord et en sort une centaine de mètres plus loin, à un endroit où le chemin de campagne croise la route, tombant sur un fortin allemand.

Boggess remarque alors, tout près, des troupes américaines s'apprêtant à donner l'assaut au fortin. Les troupes en question, en apercevant l'apparition des chars, se jettent dans les fossées pour se protéger. Il sort la tête de la tourelle de son char et leur crie: "Relevez-vous! Venez! C'est la 4ème Blindée!"


Les fantassins américains, en fait des sapeurs du 326ème Bataillon du génie aéroporté commandés par le second lieutenant Duane J. Webster, sont d'abord éberlués et n'en croient pas leurs yeux, puis s'avancent vers les chars, et Boggess se penche sur la tourelle pour leur serrer la main. Il est exactement 16h50, en ce 26 décembre 1944: les six chars de Boggess viennent de briser l'encerclement de Bastogne.

A cette date, le siège de Bastogne a couté aux Américains la disparition complète du CCR de la 9ème division blindée, 503 tués au CCB de la 10ème Division blindée, 1,400 à la 4ème Division blindée, 1,641 à la 101ème Division aéroportée.

Photo ci-dessous: des chars de la 4ème Division blindée défendent le périmètre défensif de Bastogne, le 31 décembre 1944.


Mais comme les "Batards Battus de Bastogne" l'apprendront sans tarder, la fin du siège ne signifie pas la fin des combats. Bastogne n'est plus "un trou au milieu du beignet" mais "un ballon au bout d'une ficelle", avec la ficelle extrêmement mince et très vulnérable.


Dans les jours à venir, les Aigles Hurlants doivent encore affronter leur épreuve la plus dure, car l'échec allemand devant cette ville et des évenements ayant lieu ailleurs en Ardenne convainquent finalement Adolf Hitler de modifier l'objectif de son offensive. Dans le cadre de ce nouveau plan, pour les Allemands, s'emparer de Bastogne devient plus important que jamais. Ceux-ci se jettent désormais dans la bataille avec toutes les forces disponibles qui leur restent.

Photo ci-dessous: Mémorial du Mardasson, à Bastogne, avec l'inscription en latin sur la pierre: "LIBERATORIBVS AMERICANIS POPVLVS BELGICVS MEMOR IV.VII.MCMXLVI." (le Peuple Belge n'oubliera jamais ses libérateurs américains 4 juillet 1946).





Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 25 mai 2016.


Sources principales:
Siege of Bastogne (Wikipedia.org)
Noel 44 - La bataille d'Ardennes, Charles B. MacDonald. Edition Luc Pire, 2004 - ISBN: 2-87415-468-7
Battle of the Bulge (US Army Center of Military History)
Bastogne: The First Eight Days (US Army Center of Military History)
Band of Brothers, de Stephen Ambrose. (Amazon.fr)

17-23 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: défense et chute de Saint-Vith

Saint-Vith représente, avec Bastogne, un des deux grands noeuds routiers des Ardennes. Située à la limite des 6ème et 5ème Panzerarmees, la ville est défendue par la 7ème Division blindée du major-général Robert Hasbrouck, ainsi que par un Combat Command de la 9ème Division blindée, et les restes des 28ème et 106ème Divisions d'infanterie. Ces diverses unités hétéroclites sont placées sous le commandement unique du brigadier-général Bruce C. Clarke. Les GIs résistent avec succès jusqu'au 21 décembre 1944. Deux jours plus tard, leurs positions devenues intenables et menacés de débordement sur les deux côtés, ils reçoivent l'ordre d'abandonner la ville et de se retirer vers la Salm. Selon le planning établit par les Allemands, Saint-Vith devait tomber dans la soirée du 17 décembre. Les défenseurs ont tenu bon pendant six jours.



Anéantissement de la 106ème Division d'infanterie (17-19 décembre 1944).

A 6h30, le matin du samedi 16 décembre 1944, le barrage de l'artillerie allemande surprend complètement et désorganise les positions de la 106ème Division d'infanterie américaine, qui vient juste d'arriver (10 décembre) de Normandie et qui n'a encore aucune expérience du combat, sur le plateau du Schnee Eifel. Au nord de cette division, dans la trouée de Losheim, la destruction du 14ème Groupe de cavalerie par la 18ème Division de Volksgrenadiers (VGD) et la 1ère Division de panzer-SS, à la jonction des V et VIII Corps américains, créé une première brêche dans le dispositif américain, d'une dizaine de kilomètres de large entre Manderfeld et Auw. Les Allemands déferlent maintenant sans rencontrer d'opposition sur Schoenberg. Au sud de la 106ème Division, dans le secteur du LXVI Korps de la 5ème Panzerarmee, d'autres éléments de la 18ème VGD atteignent Bleiaf et convergent également vers Schoenberg.

Les Panzers-SS profitent des stocks de ravitaillement (en particulier du carburant) et du matériel américains, le 17 décembre 1944 à Honsfeld.


Le 17 décembre 1944, dans la zone d'opération du LXVI Korps allemands, la 18ème VGD de la 5ème Panzerarmee et la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH effectuent leur jonction à Schoenberg. Les 422ème et 423ème Régiments, commandés par les colonels Georges Descheneaux et Charles Cavender, ainsi que plusieurs autres unités de soutien de la 106ème Division d'infanterie, se retrouvent maintenant totalement encerclés sur les hauteurs du Schnee Eifel.

Au sud, l'effondrement de l'aile gauche du 424ème Régiment du colonel Alexander Reid, débordé par la 62ème VGD, laisse désormais un "trou" où les unités du général Walter Lucht (LXVI Korps) s'engouffrent. Direction Saint-Vith! Dans la soirée, la 18ème VGD est déjà à Wallenrode, la 62ème VGD à Steinebrück.


Au nord, dans la zone d'opération du 1er Panzerkorps-SS, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH, qui s'est engouffrée dans la Trouée de Losheim après la destruction du 14ème Groupe de cavalerie, prend Amblève, Ligneuville et Bom, se dirigeant maintenant vers Recht et Poteau.

Photo ci-dessous: des Panzers-SS de la Leibstandarte AH profitent d'un moment de détente à Poteau, devant un M-8 américain abandonné, le 19 décembre 1944.


Le 18 décembre 1944 à 2h du matin, le 2ème Régiment de panzers-SS de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hilter s'empare de Recht, défendu par le CCA de la 7ème Division blindée. Les Américains se replient sur Poteau. Les deux régiments d'infanterie encerclés dans le Schnee Eifel commencent à manquer de munitions.

Le 19 décembre 1944, les 422ème et 423ème Régiments, le 590ème Bataillon d'artillerie de campagne et divers autres unités de soutien de la 106ème Division d'infanterie, encerclés depuis deux jours dans le Schnee Eifel, à bout de force, se voient contraints de déposer les armes. Entre 8,000 et 9,000 GIs sont ainsi fait prisonniers en quelques heures. En Europe, c'est l'unique reddition en masse d'une division américaine presque au complet durant la Seconde Guerre mondiale.

La 106ème Division d'infanterie est maintenant virtuellement détruite. Les restes du 424ème Régiment de cette division, commandé par le colonel Alexander Reid, se sont repliés vers Burg-Reuland, poursuivis par la 62ème VGD. La route de Saint-Vith est désormais grande ouverte à la 5ème Panzerarmee au sud-est et à l'est de la ville.



Consolidation du front américain au nord du saillant allemand (18 décembre 1944).

Le 18 décembre 1944, deux divisions du VII Corps, en charge du secteur d'Aix-la-Chapelle, sont transférées et viennent renforcer le dispositif du V Corps dans la région du plateau d'Elsenborn. D'abord le 16ème Régiment de la 1ère Division d'infanterie du major-général Clifton Andrus dans la zone Butgenbach-Weywertz-Robertville, le reste de la Big Red One devant arriver les jours suivants. Et la 9ème Division d'infanterie du major-général Louis A. Craig, qui s'installe sur le flanc nord de la 99ème, entre le village d'Elsenborn et Kalterherberg.

Photo ci-dessous: chars Sherman de la 7ème Division blindée en poste près de Saint-Vith, le 20 décembre 1944.


Dans la soirée, la 82ème Division aéroportée du major-général James M. Gavin, venant de Mourmelon en France et qui a roulé sans arrêt en camions pendant trente-six heures, commence à se déployer dans la région de Grandménil-Stoumont-Le Gleize. (1)

La 30ème Division d'infanterie du major-général Leland S. Hobbs, cédée par la 9ème Armée américaine, fait de même entre Malmédy et La Gleize.

Le retard des panzers-SS de Peiper occasionné par la résistance des Américains à Stavelot, permet au colonel Wallis Anderson et à son 1111ème Groupe du génie de combat de préparer les charges de démolition à Trois-Ponts, sur les deux ouvrages de l'Amblève et sur celui de la Salm. (1)

Le XVIII Corps aéroporté du lieutenant-général Matthew B. Ridgeway, avec la 82ème Division aéroportée et la 30ème Division d'infanterie, verouille désormais tous les accès de sortie face à la 6ème Panzerarmee-SS sur une trentaine de kilomètres, entre Malmédy et Grandménil.

Ainsi, les Américains allignent désormais l'équivalent de huit divisions dans le nord du front ardennais.
  • Le X Corps (Leonard Gerow). Entre Monschau et Malmédy. Avec les 9ème, 99ème, 2ème et 1ère Divisions d'infanterie.
  • La 7ème Division blindée (Robert Hasbrouk), des unités du 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie, le CCB de la 9ème Division blindée et quelques petites unités (artillerie, génie, soutien logistique) de la 106ème Division d'infanterie dans et autour de Saint-Vith.

  • Le XVIII Corps aéroporté (Matthew Ridgeway). Entre Malmédy et Grandménil. Avec la 30ème Division d'infanterie et la 82ème Division aéroportée.


(1) [Blogosphère Mara] 18-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: guerre contre le Kampfgruppe Peiper


Chute de Saint-Vith (20-23 décembre 1944).

La prise de cet important noeud routier, le second en importance dans les Ardennes, après celui de Bastogne, est confiée au LXVI Korps de la 5ème Panzerarmee, commandé par le général Walter Lucht.

Sa défense est confiée au brigadier-général Bruce C. Clarke. La 7ème Division blindée du major-général Robert W. Hasbrouck assure la défense du front partant de Poteau jusqu'à, et y compris, Saint-Vith. Le CCB de la 9ème Division blindée couvre le secteur sud-ouest de la ville.

Les restes du 424ème Régiment de la 106ème Division d'infanterie et du 112ème Régiment de la 28ème Division d'infanterie couvrent le secteur ouest, entre Saint-Vith et Houffalize.

A l'ouest, la 560ème Division de volkgrenadiers et la 116ème Division panzer talonnent ces deux régiments vers Houffalize, et menacent de couper Saint-Vith de ses arrières.

Le 20 décembre 1944, Walter Lucht planifie l'attaque finale contre la ville. Ce plan consiste en un large mouvement l'encerclement sur trois axes.
  • La 62ème Division de volksgrenadiers attaquerait du sud-est, sur la route de Steinebrück.
  • La 18ème Division de volkgrenadiers attaquerait de l'est, sur les deux routes venant de Schoenberg, convergeant sur le Prümerberg.
  • La Brigade Führer Beiglet attaquerait du nord, sur la route de Born.
La défense intérieure est confiée au lieutenant-colonel William Fuller, commandant du 38ème Bataillon d'infanterie blindée du CCR de la 7ème Division blindée. Elle consiste en gros à un arc de cercle s'étendant de la route Born-Saint-Vith, au nord, en passant à l'est par les hauteurs du Prümerberg, jusqu'à un vallon au sud-est, près de la ligne de chemin de fer venant de Steinebrück.


Fuller dispose de son propre 38ème Bataillon d'infanterie blindée, de deux compagnies du 23ème Bataillon d'infanterie blindée du CCB de la 7ème Division blindée, environ 400 hommes des 81ème et 168ème bataillons du génie blindé, d'un peleton du 423ème Régiment, chargé de la garde du QG de la 106ème Division d'infanterie. En réserve, une compagnie du 31ème Bataillon de chars et une compagnie du 814ème Bataillon de Tank-Destroyer.
  1. Le CCA de la 7ème Division blindée défend Poteau, au nord-ouest de Saint-Vith.
  2. Le CCB de la 9ème Division blindée à Neubrück, au sud de Saint-Vith.
Le LXVI Korps commence un des plus violents pilonnages d'artillerie de la bataille des Ardennes et réduit Saint-Vith en ruines.

Le 21 décembre 1944, le 508ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division aéroportée s'installe dans Vielsalm, où se dirige également la 9ème Division panzer-SS Hohenstofen du 2ème Panzerkorps SS de Wilhelm Bittrich.

Le 22 décembre 1944, la Brigade Führer Beiglet attaque et prend Rodt, faiblement défendu par la compagnie de service du 48ème Bataillon d'infanterie blindée, à la limite des CCA et CCB de la 7ème Division blindée US.

Deux régiments de la 62ème Division de volkgrenadiers attaquent le CCB de la 9ème Division blindée vers l'ouest, dans le but d'atteindre la Salm à Salmchateau. Ils percent le dispositif américain, s'emparent de Neubrück, progressent vers l'est, empruntent la vallée du Braunlauf et se dirigent vers Grufflange, Beho, Rogery et Salmchateau.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1944, le général Matthew "Eagle" Ridgeway, commandant du XVIII Corps aéroporté, ordonne aux forces américaines du secteur de Saint-Vith, menacées d'encerclement, de commencer leur repli progressif vers des positions moins exposées, au-delà de la Salm.

Photos ci-dessous: 23 décembre 1944. Le CCB de la 7ème Division blindée se retire de Saint-Vith, détruite à 90%, vers la Salm.




Ce repli, fort complexe à réaliser au contact des troupes allemandes, commence cette nuit et se poursuivra durant toute la journée du 23 décembre 1944.

A Vielsalm, le 23 décembre à 22h30, un détachement du génie du 508ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division aéroportée, commandé par le lieutenant George Lamm, fait sauter les deux derniers ponts sur la Salm entre Trois-Ponts et Salmchateau.

Saint-Vith, qui devait tomber dans la soirée du 17 décembre 1944 selon le planning d'attaque allemand, a tenu bon pendant six jours. Sa défense héroïque aura considérablement ralenti l'avance allemande et permis l'arrivée des renforts américains.

Photo ci-dessous: l'artillerie de la 7ème Division blindée, le 23 décembre 1944, couvre la retraite américaine vers Vielsalm.



Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 25 mai 2016.


Sources principales:
Battle of the Bulge (Wikipedia.org)
Battle of St. Vith (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.

18-25 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: la guerre contre le Kampfgruppe Peiper

Peiper s'empare de Stavelot à l'aube du 18 décembre 1944, et capture un pont intact sur l'Amblève dont les charges de démolition n'ont pas fonctionné. Articulé en deux colonnes, une sur chaque rive, le Kampfgruppe Peiper se dirige ensuite vers Trois-Ponts. Mais une unité de génie de la 7ème Division blindée américaine parvient à détruire les trois ouvrages de la localité juste au nez des Allemands. Peiper n'a donc d'autre choix que de continuer à longer l'Amblève vers La Gleize puis Stoumont. Mais celle-ci est solidement défendue par un régiment de la 30ème Division d'infanterie américaine.

Pour couronner le tout, dans l'après-midi, un autre régiment de cette même division américaine reprend Stavelot à la petite unité d'arrière-garde que Peiper a laissé sur place, le coupant ainsi de ses lignes de ravitaillement et du reste de la 1ère Division panzer-SS. L'unité allemande, encerclée et pilonnée par l'artillerie des 30ème Division d'infanterie et 82ème Division aéroportée, est dès lors condamnée. Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1944, c'est la fin: retranchés dans La Gleize, à court de carburant et de vivres, les 800 survivants, sur un effectif initial de 4,800 hommes une semaine plus tôt, abandonnent leur matériel et regagnent les lignes allemandes, après avoir retraversé l'Amblève et la Salm, de nuit et à la nage.


Kampfgruppe_Peiper's_Troops_on_the_road_To_Malmedy


Vallée de l'Amblève: Stavelot, Stoumont et La Gleize (18-21 décembre 1944).

A l'aube du 18 décembre 1944, le Kampfgruppe Peiper s'empare de Stavelot et y capture un pont intact sur l'Amblève, dont les charges de démolition n'ont pas fonctionné. Le Kampfgruppe Peiper, articulé en deux colonnes, une sur chaque rive de l'Amblève, prend alors la direction de Trois-Ponts.

Le SS Standartenführer (1) Joachim "Jochen" Peiper arrive à Trois-Ponts aux environs de midi, mais le 1111ème Groupe de génie de combat de la 7ème Division blindée fait sauter les ouvrages de la localité, deux sur l'Amblève et un sur la Salm, au nez des panzers-SS. La colonne sur la rive sud de l'Amblève fait demi-tour vers Wanne pour rejoindre le reste de la 1ère Division blindée-SS Leibstandarte AH. Peiper et la colonne nord font également demi-tour et longent l'Amblève, direction Coo, La Gleize et Stoumont, cherchant desespérément un point de passage.


L'après-midi du 18 décembre 1944, le 117ème Régiment de la 30ème Division d'infanterie reprend Stavelot à la petite unité d'arrière-garde que Peiper avait laissé sur place, le coupant de ses lignes de ravitaillement et de la 1ère Division panzer-SS.

Dans la soirée, Peiper traverse La Gleize et se dirige vers Stoumont, défendu par le 119ème Régiment de cette même division américaine. Dans la zone Werbomont-Targnon, les premiers éléments de la 82ème Division aéroportée arrivent de Mourmelon, en France, après avoir roulé en camions sans interruption pendant trente-six heures.

Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1944, Peiper se chargeant d'affronter le 119ème Régiment d'infanterie américain à Stoumont, il laisse au SS Sturmbannführer (major) Gustav Knittel le soin de reprendre Stavelot au 1er Bataillon du 117ème Régiment d'infanterie, pendant que lui se charge de Stoumont. C'est au cours de cet entretien que Knittel apprend à Peiper la nouvelle du massacre de Baugnez, le 17 décembre, que celui-ci ignorait jusqu'alors.

Photo ci-dessous: une patrouille du 117ème Régiment d'infanterie (ARNG de Caroline du Nord) de la 30ème Division dans la région de Stavelot.


A Stoumont, à 7h, Peiper attaque le 3ème bataillon du 119ème Régiment et le 823ème Bataillon de Tank-Destroyer. Presque au même moment, Knittel attaque Stavelot sur deux axes. Mais il est repoussé par la résistance tenace des Américains. Pilonné par le 118ème Bataillon d'artillerie de campagne, l'Allemand se venge alors sur la population des villages de Ster, Renardmont et Parfondry, sur les hauteurs dominant Stavelot. Ses hommes massacrent au total une centaine de civils belges.

Photo ci-dessous: prisonniers américains, appartenant au 3ème Bataillon du 119 Régiment d'infanterie (30ème DI) capturés par le Kampfgruppe Peiper à Stoumont, le 19 décembre 1944.


Le 20 décembre 1944, le commandant de la 82ème Division aéroportée, le général James Gavin, donne l'ordre à sa division de dégager Saint-Vith, encerclé. Le 505ème Régiment de parachutistes fait mouvement de Hablémont vers Trois-Ponts, où il a la surprise de rencontrer les sapeurs du 1111th Engineer Combat Group qui ont fait sauter les trois ponts le 18 décembre à midi devant les chars de Peiper, et vers le Neuville et Grand-Halleux, sur la Salm, où converge également la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte Adolf Hitler.

Ce même jour, à l'aube, le CCB de la 3ème Division blindée arrive en renfort et traverse Theux, au nord de Spa. Cette unité est une des deux divisions blindées américaines, l'autre étant la 2ème, américaines organisée selon un tableau organique différent.

La 3ème Division blindée est structurellement différentes des autres. Elle alligne non pas trois, mais quatre bataillons de chars, deux de blindés légers (M3/M5 Lee/Stuart) et deux de blindés moyens (M4 Sherman), répartis en deux régiments blindés. Ainsi qu'un régiment d'infanterie blindé, à la place des trois bataillons traditionnels. Elle comprend environ 6,000 hommes et 232 chars, répartis dans deux Combat Command, au lieu des trois traditionnels.

Le Combat Command B (CCB) de la 3ème Division blindée entre en scène avec deux bataillons de chars [un moyen et un léger], un bataillon d'infanterie blindé et une compagnie d'obusiers automoteurs de 105mm. Son commandant, le général Truman Boudinot, divise ses forces en trois Task Forces, avec pour ordre d'anéantir le Kampfgruppe Peiper et de nettoyer la région au nord de l'Amblève entre Stavelot et La Gleize. Les trois Task Forces doivent emprunter des routes forrestières différentes à partir de Spa vers la vallée de l'Amblève.

  1. A gauche, la Task Force du lieutenant-colonel William Lovelady doit se diriger vers Coo et Trois-Ponts.
  2. Au centre, la Task Force du major Kenneth McGeorge vers La Gleize et son depôt de carburant.
  3. A droite, la Task Force du capitaine John Jordan vers Stoumont, pour prêter main forte au 119ème Régiment d'infanterie et empêcher Peiper de prendre la direction de Liège.

Les deux dernières Task Forces tombent nez-à-nez avec des chars Tiger II de Peiper et ne peuvent dépasser la lisière des bois dominant La Gleize et Stoumont.

L'après-midi de ce 20 décembre 1944, le 504ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division aéroportée lance des patrouilles vers Cheineux pour tâter les défenses allemandes. Les parachutistes américains y découvrent la plus grande partie du bataillon d'artillerie anti-aérienne de Peiper.

Photos ci-dessous: 82ème Division aéroportée dans la région de Stavelot, décembre 1944.




Le colonel Reuben Tucker décide de donner l'assaut au village avec deux compagnies dans la soirée. Au cours de l'attaque contre Cheineux, à la tombée du jour, les deux compagnies du 3ème Bataillon du 504ème Régiment de parachutistes, commandé par le lieutenant-colonel Willard Harrison, souffrent de lourdes pertes: 23 tués et 212 blessés. Les Américains n'arrivent pas à reprendre Cheineux, mais causent d'énormes pertes dans les rangs allemands.

L'histoire de cet assaut, où les parachutistes d'Harrison s'emparent de quatorze canons anti-aériens, d'une batterie de canons d'assaut autopropulsé et six half-tracks allemands, malgré leur échec à reprendre la localité, est une des actions héroïques américaines de la bataille des Ardennes.

Le 21 décembre 1944, Peiper attaque Targnon, défendu par le 2ème Bataillon du 119ème Régiment de la 30ème Division d'infanterie. Les Allemands sont finalement repoussés, mais ils font prisonnier le commandant du bataillon américain, le major Hal McCown.

Dans la soirée, le Kampfgruppe Peiper se retrouve totalement isolé de la 6ème Panzerarmee-SS dans la région entre Stoumont et La Gleize.



Skorzeny, la Brigade Panzer 150 et la bataille pour Malmédy (21 décembre 1944).

Le 21 décembre 1944, à 5h30 du matin, par un épaix brouillard, 120 commandos de la Brigade panzer 150 d'Otto Skorzeny, revêtus d'uniformes américains et équipés de véhicules maquillés, traversent le carrefour de Baugnez et descend la nationale N-23 vers Malmédy. Les Allemands tombent dans une embuscade du 1er bataillon du 120ème Régiment d'infanterie de la 30ème Division d'infanterie US, et sont tous anéantis par l'artillerie américaine.

Le gros des forces de Skorzeny, comprenant dix chars Panther maquillés en Tank-Destroyer M-10, attaque Malmédy par le sud, à partir d'un chemin sinueux reliant Ligneuville à la route Malmédy-Stavelot.

Cette seconde colonne capture un pont intact sur la Warche et tourne vers l'est sur la route Malmédy-Stavelot, mais ensuite butte contre les Norvégiens du 99ème Bataillon d'infanterie indépendant, retranchés au sommet d'un remblai de chemin de fer. Une partie de la colonne tente ensuite une autre approche sous un pont de chevalet, mais elle est également stoppée par la ferme résistance du 825ème Bataillon de Tank-Destroyer.

Au terme d'un rude combat de blindés qui dure trois heures, les dix chars Panther sont détruit l'un après l'autre. Skorzeny, d'une colline dominant le champs de bataille, peut voir la tournure de l'affrontement, et ordonne le repli général. Cette attaque contre Malmédy marque la fin de la participation de la Panzer Brigade 150 de Skorzeny à la bataille des Ardennes et de l'opération Griffon.

Photo ci-dessous: un char Panther de la Panzer Brigade 150 "maquillé" en Tank-Destroyer M10.



Derniers jours du Kampfgruppe Peiper (21-25 décembre 1944).

Le 21 décembre 1944 au matin, à la Neuville et à Grand-Halleux, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH de Wilhelm Mohnke attaque le 2ème Bataillon du 505ème Régiment de la 82ème Division aéroportée, commandé par le lieutenant-colonel Benjamin Vandervoort, qui occupe deux têtes de pont sur la rive droite de la Salm. Le but des Allemands est de s'emparer des deux ponts des localités et de percer jusqu'au Kampfgruppe Peiper.

Après de terribles combats, dans la soirée, les parachutistes américains survivants doivent repasser sur la rive gauche de la Salm, et le génie aéroporté de la 82ème Division fait sauter les deux ouvrages.


Toute la nuit et la matinée suivantes, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH cherchera des points de passage sur la Salm. A différents endroits en amont ou en aval de Neuville et de Grand-Halleux, de petits groupes d'Allemands y parviennent. Mais à chaque fois, les parachutistes de Vandervoort les anéantissent ou les forcent à repasser la Salm.

Encerclé dans la poche de Stoumont-La Gleize, le Kampfgruppe Peiper est désormais condamné, toutes les tentatives de percée de la 6ème Panzerarmee-SS pour le dégager ayant échoués. Malgré sa résistance, ses jours sont comptés.

A l'est, l'attaque du bataillon de Gustav Knittel contre Stavelot a finalement échoué. A l'ouest, Targnon est fermement défendu par le 1er Bataillon du 119ème Régiment, commandé par le lieutenant-colonel Robert Herlong. Au nord, Stoumont et La Gleize sont constamment pilonnés par l'artillerie américaine et attaqués par les Task Forces Jordan et McGeorge, du CCB de la 3ème Division blindée. Au sud, à Cheineux, deux compagnie du 504ème Régiment de parachutistes de la 82ème Division aéroportée ont détruit une grande partie du bataillon d'artillerie AA (FlaK) de Peiper.

Photo ci-dessous: parachutistes de la 82ème Aéroportée dans la région Stoumont-La Gleize, le 22 décembre 1944, appuyés par des chars de la 3ème Division blindée.


Le 21 décembre 1944 à l'aube, le 2ème Bataillon du 119ème Régiment de la 30ème Division d'infanterie commence une longue marche à travers les bois dominant Stoumont, pour descendre la colline, prendre le preventurium Saint-Edouard, et couper la route La Gleize-Stoumont. Au cours de cette marche à travers bois, McCown est fait prisonnier par les panzers SS de Peiper.

Finalement, l'assaut du 2ème Bataillon pour prendre le preventurium échoue, et il est forcé de revenir sur ses pas par le même chemin. Le reste du 119ème Régiment d'infanterie, attaquant Stoumont par l'ouest, n'a pas plus de succès.

Le 22 décembre 1944, le régiment américain renouvelle ses attaques contre le preventurium, à l'est, sur la route Stoumont-La Gleize. Cette fois, l'assaut réussit, coupant le Kampfgruppe Peiper en deux. La Gleize, où est retranché le gros du Kampfgruppe, est pilonné toute la journée par l'artillerie américaine. McCown et une centaine de prisonniers de guerre américains sont entassés dans des caves.

L'officier américain, vu l'évolution que prend la bataille, est inquiet au sujet de son sort et de celui des autres détenus. Comme chaque soldat américain, il a entendu parler du massacre du carrefour de Baugnez, le 17 décembre. Il demande à Peiper son assurance personnelle que les prisonniers seraient traités selon la convention de Genève. "Je vous en donne ma parole", lui répond Peiper.

Dans la cave qui lui sert de QG, à la lisière orientale du village, Peiper se rend bien compte de l'effet du bombardement d'artillerie américain sur le comportement et le moral de ses hommes. Dans la soirée, le carburant, les vivres et les munitions commencent à manquer.

Il envoie un message radio à Mohnke disant que ses approvisionnements sont épuisés et demande l'autorisation de se replier en combattant. Il demande l'autorisation de se retirer de Stoumont-La Gleize, en précisant qu'il ne pourrait le faire qu'à pied, sans véhicules et sans ses blessés.

En raison de qui s'était passé à ce fameux carrefour, Peiper craint d'abandonner ses blessés et fait venir McCown. Il conclut avec l'Américain un marché. Il exige que McCown lui garantisse que les Américains soigneraient et rapatrieraient les blessés allemands. En échange, il s'engage à laisser tous les prisonniers américains sur place, sauf McCown lui-même, qu'il ne libérerait qu'après le rapatriement des blessés allemands.

McCown répond: "Colonel, cette proposition est une plaisanterie. Tout d'abord, je n'ai pas autorité pour engager le commandement américain en ce qui concerne les prisonniers de guerre allemands. Tout ce que je peux faire, c'est de signer un papier disant que vous m'avez présenté cette offre. Je ne peux rien faire d'autre."

Peiper marque son accord. Et McCown écrit et signe l'attestation. Retournant à la radio, Peiper demande à l'opérateur si la réponse de Mohnke concernant l'autorisation de son retrait de La Gleize était arrivée. La réponse est "oui, mais uniquement si les véhicules et les blessés peuvent être emmenés."

"Démolissez la radio!" ordonne Peiper à l'opérateur. Cela se fera donc sans véhicules et sans blessés.

Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1944, les 800 survivants valides du Kampfgruppe, sur un effectif initial de 4,800 hommes une semaine plus tôt, disposés en une colonne d'un kilomètre de long, avec en tête Peiper et McCown, après avoir placé des charges à retardement sur les véhicules immobilisés et laissé les prisonniers américains et les blessés allemands dans les caves, quittent silencieusement La Gleize et disparaissent dans la nuit.

Photo ci-dessous: un Koenig Tiger (Tigre Royal) du Kampfgruppe Peiper restauré à la Gleize, 2008.


Guidé par deux civils belges, les Allemands retraversent l'Amblève sous les débris d'un viaduc de chemin de fer démoli. Pendant que les Allemands franchissent la rivière à la nage, les premières explosions des charges de démolition se font entendre.

A l'aube du 24 décembre 1944, Peiper libère les deux civils belges et donne l'ordre à ses hommes de se cacher dans les bois pendant la journée.

Peut-avant la tombée de la nuit, en cette veille de Noel, la colonne se remet en marche. Les Allemands avancent avec une telle discipline que McCown est certain qu'ils pourraient passer à deux cents mètres d'un poste américain sans être repérés.

Vers 23h, l'avant-garde tombe sur une patrouille de la 82ème Division aéroportée, et une fusillade éclate. Pendant que les Allemands se dispersent et tentent de se mettre à l'abris, McCown se met en mouvement en marchant très calmement, s'éloignant perpendiculairement de la colonne ennemie, regardant continuellement derrière-lui pour voir si quelqu'un l'a remarqué. Finalement, après un laps de temps qui lui semble durer une éternité, certain que les Allemands ne puissent plus le voir, il repart vers l'endroit estimé d'où les coups de feu ont éclaté.

McCown avance lentement en siflant Yankee Doodle quand une voix lui crie de s'arrêter. L'Américain se permet alors un sourire: il a réussi. Entretemps, les Allemands ont réussi à rompre le contact et ont repris leur marche. Ils franchissent la route longeant la Salm, au sud de Trois-Ponts.

A l'aube du 25 décembre 1944, ils se réfugient dans un large ravin et en profitent pour donner les premiers soins aux blessés de la nuit précédente. Quelques Allemands partent en patrouilles à la recherche d'un point de passage sur la Salm, mais n'en trouvent aucun.

Il n'y a désormais rien d'autre à faire que de traverser à la nage, comme ils l'ont déjà fait pour l'Amblève la nuit précédente. Au crépuscule, ils franchissent la Salm l'un après l'autre, dans l'eau glacée. Les derniers abordent la rive droite à l'aube, et prennent la direction de Wanne.

Quand les survivants du Kampfgruppe Peiper atteignent les premières positions de la 1ère Division panzer-SS à l'entrée du village, leurs uniformes sont tellement gelés qu'ils n'arrivent plus à les enlever sans aide.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 25 mai 2016.


Sources principales:
Battle of the Bulge (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.
Banques d'images de l'European Center of Military History.

17-19 décembre 1944 - Bataille des Ardennes: massacre de Baugnez et crimes de guerre allemands

Le 17 décembre 1944, En raison de la résistance obstinée de la 99ème Division d'infanterie, la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH, avec le 1er Régiment du SS-Standartenführer (lieutenant-colonel) Joachim Peiper en tête, décide de contourner le plateau d'Elsenborn et d'avancer en direction de Malmédy, Stavelot et Trois-Ponts. Les exactions de cette division vont plonger toute la région dans un climat de terreur et de cauchemards. Elle se livrera au cours des jours suivants à une série de massacres et de crimes de guerre à l'encontre de civils belges et de prisonniers de guerre américains.



Situation du Kampgruppe Peiper au nord du front des Ardennes.

Le 17 décembre 1944, à l'extrémité nord du dispositif allemand, toutes les attaques du I Panzerkorps-SS vers Monschau et Eupen sont maintenant brisées par la résistance des 2ème et 99ème Divisions d'infanterie américaines, solidement retranchées sur les hauteurs d'Elsenborn. Mais dans les autres secteurs du front ardennais, la désintégration des 106ème et 28ème Divisions d'infanterie se poursuit.

Le standartenführer Joachim Peiper décide de contourner cet obstacle (le plateau d'Elsenborn) avec son 1er Régiment de panzer-SS. Inscrit à l'ordre du jour dans le journal de l'unité: "C'est l'heure décisive du peuple allemand. Cette bataille doit être menée dans un climat de terreur et d'épouvante sans inhibitions humanitaires..."

Le Kampfgruppe Peiper, avec 600 véhicules et 4,800 hommes, débute son équipée sanglante le 17 décembre vers 4h du matin à Lanzerath. L'unité de pointe de la 1ère Division panzer-SS Leibstandarte AH contourne le plateau d'Elsenborn et, après s'être emparé d'un dépôt d'essence à Bullingen, avance vers Malmédy, Stavelot et Trois-Ponts, pour tenter de traverser l'Amblève. Mais tous les ponts, minés au préalable par le génie américain, sautent l'un après l'autre au nez des panzers-SS. Par dépit, ceux-ci se vengent ici et là sur des groupes de prisonniers de guerre américains ou des civils belges.

19 GIs du 394ème Régiment d'infanterie à Honsfeld dans la matinée du 17 décembre par le Kampfgruppe Peiper. 59 GIs non-combattants du dépôt de carburant de Bullingen un peu plus tard, par la même unité. 11 prisonniers Afro-américains du 333ème Bataillon d'artillerie de la 106ème Division d'infanterie à Wereth, au nord-est de Saint-Vith, par le 1er Régiment de panzergrenadiers-SS du standartenführer Max Hansen ("Kampfgruppe Hansen"). Vers 14h, dans une prairie près du carrefour de Baugnez, sur les hauteurs de Malmédy, 86 prisonniers désarmés du 285ème Bataillon d'observation d'artillerie de la 7ème Division blindée, par la 1ère Compagnie panzer-SS du commandant Werner Poetshke. Huit autres Américains du 1111th Engineer Combat Group à midi le 18 décembre, à Trois-Ponts, lorsque les deux ouvrages sur l'Amblève sautent au nez du Kampfgruppe Peiper. Au total, environ 350 prisonniers américains et 130 civils belges sont exécutés dans cette région entre les 17 et 20 décembre 1944.

Photos ci-dessous: Baugnez, le site du massacre en 2007. Sur le côté droit, le Café Bodarwé.


Lorsque l'offensive de la 6ème Panzerarmee-SS est définitivement bloquée par les Américains, le 19 décembre 1944, l'unité du Sturmbannführer Gustav Knittel, le 1er bataillon de reconnaissance ou "Kampfgruppe Knittel", se venge sur la population civile dans les villages de Ster, Parfondry et Renarmont, sur les hauteurs de Stavelot: 92 Belges, dont 13 enfants âgés de 4 à 15 ans, sont sommairement exécutés.

Photos ci-dessous: 1° et 2° Corps de civils belges massacrés dans la régions de Stavelot, le 19 décembre 1944. 3° Corps mutilés et torturés des 11 soldats afro-américains du 333rd FA Bn (106th ID) retrouvés le 25 janvier 1945. 4° Mémorial des "Onze de Wereth" en 2012.




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Massacre du carrefour de Baugnez-Ligneuville (17 décembre 1944).

Lors de l'offensive allemande dans les Ardennes, la batterie B du 285ème Bataillon d'observation d'artillerie de campagne (285th FOAB) de la 7ème Division blindée américaine est cantonné à Heerlen, dans le sud des Pays-Bas. Dans la soirée du 16 décembre 1944, cette division, commandée par le major-général Robert Hasbrouk, reçoit d'Omar Bradley l'ordre de faire mouvement vers Saint-Vith. Elle s'ébranle sur trois colonnes.

La By-B/285th FOAB (Batterie B du 285ème Bataillon d'Observation d'Artillerie) en question est commandée par le capitaine Leon Scarborough. Elle se met en route avec une trentaine de véhicules, jeeps ou camions, et 140 hommes peu avant l'aube du 17 décembre 1944, et constitue l'arrière-garde du Combat Command R (CCR), avec en tête de colonne la jeep du lieutenant Virgil Lary.

A 11h45, le convoi de Lary pénètre dans Malmédy, mais ne peut se frayer facilement un chemin du fait d'une importante circulation. A 12h15, le convoi s'arrête à la hauteur du QG du 291ème Bataillon du génie de combat (V Corps), commandé par le colonel David Pergrin, juste à la sortie est de Malmédy. Pergrin indique à Lary la présence possible de blindés ennemis venant de Bullange, mais ce dernier décide de ne pas en tenir compte.

Le convoi emprunte alors la nationale N-23, où les sapeurs de Pergrin commencent à couper les arbres pour placer des obstacles sur la route, direction le sud-est et le carrefour de Baugnez. Là, il doit bifurquer vers le sud et Ligneuville. Lary arrive au carrefour à 12h45, où deux policiers de la 518ème compagnie de MP montent la garde.

Ci-dessous: trajet du convoi du lieutenant Virgil Lary et emplacement du massacre de Baugnez-Ligneuville.


Les deux policiers lui conseillent alors de changer son itinéraire afin d'éviter un affrontement. Comme Lary, pressé, a la responsabilité de respecter le timing et l'itinéraire, il choisit de garder le chemin qu'on lui a assigné et de courir le risque. Après le passage du convoi, l'un des deux MP redescent la N-23 et va déjeuner à Malmédy. Celui qui reste regarde le convoi de Scarborough passer, puis entre dans le café du carrefour tenu par Madame Bodarwé et, à ce moment, entend des tirs de chars.

A 280m au sud du carrefour, le convoi américain vient juste de tomber nez à nez avec deux chars commandés par l'Obersturmführer (lieutenant) Werner Sternebeck, venant de Thirimont et débouchant d'un chemin secondaire forestier, sur la gauche de la colonne américaine.

Les Américains affolés sortent des véhicules et se précipitent sur le bas côté de la route. Certains d'entre-eux se défendent, mais contre des blindés, le combat est inégal. Les véhicules américains sont poussés par les deux chars sur le bas côté de la route afin de libérer le passage. Lary, se voyant incapable de résister à l'attaque, se lève afin de se rendre. Quelques GIs réussissent cependant à s'enfuir vers le café Bodarwé.

Le sturmbannführer (major) Joseph Diefenthal, commandant du 3ème Bataillon du 2ème Régiment de Panzergrenadiers-SS, arrive et la fusillade cesse. Les Allemands partent à la recherche des Américains qui se sont rendus et les amènent au carrefour où ils les regroupent dans une prairie près du café. Ils sont au total 119 prisonniers.

Diefenthal fait repartir sa colonne et laisse un de ses subordonnés, le commandant Werner Poetshke avec les prisonniers. Celui-ci retire deux chars Panzer-IV de la colonne et les fait manoeuvrer de telle sorte que les Américains et le champ soit sous le feu de ceux-ci.

L'équipage du char 731 reçoit alors l'ordre d'ouvrir le feu. Il est précisément 15h58. Lary ne comprend pas tout de suite ce qui se passe et demande à ses hommes de ne pas paniquer afin de ne pas déclencher un tir plus important encore. Mais les mitrailleuses de l'autre char entrent à leur tour en action. Quand les tirs cessent, il n'y a plus aucun prisonniers debout et les deux blindés allemands repartent. Des pionniers du génie allemands entrent dans le champ pour achever les Américains montrant encore signe de vie.

Les Allemands laissent quelques hommes de garde au carrefour et s'en vont. Dans le champ, une vingtaine de GIs, y compris Lary, sont encore en vie et blessés. D'un seul coup, ils se relèvent et courent vers les bois, au nord. Après s'être remis de leur surprise, les Allemands de garde ouvrent le feu. Une dizaine de GIs dévient de leur route et se réfugient dans le café. Celui-ci est alors incendié. Les Américains qui tentent ensuite d'en sortir sont tous abattus.


La patronne du café au carrefour, madame Bodarwé, un des deux témoins belge du massacre, est emmenée par les SS et disparait complètement. On ne la retrouvera jamais. Le second est un fermier, Henri Lejoly, sa maison situé juste en face du café Bodarwé, de l'autre côté de la rue. Mais inexplicablement les Panzer-SS le laissent en vie.

Pergrin, à Malmédy, entend les coups de feu et se décide à partir vers le carrefour de Baugnez, afin de se rendre compte de ce qui se passe. Au moment où il arrive au dessus d'une colline surplombant le lieu de la tuerie, il voit arriver quatre hommes, témoins du massacre, qui ont couru et marché à travers le bois. Il les ramène à Malmédy.

D'autres Américains parviennent à regagner petit à petit les positions du 291ème bataillon de génie américain dans Malmédy. Ce n'est finalement qu'à la tombée de la nuit qu'un des derniers survivants, qui s'était réfugié dans l'eau glaciale d'un ruisseau put rejoindre à son tour, ses lignes.

Au total, 17 survivants regagnent Malmédy entre 15h30 et minuit. D'autres sont recueillis et cachés par des civils belges. Lary, blessé, est soigné et sauvé par quatre soeurs: Bertha, Ida, Marie et Martha Marin. Elle le reconduiront ensuite à Malmédy.

Le rapport officiel final donnera une liste de 86 hommes abattus au carrefour et de 43 survivants. Quand Pergrin entendit le témoignage de Lary, le seul officier ayant survécu, il envoit à Spa, au QG de la 1ère Armée US, son officier adjoint des opérations, le lieutenant Thomas Stack, pour décrire personnellement le massacre au général Courtney Hodges.

Une très grande publicité sera faite autour de ce massacre et certaines unités américaines iront jusqu'à venger ce crime. Le 21 décembre 1944, le quartier général du 328ème Régiment de la 26ème Division d'infanterie (III Corps US de Patton), au sud du saillant, allemand, transmettra ses ordres en vue d'une attaque projetée pour le lendemain: "No SS troops or paratroopers will be taken prisoner but will be shot on sight."

"Aucun SS ou parachutiste allemand ne sera fait prisonnier". Cet ordre sera scrupuleusement respecté le 1er janvier 1945 à Chenogne, dans la région de Bastogne. Une soixantaine de prisonniers de la 12ème Division panzer-SS Hitlerjügend sont exécutés par la Companie B du 21ème Bataillon d'infanterie blindée (11ème Division blindée). C'est le "Massacre de Chenogne".

72 corps du massacre de Baugnez seront retrouvés le 13 janvier 1945 par la 30ème Division d'infanterie, lors de la contre-offensive américaine pour éliminer le saillant allemand. Et 45 d'entre-eux autopsiés. Après la guerre, un mur-mémorial sera construit aux environs du lieu du massacre. 84 noms y sont inscrits sur des plaquettes.





"Procès de Malmédy" à Dachau.

En mai et juin 1946, un procès a lieu à Dachau ou les principaux responsables des massacres commis pendant la bataille des Ardennes sont jugés pour crimes de guerre. Ce procès, "The Dachau Trial", présidé par le Juge-Avocat-Général (JAG) de l'US Army, le général Josiah Dalbey, est typique du système judiciaire américain. Peiper et les autres accusés sont défendus par le colonel Willis Everett. Le ministère public ("Prosecutor") est représenté par le colonel Burton Ellis.

Sur 74 Panzer-SS du Kampgruppe Peiper jugés, 43 sont condamnés à mort par pendaison (leur peine étant plus tard commuées en prison à vie), 22 à perpétuité, et huit à des peines allant de 10 à 20 ans.

Un autre procès, moins important et beaucoup moins médiatisé, s'ouvre le 6 juillet 1948, contre dix Allemands du Kampgruppe Peiper capturés par les Américains le 22 décembre 1944. Ils sont jugés par la Court de Justice militaire belge pour des massacres commis contre des civils à Stavelot, Ster, Renardmont et Parfondry.

Photos ci-dessous: 1° Lors du procès à Dachau, le lieutenant Virgil Lary désigne l'un des participants du massacre. 2° Le lieutenant-colonel Joachim Peiper lors de son audition à Dachau en juin 1946, avec son interprète allemande.





Gettysburg commémore le 65ème anniversaire du massacre.

Le 17 décembre 1944, au cours de la bataille des Ardennes, se déroule ce qui est communément désigné le Massacre de Malmédy. Stuart Dempsey, un des guides du champ de bataille de Gettysburg, relate les atrocités commises par les Panzers-SS de Peiper au carrefour de Baugnez, à quatre kilomètres de Malmédy. D'autres massacres et tueries se produiront les jours suivants sur le trajet sanglant du Kampfgruppe Peiper. Au moins 362 soldats américains et 111 civils belges ont été exécutés dans cette région entre les 17 et 20 décembre 1944. Un des GIs massacrés ce jour-là, le soldat de Première classe Frederick Clark, est inhumé dans le Cimetierre Militaire National de Gettysburg, sa ville natale.

"On December 17, 1944, during the Battle of the Bulge, occurred an event commonly known as the Malmedy Massacre. The atrocities Gettysburg Licensed Battlefield Guide Stuart Dempsey describes actually occurred around the tiny village of Baugnez, Belgium, some four kilometers from Malmedy. American soldiers and Belgian civilians were also murdered at several other locations over the next few days by members of the German 1st SS Panzer Division. The final toll is in dispute, but at least 362 U.S. soldiers and 111 Belgians were executed between December 17-20. The actual number may be a good bit higher. One of those killed/murdered 65 years ago today was Private First Class Frederick Clark. He is buried in the Gettysburg National Cemetery." (1)



(1) "The Malmedy Massacre, 65 Years Ago Today".The Gettysburg Daily, 17 December 2009.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.

La campagne d'Allemagne 1945 - 1° Le dernier sursaut d'Hitler.













Article modifié le 25 mai 2016.


Sources principales:
Malmedy Massacre (Wikipedia.org)
• Charles B. MacDonald: Noel 1944: la Bataille d'Ardenne. Editions Luc Pire (2006). ISBN 2-87415-468/7.
Banques d'images de l'European Center of Military History.