Réunions annuelles du Groupe Bilderberg

Le Groupe Bilderberg, également appelé "Conférence Bilderberg" ou "Club Bilderberg", est une réunion non officielle regroupant, uniquement sur invitation, environ 130 participants de divers milieux: des hommes politiques ou des chefs d'Etat, des militaires, des banquiers, des patrons de presse ou des médias ou des hommes d'affaire. Le groupe se réunit chaque année dans des hôtels de luxe principalement en Europe, et une fois sur quatre aux Etats-Unis ou au Canada. Il possède un bureau central avec un comité de direction dans l'université de Leyden, aux Pays-Bas. La conférence de 2008 s'est tenue à Chantilly (Virginie), aux Etats-Unis, et celle de 2009, du 14 au 16 mai, à Athènes, en Grèce.


Origine et buts de la Conférence Bilderberg.

Le Groupe Bilderberg a été fondé en 1954. On compte parmi ses membres fondateurs le Prince Bernhard des Pays-Bas, l'hommes politique britannique Dennis Healey, le milliardaire américain David Rockefeller, le polonais Jozef Retinger et le Premier ministre belge Paul van Zeeland.

Sa première réunion s'est tenue à l'hôtel Bilderberg, à Oosterbeek en Hollande, du 29 au 31 mai 1954. Cette conférence internationale non officielle, qui réunissait les chefs d'Etat occidentaux, avait pour but de promouvoir et de favoriser les échanges culturels entre les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest. (1)

Le succès de cette première réunion incita les organisateurs à programmer ensuite des conférence annuelle. Un comité de direction permanent fut créé, avec Jozef Retinger comme secrétaire général. Les objectifs de ce comité étaient aussi bien d'organiser les conférences, que de tenir à jour un registre des noms de participants potentiels.

Les membres s'appellent entre-eux les "Bilderbergers" ou "Groupe de Bilderberg", du nom de l'hôtel où s'est tenue la première conférence. Le lieu et la date de chaque conférence annuelle est annoncée à l'avance. Et bien que des patrons de la presse internationale peuvent y participer, les médias sont tenus à l'écart, et chaque réunion garde un caractère confidentiel en raison de sa non-médiatisation. Pour cette raison, le groupe est considéré par certains comme une "société secrète".

Les trois années suivantes, le Groupe de Bilderberg se réunit en France (Barbizon), en Allemagne de l'Ouest (Garmisch-Partenkirchen) et au Danemark (Fredensborg). En 1957, pour la première fois, les Etats-Unis, grâce aux 30000 dollars de donnation de la firme Ford, organisèrent la conférence annuelle sur l'île Saint-Simons, en Géorgie.

En 1960, après la mort de Retinger, l'économiste néerlandais Ernst van der Beugel lui succéda en tant que Secrétaire général du Groupe, et le Prince Bernhard des Pays-Bas continua de servir comme président de réunion jusqu'en 1976, date à laquelle il fut impliqué dans le scandale de la firme aéronautique Lockheed. Cette année-là, la conférence de Bilderberg fut annulée.

En 1977, l'ancien Premier ministre britannique Alec Douglas-Home présida la conférence annuelle à Torquay, en Angleterre. Lui succédèrent à tour de rôle Walter Scheel, ancien Président d'Allemagne de l'Ouest, Eric Roll, financier anglais ancien président de la SG Warburg, la banque d'investissement londonienne, et Lord Peter Carrington, ancien secrétaire général de l'OTAN.


(1) Hatch, Alden (1962). "The Hôtel de Bilderberg". HRH Prince Bernhard of the Netherlands: An authorized biography. London: Harrap.



Organisation du Groupe Bilderberg.

Le groupe Bilderberg se composerait en trois cercles concentriques:

- Bilderberg Advisory Committee, ou "Comité Consultatif", est le cercle le plus central. Il comprend une dizaine de membres.

- Steering Committee, ou "Comité de Direction", est un cercle légèrement moins fermé que le premier. Il est constitué d'environ 35 membres, exclusivement européens et américains.

- "Cercle extérieur". Il est assez large et comprend 80% des participants aux réunions.

Une liste des participants ainsi que les thèmes abordés seraient disponibles auprès du Secrétariat du groupe. Un rapport de synthèse de la réunion est également rédigé, semble-t-il, comme le laissent supposer les liens suivants et la présence de "rapporteurs" sur la liste officielle des participants.

http://www.schnews.org.uk/bilderberg/

http://www.bilderberg.org/2003.htm#cyber

Selon le Conseil fédéral suisse dans une réponse à une question parlementaire faite en 2003, "les conférences Bilderberg sont un forum d'échange sur les principaux sujets d'actualité dans les domaines les plus divers entre membres de gouvernements, diplomates, politiciens, personnalités de l'économie, représentants de la science, de la formation, de la presse et d'instituts spécialisés.(...)"

De plus, "l'objectif de cette conférence privée est une discussion libre et ouverte. Les participants y défendent leur opinion personnelle et n'y parlent pas au nom de leur gouvernement ou de leur employeur. C'est pour cette raison que les organisateurs renoncent à faire de la publicité autour de ces discussions". Par ailleurs, "les participants qui acceptent une invitation personnelle à la conférence se déclarent prêts à renoncer à toute publicité. Du reste, il ne s'agit pas de négociations, mais de discussions qui permettent et favorisent une mise en réseau des idées et des personnes".

Interrogé par le journaliste français Bruno Fay, Nicolas Beytout qui a reconnu avoir été invité à plusieurs reprises confirme l'opacité de l'organisation: "J'ai fait trois Bilderberg mais on ne demande pas à participer, on est invité par le Comité de direction. Nous sommes installés par ordre alphabétique, il n'y a absolument aucun protocole ni décorum. Des sessions thématiques sont annoncées à l'avance avec deux ou trois orateurs qui font un exposé avant d'ouvrir le débat avec la salle. La confidentialité est un gage très grand de sincérité qui permet aux participants de dire vraiment ce qu'ils pensent."


Liste des participants.

La liste des participants du Groupe Bilderberg n'est pas publiée dans la presse, mais elle est en principe accessible sur demande au siège du Comité de Direction (Steering Committee), à Leyde aux Pays-Bas.

Elle est actuellement classée par catégorie: politique, militaire, finances, industries ou médias. Elle n'est pas complète, car tous les participants n'y figurent pas, et inclue les personnes aujourd'hui décédées.

Quelques participants du Groupe Bilderberg.

Membres de familles royales:

- Reine Beatrix des Pays-Bas.
- Prince Bernhard des Pays-Bas.
- Roi Juan Carlos d'Espagne.
- Prince Philippe de Belgique.

Politique:

- John Edwards (Etats-Unis, Sénateur)
- Gerald Ford (Etats-Unis, ancien président décédé en 12/2006)
- Bill Clinton (Etats-Unis, ancien président)
- Henry Kissinger (Etats-Unis, ancien Secrétaire d'Etat)
- Rick Perry (Etats-Unis, gouverneur du Texas)
- Timothy Geithner (Etats-Unis, Secrétaire au Trésor)
- George W. Ball (Etats-Unis, diplomate décédé en 05/1994)
- Lyman Louis Lemnitzer (Etats-Unis, ancien commandant suprême de l'OTAN).
- Tony Blair (Royaume-Uni, ancien Premier ministre)
- Edwards Heath (Royaume-Uni, ancien Premier ministre décédé en 07/2005)
- Lord Peter Carrington (Royaume-Uni, membre du Comité de Direction)
- Ed Balls (Royaume-Uni, ancien Secrétaire au Trésor)
- Paul Henri Spaak (Belgique, ancien Premier ministre décédé en 07/1972).
- Francisco Pinto Balsemao (Portugal, ancien Premier ministre)
- Jorge Braga Macedo (Portugal, ancien Ministre des Finances
- Eero Heinaluoma (Finlande, ancien ministre des Finances)
- Jyrki Katainen (Finlande, Ministre des Finances)
- Sauli Niinisto (Finlande, Porte-parole du Parlement)
- Guido Westerwelle (Allemagne, Président du Parti Démocrate)
- Helmut Schmidt (Allemagne, ancien Chancellier d'Allemagne de l'Ouest)
- Mario Monti (Italie, commissaire européen, membre du Comité de direction)
- Ritt Bjerregaard (Danemark, commissaire européen et maire de Copenhague)
- Pascal Lamy (France, Parti socialiste, Directeur-général de l'OMC).

Militaires:

- Lewis Lemnitzer (Etats-Unis, ancien commandant suprême de l'OTAN).
- Colin Gubbins (Royaume-Uni, ancien chef du SOE décédé en 11/1976).

Médias:

- Lord Conrad Black (Royaume-Uni, journaliste et rédacteur au Daily Telegraph)
- Will Hutton (Royaume-Uni, écrivain et journaliste à "The Observer")
- George Stephanopoulos (Etats-Unis, bureau d'ABC à Washington)

Finances:

- William McDonough (Etats-Unis, ancien président de la Réserve Fédérale)
- Paul Volcker (Etats-Unis, ancien président de la Réserve Fédérale)
- Gordon Richardson (Royaume-Uni, ancien Gouverneur de la Banque d'Angleterre)


La liste des participants à la récente réunion de 2009 comprenait entre autre le Premier ministre gec, Kostas Karamanlis, le diplomate suédois Carl Bildt, Matti Vanhanen, Premier ministre finlandais, les Américains James Steinberg, numéro deux du Département d'Etat, Timothy Geithner, Secrétaire au Trésor, et Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, le portugais José Manuel Barroso, président de la Commission Européenne, la Reine Sofia d'Espagne et la Reine Beatrix des Pays-Bas. (2)


(2) "Bilderberg Group Meets In Athens Amid Tight Security"

http://www.nasdaq.com/aspx/stock-market-news-story.aspx?storyid=200905140722dowjonesdjonline000365&title=bilderberg-group-meets-in-athens-amid-tight-security



Réactions populaires et théories du complot fantaisistes.

Les réunions du Groupe Bilderberg se font à "huit-clos": la presse nationale ou internationale n'est pas admise au sein des débats. Du fait de cette non-médiatisation, le groupe a longtemps été considéré par certains comme une société secrète.

Au fil des années, chaque conférence Bilderberg entraîne des dizaines de théorie du conspirationnisme. Depuis la chute de l'empire soviétique, nombre de personnes lui reprochent notamment l'orchestration de la mondialisation économique.

Ces conférences sont organisées et financées par le pays d'accueil où elles se tiennent. Chaque d'entre-elles est protégée par d'importantes forces de l'ordre et des systèmes de sécurité drastiques.

A la fin de chacune de ces réunions informelles, un compte-rendu écrit est pourtant disponible sur demande au Comité de Direction. Le but des rencontres est de discuter sur différents domaines ou des crises (économiques ou politiques) qui secouent le monde. L'absence de couverture médiatique permet justement aux participants de parler franchement et honnêtement.


Liste des réunions Bilderberg (1954-2009).

- 1954 (29-31 mai). Hotel de Bilderberg, Oosterbeek, Pays-Bas.
- 1955 (18-20 mars). Hotellerie Du Bas-Breau, Barbizon, France.
- 1955 (23-25 septembre). Grand Hotel Sonnenbichl, Garmisch-Partenkirchen, Allemagne de l'Ouest
- 1956 (11-13 Mai). Hotel Store Kro, Fredensborg, Danemark.
- 1957 (15-17 février). King and Prince Hotel, St. Simons Island, Georgie, Etats-Unis.
- 1957 (4-6 octobre). Grand Hotel Palazzo della Fonte, Fiuggi, Italie.
- 1958 (13-15 septembre). The Palace Hotel, Buxton, Royaume-Uni.
- 1959 (18-20 septembre). Cinar Hotel, Yesilkoy, Istanboul, Turquie.
- 1960 (28-29 Mai). Palace Hotel, Burgenstock, Nidwalden, Suisse.
- 1961 (21-23 avril). Manoir St. Castin in Lac-Beauport, Quebec, Canada.
- 1962 (18-20 mai). Grand Hotel Saltsjobaden, Saltsjöbaden, Suède.
- 1963 (29-31 mai). Cannes, France.
- 1964 (20-22 mars). Williamsburg, Virginie, Etats-Unis.
- 1965 (2-4 avril). Villa d'Este, Cernobbio, Italie.
- 1966 (25-27 mars 25-27). Nassauer Hof Hotel Wiesbaden, Wiesbaden, Allemagne de l'Ouest.
- 1967 (31 mars - 2 avril). Cambridge, Royaume-Uni.
- 1968 (26-28 avril). Mont Tremblant, Quebec, Canada.
- 1969 (9-11 mai). Hotel Marienlyst, Helsingør, Danemark.
- 1970 (17-19 avril). Grand Hotel Quellenhof, Bad Ragaz, Suisse.
- 1971 (23-25 avril). Woodstock Inn, Woodstock, Vermont, Etats-Unis.
- 1972 (21-23 avril). Knokke-Heist, Knokke, Belgique.
- 1973 (11-13 mai). Grand Hotel Saltsjobaden, Saltsjobaden, Suède.
- 1974 (19-21 avril). Hotel Mont d'Arbois, Megeve, France.
- 1975 (22-24 avril). Golden Dolphin Hotel, Cesme, Izmir, Turquie.
- 1976 (conference annulée). Programmé en avril à Hot Springs, Virginia, Etats-Unis.
- 1977 (22-24 avril). Paramount Imperial Hotel, Torquay, Royaume-Uni.
- 1978 (21-23 avril 21-23). Chauncey Conference Center, Princeton, New Jersey, Etats-Unis.
- 1979 (27-29 avril). Grand Hotel Sauerhof, Baden bei Wien, Autriche.
- 1980 (18-20 avril). Dorint Sofitel Quellenhof, Aix-la-Chapelle, Allemagne de l'Ouest.
- 1981 (15-17 mai). Palace Hotel in Bürgenstock, Nidwalden, Suisse.
- 1982 (14-16 mai). Rica Park Hotel Sandefjord, Sandefjord, Norvège.
- 1983 (13-15 mai). Château Montebello, Montebello, Quebec, Canada.
- 1984 (11-13 mai). Grand Hotel Saltsjobaden, Saltsjobaden, Suède.
- 1985 (10-12 mai). Doral Arrowwood Hotel, Rye Brook, New York, Etats-Unis.
- 1986 (25-27 avril). Gleneagles Hotel, Gleneagles, Auchterarder, Royaume-Uni.
- 1987 (24-26 avril). Villa d'Este, Cernobbio, Italie.
- 1988 (3-5 juin). Interalpen-Hotel Tyrol, Telfs-Buchen, Autriche.
- 1989 (12-14 mai). Gran Hotel de La Toja, Isla de La Toja, Espagne.
- 1990 (11-13 mai). Harrison Conference Center, Glen Cove, New York, Etats-Unis.
- 1991 (6-9 juin). Steigenberger Badischer Hof Hotel, Baden-Baden, Allemagne.
- 1992 (21-24 mai). Royal Club Evian Hotel, Ermitage Hotel, Evian-les-Bains, France.
- 1993 (22-25 avril). Nafsika Astir Palace Hotel, Vouliagmeni, Grèce.
- 1994 (2-5 juin). Kalastajatorppa Hotel, Helsinki, Finlande.
- 1995 (8-11 juin). Palace Hotel in Bürgenstock, Nidwalden, Suisse.
- 1996 (30 mai - 2 juin). CIBC Leadership Centre, King City, Ontario, Canada.
- 1997 (12-15 juin). Pine Isle resort, Lake Lanier, Georgie, Etats-Unis.
- 1998 (14-17 mai). Turnberry Hotel, Turnberry, Royaume-Uni.
- 1999 (3-6 juin). Caesar Park Hotel Penha Longa, Sintra, Portugal.
- 2000 (1er-4 juin). Chateau Du Lac Hotel, Genval, Bruxelles, Belgique.
- 2001 (24-27 mai). Hotel Stenungsbaden, Stenungsund, Suède.
- 2002 (30 mai - 2 juin). Westfields Marriott, Chantilly, Virginie, Etats-Unis.
- 2003 (15-18 mai). Trianon Palace Hotel, Versailles, France.
- 2004 (3-6 juin). Grand Hotel des Iles Borromees, Stresa, Italie.
- 2005 (5-8 mai). Dorint Sofitel Seehotel Uberfahrt, Rottach-Egern, Allemagne.
- 2006 (8-11 juin). Brookstreet Hotel in Kanata, Ottawa, Ontario, Canada.
- 2007 (31 mai - 3 juin). Ritz-Carlton Hotel, Sisli, Istanboul, Turquie.
- 2008 (5-8 juin). Westfields Marriott, Chantilly, Virginie, Etats-Unis.
- 2009 (14-16 mai). Astir Palace, Athènes, Grèce.


Sources disponibles:

1° Bilderberg Group (Wikipedia.org).
http://en.wikipedia.org/wiki/Bilderberg
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bilderberg

7-8 mai 1945 - Europe: capitulation inconditionnelle du Troisième Reich

A Reims, en France, le 7 mai 1945 à 2h41 du matin, dans une petite salle de classe du collège qui abrite le "Supreme Headquarter of Allied Expeditionnary Forces" (SHAEF), le GQG des forces expéditionnaires alliées en Europe, le général Alfred Jodl, chef d'Etat-major de la Wehrmacht, et l'amiral Hans-Georg von Friedeburg, représentant du grand-amiral Karl Doenitz, signent l'acte de capitulation inconditionnelle et totale de l'Allemagne nazie.



7 mai 1945 - Capitulation inconditionnelle du Troisième Reich.

Cette cérémonie à Reims, dans la nuit du 7 mai 1945, est la suite logique des capitulations partielles qui ont déjà eu lieu en Italie (2 mai), dans le nord des Pays-Bas et le nord-ouest de l'Allemagne (3-4 mai), puis dans le sud de l'Allemagne (5-6 mai).

Sont présents à cette séance le général américain Walter Bedell Smith, signant pour l'ensemble des forces alliées, le chef de la Mission soviétique de liaison militaire auprès d'Eisenhower, le général Ivan Susloparov. Le général français François Sevez, en tant que témoin officiel, signe en dernier. L'arrêt des hostilités entrera officiellement en vigueur le 8 mai à 23h.



8 mai 1945 - Répétition de la cérémonie de la capitulation nazie à Berlin.

L'acte officiel de capitulation de l'Allemagne nazie a été signé le 7 mai 1945 à Reims, en France. Mais sous la pression de Joseph Staline, cette cérémonie sera répétée le lendemain soir à Berlin-Karlshorst, au QG du maréchal Georgi Joukov.


Par une étrange bizzarerie de l'Histoire, c'est la date du 8 mai 1945 qui sera retenue pour la postérité, et la capitulation du 7 mai 1945 à Reims tombera pratiquement dans l'oubli. Car en effet, cette date correspond à l'annonce officielle dans le monde entier, de la fin de la guerre en Europe. Cette journée du 8 mai est désormais appellée "V-E Day" par les Anglo-Saxons, toujours en guerre contre le Japon dans le Pacifique et en Extrême-Orient, et "Jour-V" par les nations européennes.

La cérémonie de capitulation est donc répétée dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 au QG du 1er Front de Biélorussie, installé dans une villa de Karlshorst, dans la banlieue orientale de Berlin. Cette cérémonie débute à 23h et prend fin le 9 mai à exactement 0h28, devant la presse internationale.

Sont présents le maréchal Georgi Joukov, commandant du 1er Front de Biélorussie, qui signe pour les Soviétiques, le maréchal Wilhelm Keitel, chef d'Etat-major de l'OKH, le général d'aviation Werner Stumpf et l'amiral Hans Georg von Freideburg, représentant du Grand-amiral Kar Doenitz, pour l'Allemagne, le maréchal de l'Air Sir Arthur Tedder pour le Royaume-Uni, le général Carl Spaatz pour les Etats-Unis, et enfin le général Jean de Lattre de Tassigny pour la France.

Keitel ratifie l'acte en dernier à 0h17 exactement.


Deux petites annecdotes:
  1. L'après-midi, De Lattre de Tassigny entre dans une colère noire quand il s'aperçoit que le drapeau français brille par son absence dans la salle, et Joukov ordonne de l'ajouter aux drapeaux américain, britannique et soviétique.
  2. Au début de la cérémonie, lorsque Keitel entre dans la salle et aperçoit le drapeau français, il ne peut s'empêcher de déclarer: "Ach! Il y a aussi des Français. On aura tout vu!"

Durant la première semaine de ce mois, environ trois millions de civils et de militaires allemands ont pu se soustraire aux Soviétiques et se rendre aux armées occidentales.



8 mai 1945 - Annonce officielle de la capitulation allemande dans le monde entier.

Le 8 mai 1945, à 15h, le général Charles de Gaulle déclare solennellement à la radio française: "La guerre est gagnée! Voici la victoire! C'est la victoire des Nations Unies et c'est la victoire de la France!"

Simultanément, à Washington DC et à Londres, allocutions d'Harry Truman et de Winston Churchill. Dans le reste du monde, les dirigeants d'une cinquantaine de nations alliées font également des annonces similaires.

A l'annonce de cette capitulation, en Scandinavie, la 20ème Armée allemande de montagne du général Franz Böhme, une vingtaine de divisions et 280,000 hommes isolés en Norvège, annonce aux Alliés sa reddition.

Sur le front soviétique, dans le Secteur Nord, le Heersgruppe Kurland du général Carl Hilpert, comprenant les 16ème et 18ème Armées allemandes, isolé depuis de longs mois dans les Pays Baltes, soit l'équivallent d'une trentaine de divisions et 342,000 hommes, dépose les armes et se rend au 2ème Front de la Baltique (Leonid Govorov).

En Prusse-Orientale. Les restes de la 2ème Armée allemande, ou Armee Ostpreussen, encerclés dans le Frische Nehrung et autour du village de Vogelsang, la garnison de Pillau et toutes les autres poches de résistance, commandés par le général Dietrich von Saucken, capitulent également.

En Allemagne, au sud et au sud-ouest de Berlin, les garnisons de Dresde et de Görlitz se rendent au 1er Front d'Ukraine (Ivan Koniev).

Des unités des 1ère et 4ème Panzerarmees, pénétrant la frontière tchécoslovaque et avançant au sud vers Prague, se rendent à la 3ème Armée américaine du général George Patton.

Au nord du confluent Elbe-canal Hohenzollern, dans la région de Stendhal, les 9ème et 12ème Armées allemandes des généraux Theodor Busse et Walter Wenk, qui ont réussi à retraiter depuis Berlin, se rendent à la 9ème Armée américaine.

En Carinthie (Autriche), le Heeresgruppe Sud du général Otto Wohler, les 2ème Panzerarmee et 6ème Panzerarmee-SS, commandées respectivement par le général Maximilian de Angelis et le SS-Oberstgruppenführer Joseph "Sepp" Dietrich, se rendent à la 7ème Armée américaine.

Au total, ce sont ainsi un million et demi de soldats allemands qui déposent les armes, à l'annonce de l'arrêt des hostilités.

En Tchécoslovaquie, des détachements du 4ème Front d'Ukraine (Ivan Petrov) prennent la ville Olmütz et, au nord de celle-ci, Sternberk. Les combats dans la capitale Prague prennent fin, les Allemands et les insurgés tchécoslovaques ayant signé une trève.

Sous la pression politique du président Harry Truman, le général Dwight D. Eisenhower intime l'ordre à George Patton "le Fonceur" de stopper son avance vers Prague pour y secourir les insurgés tchécoslovaques.

En Croatie, cependant, affrontements entre le Heeresgruppe (Groupe d'armées) E du général Alexander Löhr et les troupes de Jozip "Tito" Broz, qui libèrent Zagreb. Dans les Balkans, des combats et des escarmouches se poursuivront encore pendant plusieurs jours.

Carte ci-dessous: avancée des Alliés en mai 1945.



8 mai 1945 - Sanglante manifestation et sanglante répression française en Algérie.

En Algérie, la fin de la Seconde guerre mondiale est marquée par des sanglantes manifestations dans le Constantinois. D'abord à Sétif, puis s'étendant à Bougie, Djidjelli, Bône et Guelma.

Le 8 mai 1945, en début d'après-midi, des manifestations d'Algériens nationalistes dégénèrent en violentes émeutes et en règlements de compte contre la communauté française, les "Pieds-Noirs". On relevera 103 morts et des centaines de blessés parmi elle.

Ces troubles ont pour origine l'arrestation et la déportation au Congo, au mois d'avril, de Messali Hadj, le leader indépendantiste du Parti populaire algérien (PPA). Des incidents de moindre intensité s'étaient déjà produits le 1er mai, lors des défilés organisés à l'occasion de la fête du Travail.

Les jours suivants, la répression de l'Armée française sera féroce et impitoyable. Du 8 au 22 mai 1945, on estime le bilan officiel des victimes dans la population algérienne entre 5,000 et 10,000 tués. Les autorités françaises reconnaissant pour leur part le chiffre de 1,020 tués algériens.


Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
(Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


"Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


La campagne d'Allemagne 1945 - 2° Bataille de Berlin.













Article modifié le 7 mai 2016.


Sources principales:
German Instrument of Surrender (Wikipedia.org)
End of World War in Europe (Wikipedia.org)

7-8 mai 1942 - Pacifique Sud-Ouest: bataille de la Mer de Corail

Les 7 et 8 mai 1942, dans la Mer de Corail, au large de l'archipel de la Louisiade et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les flottes américaine et japonaise s'affrontent pendant deux jours, dans la première bataille aéronavale "au-delà de l'horizon", au cours de laquelle les coups portés sont exclusivement le fait de leur aviation embarquée. Cette bataille démontre la supériorité du porte-avions sur tous les autres types de navires.

Tactiquement, le nombre de navires coulés ou endommagés fait pencher la victoire du côté japonais. Mais stratégiquement, la bataille s'achève par un incontestable succès des Américains, car ceux-ci ont stoppé net les projets d'invasion ennemis en Nouvelle-Guinée et contre les îles Fidji et la Nouvelle-Calédonie. Ils ont contraint les Japonais à reporter leur débarquement à Port Moresby. Nul ne se doute encore que ce "report" sera définitif.




Expansion japonaise dans le Pacifique (Décembre 1941 - Mai 1942).

Le 7 décembre 1941, l'aviation embarquée japonaise du vice-amiral Chuichi Nagumo surprend la flotte américaine du Pacifique au mouillage dans sa base de Pearl Harbor et lui inflige de lourdes pertes. Mais ce jour-là, aucun porte-avions américain n'est présent dans la rade (1). Le lendemain, après un discours historique du président Franklin Delano Roosevelt, le Congrès des Etats-Unis déclare la guerre au Japon. Les Américains sont immités presqu'immédiatement par la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Simultanément, de l'autre côté de cette immense océan, le Japon se lance dans une impressionnante campagne de conquêtes terrestres aux Philippines (2) et dans la péninsule malaise (3).

Durant les premiers mois de 1942, les Alliés subissent défaite sur défaite, l'expansion japonaise est victorieuse et irrésistible: Tokyo s'assure le contrôle des Philippines, de la Malaisie et de Singapour, de la Birmanie, du Siam (Thailande), des îles Mariannes (Guam, Saipan, Tinian) et Marshall (Kwajalein), des îles Gilbert (Makin, Tarawa), des Indes néerlandaises (Java, Sumatra, Bornéo, Célèbes), les îles Salomons (Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Irlande), des îles Carolines (Truk), des îles Palau, de l'île Marcus, et enfin d'une partie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (Lae, Buna, Gona, Wewak, ...)


En mai 1942, les Japonais sont aux portes de l'Inde et menacent directement l'Australie. L'"Empire du Soleil Levant" est au sommet de sa puissance.

Photo ci-dessous: chasseur A6M2 Zeke sur le pont du Zuikaku, 5 mai 1942.



(1) Blogosphère Mara, "7 décembre 1941 - Pearl Harbor: Tora Tora Tora!"

(2) Blogosphère Mara, "8 décembre 1941 - 6 mai 1942 - Pacifique Sud-Ouest: campagne japonaise des Philippines"

(3) Blogosphère Mara, "15 février 1942 - Malaisie: chute de Singapour"



Plan d'attaque et préparatifs japonais.

Le vice-amiral Shigeyoshi Inoue, commandant de la 4ème Flotte, appelée "Force des Mers du Sud", de la Marine Impériale (IJN), pour éliminer la menace représentée par l'Australie pour le périmètre défensif japonais, préconise des opérations de débarquement à Port Moresby, sur la côte sud-est de la Papouasie, et sur l'île de Tulagi, au nord de Guadalcanal, dans les îles Salomons. Ce qui placerait le continent australien à portée de l'aviation japonaise basée à terre. Selon lui, cela renforcerait également le périmètre défensif japonais dans les Salomons et la base aéronavale de Rabaul, en Nouvelle-Bretagne.

Ci-dessous: les principaux officiers japonais impliquées dans l'Opération MO. 1° Vice-amiral Shigeyoshi Inoue. 2° Vice-amiral Takeo Takagi. 3° Contre-amiral Chuichi "King Kong" Hara.

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L'Armée de Terre impériale (IJA) appuie la proposition de la Marine (IJN) pour poursuivre l'avance japonaise vers le sud. En avril 1942, l'IJA a conçu un plan, l'Opération MO, prévoyant la capture de Port Moresby pour le 10 mai, et de l'île de Tulagi pour le 3 mai, où l'IJN a l'intention de construire une base d'hydravions pour ses futures opérations aériennes contre les possessions alliées dans le Pacifique Sud: les îles Fidji, la Nouvelle-Calédonie et les îles Samoa.

Une fois l'Opération MO accomplie, la flotte combinée japonaise executerait l'Opération RY contre les îles Nauru et Ocean (15 mai). Puis ce serait le tour de l'Opération FS, l'invasion de la Nouvelle-Calédonie et des îles Fidji.

En raison des raids des bombardiers B-17 de la 5ème Air Force en Australie contre les bases japonaises de Lae et Salamaua, Inoue requiert l'aide des porte-avions de la flotte combinée pour fournir un appui aérien aux navires d'invasion affectés à l'Opération MO. Il est particulierement inquiet au sujet des bases aériennes australiennes de Cooktown et Townsville, qui se trouvent hors du rayon d'action des bombardiers japonais basés à Rabaul et Lae.

Au même moment, suite au raid aérien des B-25 Mitchell de Doolittle sur Tokyo (4), l'amiral Isoroku Yamamoto, commandant de la Flotte combinée, planifie une opération permettant d'attirer les porte-avions américains, les "absents" du 7 décembre 1941, stationnés à Pearl Harbor, pour les anéantir dans une bataille décisive près de l'atoll de Midway, prévue en juin 1942.

Yamamoto se voit donc contraint de diviser ses forces et de détacher deux porte-avions, le Zuikaku et le Shokaku, ainsi que plusieurs cuirassés, croiseurs et destroyers afin appuyer l'Opération MO et désigne le vice-amiral Shigeyoshi Inoue pour la diriger.

Ordre de bataille naval japonais.

Commandant en chef de l'Operation MO.
Vice-amiral Shigeyoshi Inoue (Rabaul).

• Force d'attaque MO. Vice-amiral Takeo Takagi.

5ème Division de porte-avions. Contre-amiral Chuichi Hara.

  • Porte-avions Shokaku. Capitaine Takaji Yoshima.
    Shokaku Air Group. Lieutenant-Commander Kakuichi Takahashi (1 D3A1).

    • 18 A6M2 Zeke. Lieutenant Takumi Hoashi.
    • 20 D3A1 Val. Lieutenant Masao Yamaguchi.
    • 19 B5N2 Kate. Lieutenant Tatsuo Ichihara.
    • 3 A6M2 Zeke. Cargo for Tainan Air Group (Rabaul).

  • Porte-avions Zuikaku. Capitaine Ichibei Yokokawa.
    Zuikaku Air Group. Lieutenant-Commander Shigekazu Shimazaki (1 B5N2).

    • 20 A6M2 Zeke. Lieutenant Kiyohuma Okajima.
    • 22 D3A1 Val. Lieutenant Tamatsu Ema.
    • 22 B5N2 Kate. Lieutenant Yoshiaki Subota.
    • 5 A6M2 Zeke. Cargo for Tainan Air Group (Rabaul).

  • Groupe de protection (Screen Group). Vice-amiral Takeo Takagi.

    • 2 croiseurs lourds (5ème Division de Croiseurs): Myoko, Haguro.
    • 4 destroyers (27ème Division de destroyers): Arike, Yugure, Shigure et Shiratsuyu.
    • 2 destroyers (7ème Division de destroyers): Ushio et Akebono.


    • Force d'appui principale MO. Contre-amiral Arimoto Goto.

    • Porte-avions léger Shoho. Capitaine Izawa Ishinosuke.
      Shoho Air Group. Lieutenant Kenjiro Notomi.

      • 8 A6M2 Zeke et 4 A5M2 Claude. Lieutenant Kenjiro Notomi.
      • 6 B5N2 Kate. Lieutenant Michitaro Nakamoto.

    • Groupe de protection (Screen Group). Contre-amiral Arimoto Goto.

      • 4 croiseurs lourds: Aoba, Kako, Kinugasa et Furutaka.
      • 1 destroyers: Sazanami.

    • Force d'attaque de Port Moresby. Contre-amiral Sadamichi Kajioka.

    • 1 croiseur léger: Yubari.
    • 6 destroyers: Oite, Asanagi, Uzuki, Mutsuki, Mochizuki, Yayoi.

    • Force d'invasion de Port Moresby. Contre-amiral Koso Abe.

    • 12 navires de transport.
    • 1 mouilleur de mines: Tsugaru.
    • 4 dragueurs de mines: W-20, Hagoromo Maru, Noshiro Maru #2 et Fumi Maru #2.
    • 3 pétroliers: Goyo Maru, Hoyo Maru et Iro.
    • 1 navire auxiliaire de réparation: Ojima.

    • Force d'invasion de Tulagi. Contre-amiral Kiyohide Shima.

    • 1 navire de transport: Azumasan Maru.
    • 2 destroyers: Kikuzuki et Yuzuki.
    • 2 mouilleurs de mines: Okinoshima et Koei Maru.
    • 5 dragueurs de mines: Wa-1, Wa-2, Hagoromo Maru, Noshiro Maru 2 et Tama Maru.

    • Force de protection secondaire (séparé). Contre-amiral Kuninori Marumo.

    • 2 croiseurs légers: Tenryu, Tatsuta.
    • 1 porte-hydravion: Kamikawa Maru.
    • 3 canonières: Keijo Maru, Seikai Maru, Nikkai Maru.

    • Force sous-marine. Capitaine Noburu Ishizaki.

    • Groupe de patrouille: I-21, I-22, I-24, I-28 et I-29.
    • 2 sous-marins: RO-33 et RO-34.

    (4) Blogosphère Mara, "18 avril 1942 - Japon: célèbre raid de Jimmy Doolittle sur Tokyo"


    Préparatifs américains.

    A Pearl Harbor, une équipe d'analystes du "Bureau des Communications Navales" (OP-20-G) de l'US Navy, dirigée par le lieutenant Joseph Rochefort, perce et commence à décoder le code JN-25B de la Marine Impériale. Le 5 avril 1942, par l'interception de messages codés de Yamamoto adressés à Inoue, les Américains prennent ainsi connaissance des mouvements de navires japonais, et par déduction, des projets des Japonais contre Port Moresby.

    Ci-dessous: les chefs américains. 1° Amiral Chester W. Nimitz. 2° Contre-amiral Frank J. "Black Jack" Fletcher. 3° Contre-amiral Aubrey W. Fitch.


    Le 29 avril 1942, l'amiral Chester Nimitz, commandant en chef de la Flotte américaine du Pacifique, ordonne à ses quatre porte-avions et leurs navires d'accompagnement de faire route vers la Mer de Corail. La Task Force TF17 du contre-amiral Frank J. "Black Jack" Fletcher, avec le porte-avions Yorktown, trois croiseurs légers et quatre destroyers, accompagné de deux pétroliers et deux autres destroyers d'escorte, croise au large des îles Tonga et met le cap vers la Mer de Corail. La Task Force TF11 du contre-amiral Aubrey Fitch, avec le porte-avions Lexington, deux croiseurs légers et cinq destroyers, croise entre les îles Fidji et la Nouvelle-Calédonie, et met également le cap sur la Mer de Corail.

    Photo ci-dessous: USS Lexington en octobre 1941.

    G416362

    Un groupe de soutien, la Task Force TF44, avec trois croiseurs légers et deux destroyers, venant d'Australie et commandé par le vice-amiral sir John Crace [RAN], converge également vers la Mer de Corail.

    Après avoir lancé les B-25 de Doolittle le 18 avril (4), la Task Force TF16 du contre-amiral William F. Halsey, avec les porte-avions Hornet et Enterprise, rentre à Pearl Harbor et ne participera pas à la bataille.

    Les Task Forces TF11, TF17 et TF44 se donnent rendez-vous en un point déterminé à 320 miles au sud de Guadalcanal.

    Photo ci-dessous: bombardier-torpilleurs Devastator (VT-3) sur le pont du porte-avions Yorktown.



    Ordre de bataille aéronaval américain (4-8 mai 1942).

    Task Force TF17. Vice-amiral Frank J. "Black Jack" Fletcher.

    • Task Group TG.17.5 (Carrier Group). Contre-amiral Aubrey W. Fitch.

      • Porte-avions USS Lexington (CV-2) [TF11]. Capitaine Frederick Sherman.
        Lexington Air Group (CVW-2). Commander William B. Ault (1 SBD-3).
        • VF-2: 21 F4F-3/-3A Wildcat. Lieutenant-Commander Paul H. Ramsey.
        • VB-2: 18 SBD-2/-3 Dauntless. Lieutenant-Commander William L. Hamilton.
        • VS-2: 17 SBD-3 Dauntless. Lieutenant-Commander Robert E. Dixon.
        • VT-2: 13 TBD-1 Devastator. Lieutenant-Commander James H. Brett, Jr.

      • Porte-avions USS Yorktown (CV-5). Capitaine Elliott Buckmaster.
        Yorktown Air Group (CVW-3). Lieutenant-Commander Oscar Pederson.
        • VF-42: 18 F4F-3 Wildcat. Lieutenant-Commander Charles R. Fenton.
        • VB-5: 18 SBD-3 Dauntless. Lieutenant Wallace C. Short.
        • VS-5: 17 SBD-3 Dauntless. Lieutenant-Commander William O. Burch, Jr.
        • VT-5: 13 TBD-1 Devastator. Lieutenant-Commander Joe Taylor.

      • Groupe de protection (Destroyer Screen).
        • 4 destroyers d'escorte: Morris, Anderson, Hammann et Russell.

    • Task Group TG.17.2 (Attack Group). Contre-amiral Thomas C. Kinkaid.
      • 5 croiseurs lourds: Minneapolis, New Orleans, Astoria, Chester et Portland.
      • 5 destroyers: Phelps, Dewey, Farragut, Aylwin et Monaghan.

    • Task Group TG.17.3 (Support Group) [TF44]. Contral-amiral John G. Crace [RAN].
      • 2 croiseurs légers: Australia [RAN] et Chicago.
      • 1 croiseur léger: Hobart [RAN].
      • 2 destroyers: Perkins et Walke.

    • Task Group TG.17.6 (Fleet Train). Capitaine John S. Phillips.
      • 2 pétroliers: Neosho et Tippecanoe.
      • 2 destroyers: Sims et Worden.

    • Task Group TG.17.9 (Search Group) [Nouméa, Nouvelle-Calédonie]. Commander George H. DeBaun.
      • 1 ravitailleur-hydravion: Tangier.
      • 12 PBY-5 Catalina.

    (4) Blogosphère Mara, "18 avril 1942 - Japon: célèbre raid de Jimmy Doolittle sur Tokyo"


    Préludes de la bataille (4-7 mai 1942).

    La "Force d'Invasion de Port Moresby", commandée par le contre-amiral Koso Abe et comprenant 12 navires de transport et 5000 soldats du Détachement des Mers du Sud de l'Armée impériale (IJA). Sa protection est assurée par la "Force d'Attaque de Port Moresby", avec un croiseur léger et six destroyers sous les ordres du contre-amiral Sadamichi Kajioka. Les navires de Abe appareillent de Rabaul le 4 mai, et ceux de Kajioka vingt-quatre heures plus tard.


    Ces deux groupes doivent passer par le Passage de Jomard, dans l'archipel de la Louisade, contourner la pointe sud-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, pour finalement arriver devant Port Moresby le 10 mai.

    La "Force d'invasion de Tulagi", comprenant deux destroyers, deux mouilleurs de mines, 6 dragueurs de mines et un navire de transport avec 400 fusiliers marins de la 3ème Force navale spéciale" (3 SNLF) de Kure, est commandée par le contre-amiral Kiyohide Shima. Sa protection rapprochée est assurée par la force de couverture commandée par le contre-amiral Arimoto Goto, avec le porte-avions léger Shoho, quatre croiseurs lourds et un destroyer.

    Une seconde force de protection, séparée, commandée par le contre-amiral Kuninori Marumo, avec deux croiseurs légers, un porte-hydravions et trois canonnières, se joindra à la force de protection de Goto pour protéger le débarquement de Tulagi, programmé pour le 3 mai.

    Goto appareille le 28 avril de Truk, doit traverser les îles Salomons entre Choiseul et Bougainville, puis croiser au large de la Nouvelle-Géorgie. Marumo quitte la Nouvelle-Irlande le 29 avril pour la Baie des Mille Navires, sur l'île de San Cristobal, et y construire le 2 mai une base d'hydravions servant à l'appui des opérations sur Tulagi. La force d'invasion de Shima appareille le 30 avril de Rabaul.

    La "Force d'attaque aéronavale", chargée des opérations aériennes contre Port-Moresby, est commandée par le vice-amiral Takeo Takagi. Elle comprend la 5ème Division de porte-avions commandée par le contre-amiral Chuichi Hara, avec les porte-avions lourds Zuikaku et Shokaku, deux croiseurs lourds et six destroyers. Elle appareille le 1er mai de Truk et doit entrer dans la Mer de Corail en contournant San Cristobal par l'est des Salomons et croiser au sud de Guadalcanal.

    Après le raid de Doolittle contre Tokyo, les renseignements japonais estiment que les porte-avions ennemis opèrent dans le Pacifique Central, et pensent que les Américains seront incapable d'opposer une force aéronavale à l'Opération MO avant que tout ne soit fini. Ils se trompent lourdement.

    Dans la matinée du 1er mai 1942, les Task Forces TF11 et TF44 se regroupent 300 miles au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie. Frank Fletcher ordonne immédiatement le ravitaillement en combustible par ses deux pétroliers: le Tippecanoe se charge de la TF11, et le Neosho de la TF17.


    1° Attaque de Tulagi (3-4 mai 1942).

    Le 3 mai 1942, la force de Shima arrive en vue de son objectif et procède au débarquement des 400 hommes de la 3 SNLF sur Tulagi désertée, le petit contingent de la Royal Australian Force ayant eu le temps d'être évacuée juste l'arrivée des Japonais, et leur débarquement s'effectuent sans problème. En fin de journée, l'île est entièrement aux mains des Japonais, et ceux-ci entreprennent sans tarder la construction d'une base d'hydravions.

    A 17h, Fletcher est informé du débarquement japonais. La Task Force TF17 ayant complété son ravitaillement, le Yorktown fait route au nord vers Guadalcanal pour attaquer les navires japonais de Shima.

    Le 4 mai 1942, la TF17 lance trois raids aériens (au total 60 avions) contre les navires de Shima. Les bombardiers-torpilleurs TBD Devastator et bombardiers en piquée SBD Dauntless du Yorktown coule le destroyer Kikuzuki, trois dragueurs de mines, détruisent plusieurs hydravions et endommage quatre autres navires. Dans cette attaque, les Américains perdent un bombardier en piquée et trois chasseurs F4F Wildcat, mais leurs équipages seront secourus.

    Après avoir récupérer ses avions, le Yorktown fait ensuite demi-tour vers le sud. En dépit des destructions causés par l'aviation embarquée américaine, les Japonais poursuivent la construction de la base d'hydravions, et celle-ci deviendra opérationnelle le 6 mai.


    2° Recherches aériennes américaines et japonaises (4-7 mai 1942).

    350 miles au nord de Tulagi, la "Force d'Attaque aéronavale" de Takagi procède à son ravitaillement quand celui-ci est informé des raids américains. Une fois le plein de combustible effectué, les porte-avions d'escadre japonais se lancent à la recherche de la Task Force TF17, en envoyant des avions éclaireurs à l'est des îles Salomons, dans la zone où ils estiment la présence du Yorktown.

    Le 5 mai 1942, à 8h16, les trois Task Forces américaines se regroupent, la TF17 absorbant les TF11 et TF44. Au même moment, 5 miles au nord de la flotte américaine, quatre chasseurs de couverture F4F Wildcat interceptent et abattent un hydravion de reconnaissance japonais H6K Mavis avant que celui-ci n'ait eu le temps de transmettre la position exacte des navires ennemis.

    Durant cette journée, les avions de patrouilles des deux flottes se rechercheront respectivement, en vain. Un message transmis par Pearl Harbor renseigne Fletcher sur le plan d'attaque japonais contre Port Moresby. Les navires américains mettent le cap à l'ouest vers l'archipel de la Louisiade et de la Nouvelle-Guinée pour s'opposer au débarquement japonais.

    Dans le même temps, Takagi fait route lui aussi à l'ouest en contournant l'île de San Cristobal par le nord, et pénètre dans la Mer de Corail en passant entre Guadalcanal et l'île Rennell, à l'aube du 6 mai.

    Le 6 mai 1942, la Task Force TF17 de Fletcher absorbe les TF11 et TF44, qui deviennent respectivement TG.17.5 (Carrier Group) et TG.17.3 (Support Group). Les deux porte-avions Yorktown et Lexington naviguent désormais ensemble.

    A 10h, un hydravion japonais H6K Mavis venant de Tulagi repère la TF17 et transmet sa position. Takagi reçoit le message cinquante minutes plus tard. A cet instant, les porte-avions japonais croisent 300 miles au nord des navires de Fletcher, c'est-à-dire à la limite du rayon d'action des avions embarqués. Le ravitaillement des navires japonais étant encore en cours, Takagi n'est pas prêt à engager le combat. Il conclut également, d'après les renseignements transmis par l'hydravion de Tulagi, que les porte-avions américains se dirigent au sud, c'est-à-dire qu'ils s'éloignent de lui.

    Takagi détache alors les porte-avions Zuikaku et Shokaku, commandés par le contre-amiral Chuichi Hara, avec deux destroyers d'escorte, au sud vers les navires américains, à une vitesse de 20 noeuds, de manière à être en position d'attaque favorable le lendemain, une fois que le reste des navires japonais aura été ravitaillé.

    Durant cette journée, l'aviation américaine lance plusieurs attaques infructueuses contre la "Flotte d'invasion de Port Moresby" commandée par le contre-amiral Kiyohide Shima et qui a absorbé la force de soutien de Goto, avec le porte-avions léger Shoho.

    En Australie, le QG du général Douglas MacArthur transmet plusieurs messages à Fletcher sur la position des navires de Shima et le résultat de ses attaques. Les messages de MacArthur signalant le Shoho à environ 425 miles au nord-ouest de la TF17 convainquent à tort Fletcher que les porte-avions d'escadre japonais accompagnent la flotte d'invasion de Shima.

    A 18h, Fletcher détache le pétrolier Neosho et le destroyer Sims, ceux-ci faisant route au sud, tandis que le reste de ses navires continuent à faire route vers l'ouest et l'archipel de la Louisiade.

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    Bataille aéronavale de la Mer de Corail (7-8 mai 1942).

    1° Premier jour: 7 mai 1942.

    Le 7 mai 1942, à 6h25, Fletcher envoie le Task Group TG.17.3, la force de protection de croiseurs et de destroyers du vice-amiral sir John Crace [RAN], bloquer le Passage de Jomard. L'absence des navires de Crace diminue l'efficacité de l'écran DCA de Fletcher, mais ce dernier estime que ce risque est nécessaire si cela permet de stopper la force d'invasion de Port Moresby.

    Croyant que les porte-avions de Takagi naviguent quelque part au nord de sa position, Fletcher envoie également 10 éclaireurs SBD Dauntless du Yorktown à la recherche des navires japonais dans ce secteur.

    En réalité, à ce instant, Takagi fait route au sud et se trouve 300 miles à l'est de la Task Force TF17. Il envoie lui aussi des éclaireurs et bombardiers-torpilleurs B5N Kate en patrouille, vers le sud, pour repérer et attaquer la flotte américaine, dans le secteur où lui et Hara estiment la présence des porte-avions ennemis.

    Simultanément, le contre-amiral Arimoto Goto lancent les hydravions des croiseurs Furutaka et Kinugaza patrouiller au sud-est de la Louisiade.

    A 7h22, un des éclaireurs du Shokaku signale qu'il a localisé plusieurs navires américains à "182 degrés et 163 miles" de la position de Takagi. A 7h45, le même avion envoie un seconde message: "un porte-avions, un croiseur et trois destroyers". Un second patrouilleur confirme.

    Les deux éclaireurs ont cependant commis une erreur d'identification. Il s'agit en réalité du pétrolier Neosho et du destroyer Sims. Les confondant avec les porte-avions américains, Takagi et Hara envoie immédiatement 78 avions à l'attaque: 36 bombardiers en piquée D3A1 Val, 24 torpilleurs B5N Kate et 18 A6M2 Zeke décollent du Shokaku et du Zuikaku à 8h.

    A 8h20, un des hydravions du Furutaka repère les porte-avions de Fletcher et communique leur position au QG de Inoue, à Rabaul. Celui-ci relaie la nouvelle à Takagi. Ce message est confirmé par un second hydravion du Kinugaza à 8h30.

    Takagi et Hara, confus par les messages contradictoires reçus, décident cependant de poursuivre le raid en cours contre les navires américains repérés au sud, mais ordonnent à leurs navires de mettre le cap au nord-ouest, vers la position communiquée par l'hydravion du Furutaka. Analysant ces messages, ils pensent que les porte-avions américains opèrent en deux groupes séparés.

    Photo ci-dessous: SBD Dauntless du VB-5 à bord du Yorktown, en avril 1942.

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    A 8h15, un éclaireur SBD du Yorktown, piloté par le lieutenant John L. Nielsen, repère les navires de Goto et commet lui aussi une erreur d'identification en envoyant le message: "deux porte-avions et quatre croiseurs à 10°3' Sud 152°27' Est, distance 225 miles, au nord-ouest de votre position".

    La bataille aéronavale de la mer de Corail débute donc basée sur de fausses informations. Fletcher, à l'instar de Takagi, est convaincu à tort qu'il a enfin repéré les porte-avions lourds ennemis. A 8h30, il lance à partir du Yorktown et du Lexington 93 avions: 53 bombardiers en piquée SBD Dauntless, 22 torpilleurs TBD Devastator et 18 chasseurs F4F Wildcat de protection.

    A 10h12, Fletcher reçoit un message un message de confirmation de trois B-17 de la 5ème US Air Force partis d'Australie, signalant "un porte-avions, 10 navires de transport et 10 navires de guerre", 30 miles au sud de la précédente position donnée par Nielsen. Il s'agit en fait des navires d'escorte de Goto, dont fait partie le porte-avions léger Shoho, et de la "Force d'invasion de Port Moresby" de Abe.

    A 9h15, la force d'attaque aérienne de Takagi atteint la zone désignée, signale le Neosho et le Sims, et cherche sans succès les porte-avions américains. Finalement, à 10h51, l'éclaireur du Shokaku réalise qu'il s'est trompé en identifiant le pétrolier et le destroyer comme des porte-avions.

    Le vice-amiral Takeo Takagi se rend compte maintenant que le Yorktown et le Lexington ne sont pas au sud comme il le croyait, mais quelque part entre lui et la force d'invasion de Port Moresby, faisant courir à celle-ci une grave menace. Il ordonne à ses avions d'attaquer immédiatement les deux navires américains, puis de regagner leurs porte-avions le plus vite possible.

    A 11h15, 36 bombardiers en piquée D3A1 Val s'acharnent sur le destroyer et le pétrolier américains, pendant que le reste des avions japonais abandonnent la mission et rentrent sur leur base. Le Sims est atteint par trois bombes, se brise en deux, et coule très vite en entraînant avec lui 178 hommes sur les 192 de son équipage. Le Neosho encaisse sept bombes et est sévèrement endommagé. Sans propulsion et en flamme, il est laissé à la dérive et sombre lentement dans les flots.


    A 10h40, la force aérienne de la TF17 arrive en vue du Shoho à peu de distance au nord-est de l'île Misima, dans l'archipel de la Louisiade. Le porte-avions léger japonais se prépare alors à lancer une attaque contre les navires américains, et son pont d'envol est encombré de nombreux chasseurs, bombardiers et avions torpilleurs.


    Le groupe aérien du Lexington, sous les ordres du Lieutenant-Commander Bill Ault, attaque le premier et atteint le navire japonais avec deux bombes et cinq torpilles, lui causant de graves dommages. A 11h, c'est le tour du groupe aérien du Yorktown commandé par le lieutenant-commander William O. Burch, Jr., qui met au but onze bombes et deux torpilles. Ravagé par les incendies, le Shoho coule à 11h35, et le destroyer Sazanami récupérera 203 survivants sur un équipage de 834 hommes. A 12h10, le lieutenant-commander Robert E. Dixon, qui dirige les SBD Dauntless du Lexington, transmet en code à la TF17 le succès de l'attaque: "Scratch one flat top! Signed Bob."

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    A 13h38, les avions américains ont tous regagné leur porte-avions. A 14h20, ils sont réarmés et réapprovisionnés en carburant, prêts à lancer un second raid contre les navires de la Force d'invasion de Port Moresby ou contre les croiseurs de Goto. Fletcher, cependant, après qu'il ait appris que ses avions n'ont coulé qu'un porte-avions léger, est préoccupé par la présence des deux autres porte-avions lourds japonais, dont il ignore encore la position. Il conclut que le temps que ses éclaireurs SBD localisent les deux porte-avions japonais, il sera peut-être trop tard pour lancer une attaque avant le crépuscule. Il décide donc de rester en position de défense, et change de cap en naviguant au sud-ouest.

    A Rabaul, après la perte du Shoho, le vice-amiral Shigeyoshi Inoue ordonne à la Force d'invasion de Rabaul de se retirer provisoirement vers le nord, et à Takeo Takagi, positionné 225 miles à l'ouest de la Task Force TF17, de détruire les porte-avions américains. Les contre-amiraux Sadamichi Kajioka et Arimoto Goto, de leur côté, regroupent leurs forces au sud de l'île Rossel, et se préparent à une éventuelle bataille nocturne si des navires américains sont signalés dans leur secteur.

    A 12h40, un hydravion japonais Mavis partis des îles Deboyne signale le Task Group TG.17.3, les cinq croiseurs et destroyers du vice-amiral australien John G. Crace, cap 175° distance 78 miles de Deboyne. A 13h15, un second Mavis venant de Rabaul repère lui aussi les navires de Crace, mais transmet une identification et une position erronnée, selon laquelle la force ennemie comprend deux porte-avions à 205 degrées 115 miles de Deboyne.

    A 13h30, basé sur ces deux rapports, Takagi, qui n'a pas encore récupéré sa force aérienne envoyée contre le Sims et le Neosho, ordonne à ses navires de se diriger vers l'ouest. A 15h, il informe Inoue que les porte-avions américains se trouvent à 430 miles à l'ouest de sa position, et donc qu'il est incapable d'organiser et de lancer un raid avant la tombée du jour.

    L'aviation terrestre japonaise basée à Rabaul effectue deux raids contre le TG.17.3. Le premier avec 12 bombardiers moyens G4M Betty, le avec 19 bombardiers moyens G3M Nell. Les deux groupes localisent et attaquent les navires de Crace au même moment, à 14h30, et revendiquent "un cuirassé coulé, un second cuirassé et un croiseur endommagé. En réalité, le TG.17.3 ne subit aucun dommage et sa DCA abat 4 bombardiers Betty.

    Quelques temps plus tard, les croiseurs et destroyers alliés sont attaqués par erreur par trois B-17 Flying Fortress de la 5ème US Air Force, ne causant heureusement aucun dommage. A 15h26, Crace transmet à Fletcher qu'il ne peut plus garder sa position sans protection aérienne, et se retire vers une nouvelle position plus au sud pour augmenter la distance entre lui et la base japonaise de Rabaul, mais aussi pour rester assez proche du Passage de Jomard et de l'archipel de la Louisiade et intercepter les navires japonais qui s'y aventureraient.


    2° Second jour: 8 mai 1942.

    Le 8 mai 1942 à 6h15, de sa position à 100 miles au sud-est de l'île Rossel, le contre-amiral Chuichi Hara lance sept bombardiers-torpilleurs Kate en patrouille sur un cap de 140° à 230° et une distance de 250 miles pour repérer les porte-avions américains. Ils sont assistés par trois hydravions de reconnaissance Mavis partis de Rabaul.

    A 7h, le groupe de torpilleurs de Hara tourne au sud-ouest pour rejoindre les croiseurs lourds du contre-amiral Arimoto Goto. La force d'invasion de Port Moresby s'est fixé un point de rendez-vous 40 miles à l'est de l'île Woodlark, pour y attendre le résultat de la bataille entre les porte-avions japonais et américains.

    A 6h35, la Task Force TF17, opérant sous le contrôle tactique du contre-amiral Aubrey Fitch, positionnée 180 miles au sud-est de la Louisiade, lance 18 éclaireurs SBD Dauntless en patrouille sur 360° et sur une distance maximale de 200 miles.

    A 8h20, un SBD du Lexington piloté par le lieutenant Joseph G. Smith repère les deux porte-avions japonais et transmet leur position à la TF17. Deux minutes plus tard, un éclaireur du Shokaku piloté par Kenzo Kanno signale à Hara la présence et la position des porte-avions américains. Les deux flottes ennemies sont à environ 210 miles l'une de l'autre, chacune se tenant prête à lancer son aviation embarquée à l'assaut de l'ennemi.

    Photo ci-dessous: SBD Dauntless prêt sur le pont d'envol du Yorktown, le matin du 8 mai 1942. En arrière-plan, le Lexington.

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    A 9h15, les deux porte-avions japonais lancent leur force aérienne combinée, commandée par le lieutenant-commander Kakuichi Takahashi, du Shokaku: 33 bombardiers en piquée Val, 18 avions-torpilleurs Kate et 18 chasseurs de couverture Zeke.

    Les deux porte-avions américains lancent chacun de leur côté leur force d'assaut. Le groupe aérien du Yorktown, commandé par le lieutenant-commander William O. Burch, Jr., prend l'air le premier à 9h15 et comprend 6 chasseurs F4F Wildcat, 24 bombardiers en piquée SBD Dauntless et 9 avions-torpilleurs TBD Devastator. Le groupe aérien du Lexington, commandé par le lieutenant-commander Robert E. Dixon, décolle à 9h25 et compte 9 Wildcat, 15 Dauntless et 12 Devastator.

    Les Dauntless du Yorktown commandés par Burch atteignent leur objectif en premier à 10h32, et attendent les Devastator pour attaquer simultanément. A ce moment, les deux porte-avions japonais naviguent à une certaine distance l'un de l'autre, et le Zuikaku est caché dans une nappe de brouillard. Les SBD de Burch attaque le Shokaku à 10h57 et placent deux bombes de 500kg au but, lui causant de graves dommages dans les hangars et le pont d'envol. Toutes les torpilles des Devastator manquent leur cible ou disfonctionnent. Le Yorktown perd dans cette attaque 2 Dauntless.

    Le groupe de Lexington arrive sur zone à 11h30. Deux SBD attaquent le Shokaku et l'endommagent plus légèrement avec une seule bombe. Deux autres Dauntless tentent leur chance contre le Zuikaku, mais sans succès. Et le reste des bombardiers en piquée ne parvient pas à localiser les porte-avions japonais en raison de la couverture nuageuse basse et du brouillard. Aucune des torpilles des Devastator du VT-2 ne touchent leur cible. Au cours d'un combat aérien, les chasseurs de protection japonais (CAP) abattent 3 Wildcat du VF-2, sans perte de leur côté.

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    A son pont d'envol endommagé, le Shokaku est désormais incapable de mener des opérations aériennes. Son commandant, le capitaine Takaji Yoshima, demande à Takagi et Hara l'autorisation de se retirer de la bataille, ce qui lui est accordé. A 12h10, le porte-avions japonais endommagé, accompagné d'un destroyer d'escorte, vire au nord-est et s'éloigne.

    Du côté de la TF17, la patrouille de couverture (CAP) et la DCA américaine s'attendent au choc. A 10h55, le radar du Lexington détecte la force japonaise à 126km et 9 Wildcat décollent pour l'interception, mais les Japonais passent au travers. Le lieutenant-commander Shigekazu Shimazaki, qui dirigent les torpilleurs japonais, envoient 14 Kate contre le Lexington, et les 4 derniers contre le Yorktown. 6 F4F et 8 SBD de protection du Lexington abattent 9 Kate avant que ceux-ci ne soit arrivés sur leur objectif, puis 4 SBD succombent face aux chasseurs d'escorte Zeke.

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    Les torpilleurs japonais entament leur attaque à 11h13. Les 4 Kate envoyés contre le Yorktown manquent leur cible. A 11h20, les 5 Kate survivants envoyés contre le Lexington mettent deux torpilles au but. La première met le feu au réserve de carburant d'aviation et les vapeurs d'essence se répendent dans les compartiment voisins. La seconde percent des canalisations d'eau et forcent les chaudières qu'elles alimentent à s'arrêter. 4 torpilleurs japonais sur les 5 sont ensuites abattus par la DCA.

    Les 33 bombardiers en piquée japonais arrivent sur leur objectif trois ou quatre minutes après les torpilleurs. Les 19 du Shokaku, commandés par Takahashi, se concentrent contre le Lexington, et les 14 Val du Zuikaku, commandés par le lieutenant-commander Tamotsu Ema, contre le Yorktown. Les bombardiers de Takahashi endommagent de nouveau le Lexington avec deux bombes, causant plusieurs incendies qui seront maîtrisés à 12h33. A 11h27, une bombe perforantes passent à travers la cage d'ascenseur central du Yorktown et traversent quatre ponts avant d'exploser, tuant ou blessant 66 hommes, causant de graves dommages structuraux au hangar aviation. 2 Val sont abattus par la CAP du porte-avions américain pendant cette attaque.

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    Avant de se retirer, les avions japonais doivent encore affronter les chasseurs et patrouilleurs SBD de protection américains. Dans le combat aérien qui s'ensuit, 3 Wildcat et 3 Dauntless, côté américain, 3 Kate, 1 Val et 1 Zeke, côté japonais, sont abattus. Et ce n'est pas fini: les deux forces aériennes, rentrant respectivement sur leur base flottante, se croisent encore à mi-chemin et un second combat aérien se déroule. Au cours de ce second engagement aérien, Kanno et Takahashi sont abattus et tués.

    Durant les opérations d'appontage, pour diverses raisons, les Américains perdent encore 5 SBD, 2 TBD et 1 F4F. Du côté japonais, 2 Zeke, 5 Kate et 1 Val. Le Zuikaku récupère 46 avions sur les 69 de la force initiale envoyée contre la flotte américaine. Parmi-eux, 12 sont jugés irrécupérables au-delà de toute réparation possible, et jettés en mer par dessus-bord.

    Quand la TF17 a récupéré ses derniers avions, Fletcher analyse la situation. Ses aviateurs prétendent avoir sévèrement endommagé un des porte-avions japonais, mais le second est intact et toujours opérationnel. Le Yorktown et le Lexington ont été touché et leur aviation a subi de lourdes pertes. En raison de la perte du pétrolier Neosho, le carburant pour ses navires est également un soucis supplémentaire.

    A 14h22, estimant que le porte-avions japonais constitue toujours un péril mortel pour lui, Fletcher prend la décision de se retirer de la bataille. Il en informe le général Douglas MacArthur en Australie et lui transmet la dernière position connue du Zuikaku, lui suggérant de l'attaquer avec ses bombardiers lourds basés à terre.

    A 14h30, Hara informe Takagi que seul 24 Zeke, 8 Val et 4 Kate sont encore opérationnels. A 15h, Takagi communique à Inoue, à Rabaul, que ses avions ont coulé deux porte-avions ennemis, le Yorktown et un porte-avions de la classe Saratoga, mais qu'en raison des pertes aériennes qu'il a subi, il est incapable de poursuivre sa mission en fournissant une couverture aux forces d'invasion de Port Moresby.

    Les hydravions de reconnaissance japonais Mavis ayant signalé le Task Group TG.17.3 de Grace plus tôt dans la journée, Inoue annule la mission d'invasion de Port Moresby en cours, et reporte l'opération MO au 3 juillet, ordonnant à l'ensemble de ses forces navales dans le nord-est des îles Salomons d'entamer l'opération RY. Le Zuikaku et ses navires d'escorte prennent le chemin de Rabaul, en Nouvelle-Bretagne, pendant que le Shokaku endommagé regagne le Japon, pour de long mois de réparations.

    Dans la Task Force TF17, sur le Lexington, les incendies sont maîtrisés et le navire redevient opérationnel. Mais à 12h47, un court-circuit électrique met le feu aux vapeurs d'essence qui se sont répandues un peu partout. Les explosions qui en résultent rallume les brasiers qui viennent juste d'être éteints. Entre 15h25 et 15h38, ravagés par les flammes, le Lexington devient incontrôlable et prend de la gîte sur babord. A 17h17, son équipage commence à l'abandonner. A 19h15, le contre-amiral Aubrey Fitch et le capitaine Frederick Sherman ayant été évacué avec les derniers hommes, le destroyer Phelps l'achève avec cinq torpilles. Il coule à 19h52 avec 36 avions à son bord. 216 hommes sur les 2951 que comptait son équipage ont été tué.

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    A 16h01, la TF17 se retire vers le Sud-Ouest et rentre en Australie. Plus tard dans la soirée, MacArthur informe Fletcher que ses B-17 ont attaqué les navires de transport japonais de la Force d'invasion de Port Moresby, et que celle-ci s'est retirée vers le nord-ouest.


    Bilan et conséquences de la bataille.

    Les Américains ont perdu le porte-avions Lexington et le destroyer Sims, coulés. Le porte-avions Yorktown et le pétrolier Neosho ont été fortemment endommagés. Leurs pertes humaines s'élèvent à 646 tués (1).

    En échange, ils ont coulé le porte-avions léger Shoho, le destroyer Kikuzuki et trois mouilleurs de mines, et endommagé gravement le porte-avions lourds Shokaku. Les pertes humaines japonaises s'établissent à 917 tués (2).

    Les pertes ont été importantes des deux côtés: 67 avions américains (3) contre 92 avions japonais (4).

    Tactiquement, le nombre de navires coulés ou endommagés fait pencher la victoire du côté japonais. Mais stratégiquement, la bataille s'achève par un incontestable succès des Américains, car ceux-ci ont stoppé net les projets d'invasion ennemis en Nouvelle-Guinée et contre les îles Fidji et la Nouvelle-Calédonie. Ils ont contraint les Japonais à reporter leur débarquement à Port Moresby. L'"Empire du Soleil Levant" subit là sa première défaite de la Guerre du Pacifique.

    Ni les Américains ni les Japonais ne se doutent encore que ce report de l'opération MO sera définitif. Cette première bataille aéronavale, dite "au-delà de l'horizon", démontre l'incontestable supériorité du porte-avions sur tous les autres types de navires.

    Le 9 mai 1942, la Task Force TF17 sort de la Mer de Corail et infléchit sa course à l'est, vers la Nouvelle-Calédonie. Puis Nimitz ordonne à Fletcher de ramener le Yorktown endommagé à Pearl Harbor le plus vite possible.

    Le 10 mars 1942, à 1h du matin, le Task Group TG.17.3 de Crace fait route vers l'Australie, et arrive à Cid Harbor, au nord de Townsville, dans la journée du 11 mai.

    A l'aube du 11 mai 1942, un hydravion de patrouille PBY Catalina de Nouméa localise et signale la position du Neosho, endommagé. Le destroyer Henley arrivé sur place recueille l'équipage du pétrolier et 14 survivants du Sims.

    Le 10 mai 1942, l'opération RY débute contre les îles Nauru et Ocean, mais les Japonais, privés de tout soutien aéronaval, sont désormais en infériorité. Le 12 mai, le mouilleur de mines Okinoshima est coulé par le sous-marins américain S-42. Les opérations de débarquement japonais sont repoussées au 17 mai.

    Dans le même temps, la Task Force TF16 du contre-amiral William F. Halsey, avec les porte-avions Hornet et Enterprise, gagne le théâtre d'opération du Pacifique Sud et arrive en vue de l'île Efate, dans l'archipel de Vanuatu. Le lendemain 13 mai, Halsey se dirige au nord pour s'opposer aux navires japonais qui s'approchent de Nauru et de l'île Ocean.

    Le 14 mai 1942, Nimitz, ayant pris connaissance par ses services de décryptage des projets de l'amiral Isoroku Yamamoto contre l'atoll de Midway, ordonne à la TF16 de regagner immédiatement Pearl Harbor.

    Le 26 mai 1942, le Hornet et l'Enterprise font leur entrée dans la rade de Pearl Harbor. Le lendemain, c'est le tour du Yorktown endommagé. Celui-ci sera réparé en un temps record, moins d'une semaine, par des milliers d'ouvriers civils mobilisés du Drydock, travaillant vingt-quatre sur vingt-quatre. Mais ceci est une autre histoire.



    (1) "Aircrew deaths were: Yorktown-14, Lexington-21. Warship crew deaths were: Lexington-216, Yorktown-40, Sims-178, Neosho-175, and Chicago-2."

    (2) "Breakdown of deaths: Aircrew-90, Shoho-631, Shokaku-109, Tulagi invasion force-87."

    (3) Wilmott, "Barrier and the Javelin", page 286. Crave, page 449. "Yorktown lost 16 and Lexington lost 51 aircraft, including 33 SBD, 13 TBD, and 21 F4F.

    (4) Lundstrom, "Guadalcanal Campaign", page 92. Wilmott, "Barrier and the Javelin", page 286. Millot, page 160. "Breakdown of carrier aircraft losses: 19 zeros, 19 kanbaku , and 31 kanko. Millot says that two H6K, five G4M (Type 1), three smaller seaplanes, and 87 carrier aircraft were destroyed."



    Série documentaire "Grandes Batailles de la Seconde Guerre mondiale"
    (Henri de Turenne et Daniel Costelle) - Vidéo Youtube.


    "Les Grandes Batailles" est une série d'émissions télévisées historiques de Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, qui décrit les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le procès de Nuremberg. Les émissions donnent la parole aux officiers ayant participé à ces batailles ainsi qu'à des historiens. Ces interventions alternent avec des extraits de reportages. Les commentaires sont d'Henri de Turenne.


    Bataille du Pacifique - 1ère Partie: "Banzai!" (1941-1942).

    7 décembre 1941. L'agression japonaise contre la base aéronavale américaine de Pearl Harbor entraîne les Etats-Unis dans une bataille à mort sur le plus vaste théâtre d’opérations de l'histoire. Avide de conquêtes et de matières premières, le Japon instaure sa domination sur l'Asie, jusqu'à la victoire américaine de Midway du printemps 1942, qui sonne l'heure du reflux. Les archives des forces alliées et japonaises restituent l'irrésistible ascension japonaise et cet affrontement aéronaval spectaculaire. Ce documentaire montre chaque étape de la bataille du Pacifique: de la sauvagerie des combats sur les plages et dans la jungle des îles du Pacifique à l'apocalypse nucléaire qui s'abat sur le Japon en août 1945.













    Article modifié le 4 juin 2015.


    Sources principales.

    Battle of Coral Sea (Wikipedia.org)